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Médicament pour tous?

Le 12 septembre 1978, une conférence internationale tenue à Alma Ata (Russie) incitait les gouvernements du monde entier à tout mettre en œuvre pour assurer l’accès à la ‘santé’ pour tous. Et présageait: «L'humanité tout entière pourra accéder à un niveau acceptable de santé en l'an 2000 si l'on utilise de façon plus complète et plus efficace les ressources mondiales dont une part considérable est actuellement dépensée en armements et en conflits armés. Une politique authentique d'indépendance, de paix, de détente et de désarmement pourrait et devrait permettre de dégager des ressources supplémentaires qui pourraient très utilement être consacrées à des fins pacifiques et en particulier à l'accélération du développement économique et social dont les soins en santé primaires, qui en sont un élément essentiel, devraient recevoir la part qui leur revient ». (n° 10)

 

A Ottawa (Canada) en novembre 1986, la Première Conférence internationale pour la promotion de la santé, émettait une Charte pour l'action, visant la Santé pour tous d'ici l'an 2000 et au-delà et souhaitait : «si les gens de tous milieux, les organismes non gouvernementaux, les associations bénévoles, les gouvernements, l'Organisation mondiale de la santé et toutes les autres instances concernées s'unissent pour lancer des stratégies de promotion de la santé, la santé pour tous d'ici l'an 2000 deviendra une réalité ».

La Quatrième Conférence internationale sur la promotion de la santé, Jakarta (Indonesie) en juillet 1997, proclamait: "A ère nouvelle, acteurs nouveaux: adapter la promotion de la santé au 21ème siècle… Les décideurs doivent être résolument attachés au principe de responsabilité sociale. Tant le secteur public que le secteur privé doivent promouvoir la santé en menant des politiques et des pratiques qui «restreignent la production et le commerce de produits et substances nocifs par nature, comme le tabac et les armes, et dissuadent les pratiques de marketing nuisibles à la santé».

Chaque année

Le troisième millénaire vient de commencer et il faut dire que des progrès remarquables ont été réalisés. Mais il reste encore beaucoup à faire. Surtout dans notre continent.

La mortalité infantile est de 55% plus élevée et l'espérance moyenne de la vie, qui se situe à 55 ans, est à 11 années de différence en comparaison avec le reste des pays pauvres. Le taux de mortalité maternelle qui est de 700 femmes pour 100.000 naissances vivantes, est presque le double que celui des autres pays en développement et plus de 40 fois plus important que celui des pays développés.

Chaque année en Afrique, des millions de personnes souffrent et meurent de maladies infectieuses, malgré l’existence de médicaments qui pourraient améliorer leur vie ou les guérir mais qui sont trop chers. Environ un million de personnes meurent chaque année de malaria (parmi lesquelles 700.000 enfants), et 300 millions souffrent de la maladie. Pour certaines maladies, il n'y a aucun traitement efficace et aucune recherche n'est faite.

Si les spécialistes pensaient avoir fait de grands pas dans la lutte contre le sida, les chiffres révélés lors de la conférence internationale de Toronto (du 13 au 18 août dernier) ont été une grosse désillusion. Elles montrent que les efforts de la communauté internationale, même s'ils ont été réels depuis la découverte du sida, sont loin, très loin d'avoir produit les résultats escomptés Le bilan chiffré de près de 25 ans de lutte n'est pas du tout flatteur. Juste un malade sur quatre dans le monde a accès aux antirétroviraux; la prévention de la transmission mère-enfant ne touche que 8% des femmes.

Sur 38,6 millions de séropositifs dans le monde, 23,8 millions vivent en Afrique subsaharienne. Cela ramène radicalement l’espérance de vie au niveau le plus bas du monde. Les femmes y paient un lourd tribut: 77 % de celles qui sont séropositives dans le monde vivent en Afrique subsaharienne. Selon Human Rights Watch, l’Afrique du Sud est le pays du monde qui compte - officiellement - le plus grand nombre de personnes atteintes du sida: 5 millions et demi vivent avec le virus, 57% sont des femmes. Environ 900 personnes meurent chaque jour de maladies liées au sida et 1500 autres sont infectées quotidiennement. Un autre exemple: chaque année, le sida est responsable d'environ 86.000 décès au Malawi, soit dix par heure. Et chaque jour, 237 personnes seraient contaminées.

Pertes économiques

Un taux de mortalité si catastrophique cause des pertes de productivité très importantes et limite la croissance économique du continent. Le FMI estimait, en septembre 2000, que le sida pourrait faire perdre 5% de la croissance des pays d'Afrique subsaharienne.

Le manque de recherche sur des maladies qui affectent les régions tropicales a des conséquences dans tous les secteurs de la société, y compris l’économie. J. Sachs, de l'Université de Harvard, a évalué que l’Afrique sub-saharienne serait presque au troisième rang des plus riches aujourd'hui, si la malaria avait été éradiquée en 1965.

