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Bukavu. Il y a dix ans, le matin du 30 octobre 1996, on trouva le corps sans vie de l'Archevêque Christophe Munzihirwa, tout près des bureaux de la Cinelac, place Nyawera. Il avait 51 ans. "Il fut abattu à l’entrée de l’AFDL dans la ville de Bukavu. À l’époque et même beaucoup plus tard, aucun des dirigeants congolais ne s’est indigné de cet odieux assassinat". (DIA. 01.11.2.000). Ici le témoignage de celui qui a été autorisé, le premier, à s’approcher du corps de la victime.
« L’information nous était parvenue grâce à un passant inconnu: "J’ai crois que j’ai vu le corps de Mgr Munzihirwa, parmi beaucoup d’autres, sur la place Nyawera". Le soir précédent, des militaires rwandais et des combattants banyamulenge, après avoir attaqué la ville, avaient pris position dans cette zone de croisements routiers. Pendant toute la soirée et la nuit avaient retenti les coups tirés contre les voitures et les individus qui osaient traverser cet endroit, et les cris de ceux qui en sortaient vivants. Mgr Munzihirwa était là : au sol, presque assis, appuyé à une grille, la tête inclinée sur la poitrine, les bras tombants, les mains ouvertes. Pantalon gris, chemise, mais sans chaussures ni bas, sans croix pastorale, sans montre.
D’une poche du pantalon sortait un chapelet blanc, en plastique, la seule chose que les prédateurs s’étaient permis de ne pas voler. Apparemment aucune blessure, aucune trace de sang. On avait dit qu’on l’avait tué ailleurs et que des gens charitables, au courant de la dignité du personnage, avaient décidé de le placer là, dans une posture tranquille, sans doute dans l'intention d'effacer de quelque manière la brutalité du meurtre. Son chauffeur gisait à 5 mètres de là. On lui avait tiré dans le dos et il y avait beaucoup du sang. La voiture de l’évêque était abandonnée presque au centre de la place, à une vingtaine de mètres de distance. À côté, à la hauteur de la porte, le cadavre d’un militaire congolais âgé, garde du corps de l’archevêque. Un peu partout il y avait des voitures et des cadavres. Ces derniers disparurent au cours de la nuit suivante, jetés peut-être dans le lac ou dans les latrines des habitations environnantes. La puanteur dura longtemps. Avec toute probabilité l'Archevêque, après être sorti de la voiture, avait tenté de demander une explication ou de se présenter. Plus tard on découvrit un trou à la base du crâne, derrière la tête, fait sans doute par un coup de revolver. Aucun trou de sortie. Le visage de l'Archevêque tait détendu et composé. Dans un premier temps on nous refusa de déplacer le corps et nous fûmes invités à dégager. Vers 16h00’ on fit une nouvelle tentative: cette fois-ci la permission d’enlever le corps nous fut donnée. Avec l’aide d’un groupe de jeunes séminaristes, le corps fut placé sur un sommier métallique et transporté à la résidence des Xavériens. Puisqu’il sentait déjà, on le plaça, dûment lavé et vêtu d’une aube et d’une étole, sous une paillote, pour la nuit. Les militaires étaient de l’avis de l’enterrer dans le jardin: cependant, sur notre insistance, ils nous permirent de l’enterrer tout près de la cathédrale, avec un rite bref mais digne. Quelques prêtres, des sœurs et un petit groupe de laïcs participèrent aux obsèques, sous l’œil des militaires. C’était environ midi lorsque le corps de l’Archevêque fut déposé dans une fosse, à une trentaine de mètres de la cathédrale."
Pierre-Georges Agostini m.x. |
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Il y a dix ans |