

|
A genoux sur sa natte de prière dans leur chambre à coucher, Rebecca, les deux mains entrecroisées sur sa chevelure tressée, pleure et se plaint: «Très Sainte Mère de Dieu, je suis aux abois: voici près de trois mois que je ne ‘sens’ plus le cœur de mon époux dans le mien ! Il s’est spirituellement et affectivement éloigné de moi, cet homme qui jamais ne découche, un père merveilleux pour ses enfants, un mari charmant et attentionné… Mais je le ‘sens’: il n’est plus en moi, il n’est plus à moi! Que s’est-il donc passé, ô Sainte Mère de Miséricorde? S’il me trompe, ce sera pour la première fois depuis tant d’années de mariage… Mais, Maman, moi aussi, j’ai du sang chaud qui coule encore dans mes artères et mes vaisseaux! Je vais à mon tour me venger: avec son meilleur ami, pour l’humilier…» Aussitôt de la Maman du ciel Rebecca reçut cette réponse: «Ma fille, pourquoi te mets-tu dans cet état? Tu me confies ce dossier ou bien tu veux le traiter toute seule?… Allons, voyons, tu as bien senti que ton mari a corrompu votre amour en donnant son cœur imprudemment à une autre femme! Qu’à cela ne tienne: je vais te le ramener, mais à condition que tu décides le pardon et l’oubli de sa faute… Une distraction de l’ennemi des couples en harmonie! Et puis, parce que sa prière est très faible, il n’a pas su résister et il a oublié ses obligations conjugales… Quant à toi, donc, ni disputes ni vengeance, mais action de reconquête silencieuse, même si cela bouillonne encore en toi… Voilà ce que tu vas faire: pendant les trois jours à venir, quand ton époux se met à table – table que tu dresseras toi-même: n’envoie pas ta fille! – tu passeras derrière sa chaise, tu l’enlaceras de tes deux bras et, mettant ta main droite sur son cœur, tu lui diras amoureusement: «Donne-moi ton cœur!», sans élever la voix et sans commentaires.» Ce complot ourdi entre la Maman et sa fille se mit en route pour son exécution, le jour-même. Le mari lui jeta de biais un regard intrigué, haussa les épaules et continua à manger comme si de rien n’était. Rebecca revint prendra sa place en face de son bien-aimé, à table, selon les consignes reçues, et la conversation se poursuivit sur d’autres sujets…
Le lendemain, elle fit de même; ce comportement insolite l’énerva, lui, et lui fit hausser le verbe: «Mais enfin! Qu’est-ce qui te prend?» Elle, respectant toujours la consigne du silence, s’efforçait surtout de garder la sérénité intérieure (ça bouillonnait toujours sec… dans une colère légitime!). Le troisième jour, elle répéta son manège, et Jean-Richard, le mari, craqua. Déposant doucement le couvert, il demanda d’une voix qui tremblait d’émotion: «Qui te l’a dit?» Et elle, tout autant émue, de répondre: «Notre Mère du ciel! Parce que j’ai menacé de me venger de toi qui a détourné ton cœur de moi… Maman Marie La Très Sainte me l’a confirmé. Depuis vingt années que nous sommes mari et femme, ton cœur habite le mien et le mien dans le tien. Comment as-tu pu penser un seul instant que je ne saurais rien? Voici près de trois mois, je ne te «sens» plus avant, je te vois devenir chaque jour plus distrait: j’en ai perdu la paix et le sommeil, tu ne t’en es même pas aperçu, tellement tu es arraché de ta propre sérénité intérieure qui te permettait de sentir les choses… Qui est-ce?»
Jean-Richard, abasourdi, pris en flagrant délit d’infidélité, s’exclama: «Ah! Mince alors!?! Vos prières-là sont terribles!…» Avec une pointe d’impatience qui lui titillait le cœur, sans relever l’observation, Rebecca reposa la question: «Qui est-ce?» Réponse de Jean-Richard hyper-confus: «C’est ma secrétaire de direction… C’est Fifi! Je fais quoi? Je la renvoie?» Elle, quelque part soulagée, réagit vivement: «Non, pas question! Pour deux raisons: d’abord, c’est toi qui dois l’avoir provoquée, la sachant inoccupée»… Cela fait des années qu’elle est avec nous, jamais chose pareille ne s’est produite; ensuite, si tu la renvoies, où trouveras-tu une autre secrétaire de direction aussi compétente? Tu as mis des années pour la former… Laisse-la continuer à travailler pour élever ses petits, mais dis-lui que "madame de la maison est au courant de notre liaison: on arrête la machine destructrice que nous avons mise nous-mêmes en marche!" Jean-Richard est resté ébahi devant la grandeur d’âme de son épouse, laquelle sans jamais élever la voix parvint à reconquérir le cœur de son mari qu’elle aimait tant! Ils vivent leur amour dans la joie et l’harmonie retrouvées et reconstruites plus belles. Le pardon et la réconciliation sont la diète des cœurs meurtris… |
|
Donne-moi ton coeur |