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Médicaments pour tous? (2)

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Le paludisme

Le paludisme tue chaque année près de 2 millions d'individus en Afrique, dont 90% sont des enfants. Dans ce continent, 40% des dépenses de santé publique sont destinées au traitement du paludisme.

Certains pays africains ont connu une recrudescence du nombre de cas de paludisme. Notamment le Burundi, avec 2 millions de cas officiellement recensés en 1999, contre 200.000 dix ans plus tôt. En octobre 2000, une épidémie de paludisme d'une ampleur sans précédent toucha 6 des 16 provinces du pays. Elle durera plus de six mois et plus de 3 millions de cas seront recensés à l'échelle du pays (qui compte 6.6 millions d'habitants).

Au Rwanda 1,2 million de cas de paludisme sont recensés chaque année. Le paludisme est la première cause de mortalité, et celle-ci est particulièrement élevée chez les enfants en bas âge. Le paludisme est endémique dans de nombreuses régions.

En Ouganda on estime à 5.3 millions le nombre de cas de paludisme, pour une population de 21.1 millions de personnes. Dans l'hôpital de district de Bundi Bugyo, à l'est du pays, près de la frontière de la RDC, 60% des hospitalisations dans le service pédiatrique sont liées au paludisme. Le paludisme représente ainsi la première cause d'hospitalisation des enfants et la première cause de décès à l'hôpital.

En Tanzanie, le paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité: 16 millions de cas de paludisme recensés par an – c'est la première cause de morbidité et mortalité dans le pays. On estime que 93.7% des 32,8 millions d'habitants risquent d'être affectés de cette maladie. 14 millions d'habitants (42% de la population totale) vivent dans des zones de transmission élevée pendant toute l'année. Ils développent en général un degré d'immunité qui les protègent partiellement de la maladie: les adultes ont habituellement des attaques sans symptômes apparents ou des attaques simples de courte durée. Mais les femmes enceintes et les enfants, qui n'ont pas eu le temps de développer une immunité, sont beaucoup plus vulnérables: les taux de mortalité sont élevés, ainsi que les risques d'anémie et de faible poids à la naissance.

Au Kenya, on estime à 8.2 millions le nombre de cas recensés, sur une population de 30 millions d'habitants. Le paludisme est la principale cause de consultation et d'admission dans les hôpitaux publics. Chaque année, 26.000 enfants de moins de 5 ans décèdent du paludisme, soit 72 enfants par jour.

En RD Congo, le paludisme tue 200.000 personnes, dont 40.000 enfants, chaque année. Une famille congolaise composée en moyenne de sept personnes aurait besoin d'environ 50 dollars par an pour traiter le paludisme.

L’expérience est là pour dire que dans de nombreux pays le taux de résistance aux grands anti-malari-ques classiques (notamment Chloroquine et Fansidar) est toujours plus grand, surtout au cours de certaines épidémies. Et qu’il faudrait pouvoir utiliser un traitement les combinant avec des dérivés d'artémisinine (Artesunate, Artenam, Artemedine, Cotecxin…) - une herbe utilisée dans la pharmacopée traditionnelle chinoise depuis 2.000 ans - reconnus pour leur effet rapide et leur non toxicité. L'efficacité des dérivés d'artémisinine est désormais reconnue, mais ils sont considérés comme toujours trop chers. Cela explique aussi les nombreuses contrefaçons. Une équipe de chercheurs d'Asie, d'Afrique et d'Europe a découvert, par exemple, que presque la moitié de l'artesunate produit au sud-est asiatique (Laos, Myanmar, Thaïlande…) ne contenait que 10 mg d'artesunate au lieu des 50 mg indiqués sur le produit original: quantité inefficace et dangereuse, pouvant dans le long terme favoriser l'émergence de résistance du parasite.

En 2004, 34 pays en Afrique ont adopté la base thérapeutique à l'artémisinine comme première ligne de traitement contre le paludisme, mais son coût toujours très élevé favorise la contrefaçon. L’Afrique étant le continent le plus touché par le paludisme, il est apparu pertinent d’y tester et d’y étendre la culture d’Artemisia plutôt que de l’importer d’Asie.

Des programmes sont en cours dans plusieurs pays afin de la produire en grosse quantité et à moindre coût. La culture se développe surtout au Kenya, au Mozambique, au Nigeria, en Ouganda et en Tanzanie. Des essais ont également eu lieu au Cameroun et à Madagascar.

 

Pertes économiques

Les coûts du paludisme, en termes de charge pour le système de santé et de perte d'activité économique, sont énormes. Dans le monde, 3 lits d'hôpitaux sur 10 sont occupés par des victimes de cette maladie.