Parmi les conséquences du sida, l’UNICEF remarque que l’avenir des enfants est hypothéqué en Afrique subsaharienne. L’an dernier, 860.000 enfants ont été privés de leurs enseignants, morts du sida. Moins de croissance signifie moins de ressources et donc, moins de fonds pour rembourser la dette, et encore moins pour les consacrer à l'éducation et à la santé. Le ravage fait par le sida, la malaria et la tuberculose dans les pays africains, compromet des années d’efforts de développement, et met en danger le progrès social et économique du continent qui est le plus atteint par ces épidémies. Les industries pharmaceutiques se concentrent dans les pays industrialisés et montrent un intérêt très limité par rapport aux maladies tropicales. Le nombre de centres de recherche dans les pays du Sud diminue.

Les coûts

Les dépenses de santé, par habitant et par année, en Afrique, sont d'environ 14 dollars par personne; en Afrique subsaharienne, de 8 dollars.

Un traitement annuel du sida ou de la tuberculose résistante coûte 10.000 dollars environ. Moins de 10% des personnes infectées ont les moyens de se procurer les médicaments pour se traiter. Le sida a déjà tué plus de 25 millions de personnes depuis son apparition, en 1981, et il continue de s'étendre. Partout on reconnaît que le prix des traitements est trop élevé. Il y a 7 ans les médicaments pour ralentir la progression du sida étaient hors de portée de la plupart des Africains, des Sud-Américains, des Asiatiques ou de leurs gouvernements.

C’est une tragédie d’être frappé par une maladie pour laquelle n’existe ni traitement, ni possibilité de guérison définitive; mais, si l’on sait en plus que le traitement est trop cher pour être accessible, on atteint le fond du désespoir. C’est le drame insupportable vécu par les personnes vivant avec le sida. Le coût actuel du traitement du sida au Burkina Faso qui se situe autour de 150 dollars par mois pourrait être divisé par près de quatre avec les remèdes appelés ‘génériques’ pour ne coûter que 40 environ. Au Burkina, on considère que 8% de la population adulte est infectée. Ce qui représente environ 800.000 personnes sur les 12 millions d'habitants que compte le pays. Si on considère que seulement 10% d’entre eux savent qu’ils sont malades, on se retrouve avec 80.000 personnes qui sont en droit d’attendre les traitements. Or, ceux qui peuvent être servis ne sont que 300.

En Côte d’Ivoire, suite à des négociations, le prix est actuellement de 600 dollars, ce qui reste inabordable pour la très grande majorité. Le Sénégal paye 1.000 et 2.000 dollars par traitement et par an, c’est-à-dire le triple d’un traitement générique.

Pour les plus grandes firmes pharmaceutiques, surtout occidentales, les coûts de fabrication (recherche, commercialisation etc.) sont plutôt limités.

Elles pourraient proposer des tarifs différents selon les pays : les états riches payeraient - comme ils le font actuellement - le tarif plein. Les pays pauvres paieraient un prix limité aux frais de fabrication et de distribution. Cependant, les laboratoires se montrent très réticents à mettre en œuvre un tel système. Ils craignent le développement d’un marché noir, les institutions de santé des pays riches allant se fournir à bas prix auprès des pays pauvres, au lieu de payer le tarif plein. Les entreprises de médicaments font de leur mieux pour lutter contre la contrefaçon, qui représente aujourd'hui presque 10% du marché mondial des médicaments. Le montant global dégagé par ce commerce illicite atteindra 75 milliards de dollars en 2010, 90% de plus qu'en 2005.

Les médicaments restent donc beaucoup trop chers pour être largement accessibles en Afrique. Mais quoi qu’en disent les laboratoires, les prix peuvent descendre bien davantage, comme le prouve la production de médicaments génériques.

Certains pays ont désormais décidé de prendre un autre chemin, c’est-à-dire de faire par "eux-mêmes". Des maisons pharmaceutiques indiennes, par exemple, proposent des antiviraux génériques entre 350 dollars par an (pour les patients) et 600 dollars par an (pour les gouvernements). Le Brésil vend des antiviraux 14 fois moins chers que ceux vendus aux États-unis.

Le Brésil, la Thaïlande ou l’Inde ont développé une production de médicaments anti-sida génériques. Grâce à cela, le Brésil a promis de fournir des traitements à toutes les personnes séropositives qui en ont besoin (même si, en réalité, cet accès aux soins n’est pas aussi large qu’il le devrait). Le Brésil a annoncé son souhait de collaborer avec l’Afrique. Cependant, dans les conditions actuelles, les coûts restent trop élevés pour les pays les plus pauvres, même pour les médicaments génériques.

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