En Afrique, où la propagation de cette maladie passe par un maximum à l'époque des récoltes et frappe particulièrement gravement les jeunes travailleurs, un simple accès de paludisme à un coût estimé à 10 journées de travail. Des études ont montré qu'une famille infectée par le paludisme arrive à défricher seulement 40% de la superficie défrichée par une famille en bonne santé. Les coûts annuels, directs et indirects, du paludisme en Afrique subsaharienne, dépasseraient 2 milliards de dollars .Lors d’une rencontre de dirigeants africains tenue au début de Mai à Abuja (Nigeria) sur le sida, la tuberculose et la malaria, un défi a été lancé aux gouvernements pour de nouveaux objectifs à atteindre avant la fin 2010. En étudiant la situation par rapport à la déclaration d’Abuja de 2001 sur le sida, la tuberculose et la malaria, une décision majeure a été prise. Elle déclare que 80% des personnes qui en ont besoin, surtout les femmes et les enfants, devraient avoir accès aux traitements pour le sida, incluant les rétro-viraux, les soins et l’aide.

Les organisations de la société civile ont bien accueilli cet objectif ambitieux mais il reste à voir si cela se fera, vu le peu de progrès accomplis dans la réalisation de ces buts fixés.

Les dirigeants ont affirmé à nouveau leur volonté de consacrer 15% de leur budget national à l’amélioration de la santé, mais l’Union Africaine (UA) a découvert que le Nigeria n’y consacre que 4%, le Burundi 3% et l’Éthiopie 2%. D’après un rapport, toujours selon l’Union Africaine, seul un tiers des pays africains consacre 10% ou plus de son budget à la santé. Si l’objectif des 15% fixé en 2001 est insuffisant pour répondre au défi auquel l’Afrique est confrontée, c’est cependant un point de départ. Les dirigeants ont demandé à la société civile de prendre à cœur son rôle de moniteur pour que soient poursuivis les engagements de la déclaration d’Abuja et pour que la lutte contre les trois maladies s’intensifie.

 

Brevets, droits et commerce

La plupart des médicaments essentiels contre les maladies infectieuses sont fabriqués par des sociétés transnationales qui les ont fait breveter, ce qui leur donne tous les droits d’exploitation jusqu'à l’expiration du brevet.

De 1975 à 1997, sur les 1223 nouveaux médicaments mis en vente, 158 seulement concernaient les maladies tropicales, alors que celles-ci sont la principale cause de mortalité dans le monde.

Quelques médicaments utiles ne sont plus disponibles, et risquent de disparaître. On ne les fabrique plus parce qu'ils ne sont pas commercialement rentables. C'est le cas du DFMO, employé pour le traitement de la maladie du sommeil, une maladie qui a causé la mort de 150.000 Africains en 1996 et en a laissé 100.000 autres handicapés à vie. La maladie réapparaît en Ouganda et au Soudan où elle affecte plus de 30.000 personnes par an. Depuis les années ‘80, certains médicaments qui traitent des maladies endémiques et transmissibles dans les régions tropicales, telles que le paludisme, la bilharziose, la filariose, la trypanosomiase, les diarrhées, etc… sont plus difficilement disponibles.

La nouvelle thérapie combinée pour la tuberculose est hors de portée de la plupart des Africains qui souffrent de la forme résistante de la maladie. Pas étonnant si l’on sait que le prix du traitement est de quelque 15.000dollars.

A tout cela il faudrait ajouter le problème de l'insuffisance du personnel de santé, aggravé par l'exode de la main d'œuvre médicale. 25% des agents de santé africains travaillent dans les pays occidentaux.

Selon l'OMS cela aussi expliquerait en grande partie le fort taux de mortalité en Afrique. Le Nigeria, le Ghana et la Zambie sont parmi les pays les plus affectés par ce phénomène. La Zambie, notamment, n'a que 600 médecins pour une population de 11 millions d'habitants. Il y a donc dans ce pays un médecin pour quatorze mille personnes. Une étude du ministère zambien de la santé a indiqué que seize mille infirmiers zambiens travaillent rien qu'au Royaume-Uni. «La population dans les pays occidentaux vieillit et la demande en personnel de santé pour s'occuper des personnes âgées grandit.»

Une lueur d’espoir vient, depuis l’année 2000, d’une initiative entreprise sous les auspices des Nations Unies, avec la création d’un fonds de ressources international, le Global Fund. Soutenu par les gouvernements, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et des fondations philanthropiques privées, ce projet travaillera pour qu’une réponse plus rapide et globale soit donnée à ces trois maladies majeures: sida, malaria, tuberculose.

 

Remarquable est l’engagement de l’Église dans le domaine de la santé en Afrique (819 hôpitaux, 4.715 dispensaires, 378 léproseries, 890 foyers de vieillards et handicapés, 859 orphelinats, etc.).

Justice & Paix a récemment rappelé que certains financements internationaux et nationaux destinés au secteur sanitaire excluent les activités réalisées par l’Église, au nom des droits à la santé sexuelle et reproductive.

Les programmes de «Changement de conduite» proposés par l’Église ne s’accorderaient pas avec les catégories des droits internationaux à la reproduction et à la sexualité.

Il faut considérer cela, affirme J&P, "une discrimination à base de croyances. Au fond, on ne veut pas reconnaître que les programmes de prévention du sida de l’Église ont une influence positive sur la prévention et le traitement d’un nombre considérable de personnes".              

Sources:AEFJN,ONU/SIDA,

Médecins Sans Frontières,