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L’Afrique devient de plus en plus intéressante pour l’industrie pétrolière globale. Son brut est réputé d’excellente qualité, car léger et donc facile à raffiner.

Le continent noir produit 7,8 millions de barils par jour et fournit 11% de la production mondiale.

D’ici cinq ans, la production africaine pourrait atteindre les 10 millions de barils par jour. Les multinationales pétrolières dépenseront, avant 2010, 50 milliards de dollars pour la recherche et l’exploitation du pétrole.

 

En avril dernier, le ministère américain de la Défense parrainait une réunion de haut niveau au Nigeria. Au menu : les différentes manières de sécuriser les gisements de pétrole du Golfe de Guinée, situé dans des pays en proie à des troubles récurrents.

La démarche en dit long sur l’intérêt croissant que portent les États Unis à l’or noir africain. L’affolement des cours, ces derniers temps, l’instabilité au Moyen Orient et la qualité du brut africain n’ont fait que renforcer cette tendance. Les États Unis pensent importer de l’Afrique subsaharienne 25% de leur pétrole d’ici à dix ans, contre 15% à l’heure actuelle. A la file, l’Europe Occidentale, l’Australie, l’Asie… La Chine notamment, lorgne le marché africain et fait preuve d’un activisme remarquable depuis les début des années 2000 et d’un intérêt évident pour le pétrole du Soudan, de l’Angola, du Nigeria etc. Elle vient de décrocher avec le Kenya des permis d’exploration offshore.

Les réserves avérées du continent oscillent entre 80 et 100 milliards de barils, soit 7

à 9% des réserves mondiales. Pour l’heure, le continent ne produit que 9 millions de barils par jour, dont 5 dans la seule région du Golfe de Guinée.

Une étude du Fonds Monétaire International sur l’émergence du Golfe de Guinée dans l’économie mondiale estimait que, entre 2002 et 2019, les pays producteurs de l’Afrique génèreront 350 milliards de dollars de revenus, soit près du produit intérieur brut total de l’ensemble des pays de l’Afrique subsaharienne. Et encore, ces projections prudentes ont été faites sur base d’un baril à 25 dollars, alors qu’il est arrivé à 78 dollars depuis juillet dernier.

Bon nombre d’experts pensent que le continent est encore loin d’avoir livré tous ses secrets, tout son potentiel.

 

Une manne

Les réserves africaines sont concentrées principalement au Nord de l’équateur. Libye (36 milliards de barils), suivie par le Nigeria (26 milliards de barils) et l'Algérie

(11,3 milliards de barils). Le Nigeria est le 6e exportateur mondial de brut et devrait augmenter sa production quotidienne de 2,6 millions de barils à 3 millions d’ici à 2007, avant de passer à 4 millions en 2020… Suivent Égypte, Soudan, Tunisie, Tchad, Cameroun… La Côte d’Ivoire produisait 33.000 barils/jour en 2005; l'objectif déclaré - et ambitieux - du gouvernement est d'extraire, à la fin de la décennie, 200.000 barils/jour. Pétrole, mais aussi du gaz en abondance.

La Mauritanie vient d’entrer dans le club des producteurs et prévoit pour cette année une recette de 380 millions de dollars. Alors que Gabon et Cameroun voient leur production décliner, Madagascar, Namibie, Afrique du Sud, Mali et Niger se préparent à figurer au rang des producteurs de pétrole. Au sud de l’équateur le Gabon et le Congo Brazzaville se classent, eux aussi, en ordre utile. Ils ont été dépassés récemment par l'Angola, dont les réserves sont de 12,4 milliards de barils et promettent une production de brut à 2 millions de barils par jour dès 2008 contre 1,3 million de barils en 2005. Des estimations modérées assurent que les réserves du Golfe de Guinée seraient de l’ordre de 35 milliards de barils de pétrole, l’une des plus importantes du monde, après le Moyen-Orient. Les bassins du lilliputien Sao Tomé et Principe pourraient contenir au moins 4, peut-être 10 milliards de barils! Dans cette région, les multinationales se bousculent pour une place dans la production et l’exploitation : américaines, européennes, chinoises, malaisiennes, australiennes, indiennes… Après tout, la plupart des gisements sont en mer et donc isolés des éventuelles revendications ou turbulences des populations des régions côtières.

Des endroits prometteurs ont été détectés tout au long de la frontière entre Ouganda et RDC (Lac Albert, Vallée de la Semliki). Des sites où il pourrait y avoir un gisement gigantesque, un milliard de barils. La longue guerre (1998-2003), n’était pas surtout ethnique, mais aussi pour une manne pétrolière annoncée sur la frontière congo-ougandaise.

 

Des questions

«L’Afrique Centrale est une région bénie de Dieu de par la richesse de son sol et de son sous-sol. Malheureusement, cette richesse contraste avec l’extrême pauvreté de nos pays qui occupent les derniers rangs sur l’échelle mondiale de la pauvreté ”:

ces mots ouvrent la déclaration publiée en juillet 2002 – sous le titre L’Église et la pauvreté en Afrique Centrale : le cas du pétrole - par les évêques de la région d’Afrique centrale (Tchad, Cameroun, Congo-Brazza, Gabon, Centrafrique).

Un cri bien justifié. D’un côté l’abondance en ressources naturelles, de l’autre des populations qui s’enfoncent de plus en plus dans l’extrême pauvreté. La corruption s’allie volontiers au pétrole. Au Nigeria, par exemple, l’Agence anti-corruption promet qu’elle publiera bientôt les noms de tous les politiciens qui ont volé ou volent l’argent de la manne pétrolière: environ 400 milliards de dollars! Pour la seule année 2005,

le groupe pétrolier étatique «Nigerian National Petroleum Corporation » (NNPC) a estimé à plus de 4,5 millions de barils le volume du pétrole détourné! En plus: des actes de vandalisme sur les pipe-lines nigérianes sont fréquents, œuvre des séparatistes armés avec pour objectif d’obtenir une meilleure répartition des revenus de l’or noir. Le Mouvement pour l’Émancipation du Delta du Niger (MEND) réclame à la Shell, le plus grand opérateur pétrolier au Nigeria, 1.800 millions de dollars au titre de réparation et en contrepartie pour la dégradation de l’environnement.

Soudan. La longue guerre entre le Nord et le Sud n’a cessé que lorsque Khartoum en 2003 a accepté le principe d’une répartition des bénéfices des 390.000 barils de pétrole par jour (actuellement 500.000). Les affrontements au Darfour? Une région presque désertique, mais qui semble promettre des lendemains pétroliers et confirmer le principe: où il y a des guerres avec beaucoup de morts et des gens contraints à abandonner leurs terres, tôt ou tard la présence de l’or noir sera confirmée.

Pour une plus grande transparence dans l’utilisation des recettes pétrolières luttent des centaines d’organisations. Elles se demandent pourquoi le Gabon, malgré les milliards de dollars du pétrole entrés dans les caisses de l’État, est toujours considéré parmi les pays pauvres de la planète (122è sur 177). ''La Guinée Équatoriale avec une population de 521.000 habitants devrait être le plus riche pays de la terre, avec tout le monde conduisant une Mercedes'', remarque Peter Eigen, fondateur et président de Transparency International. Eh bien, elle occupe la 123è place sur 177». A plusieurs reprises la Coalition Internationale Publiez ce que vous payez (PCQVP) a condamné le harcèlement judicaire, au Congo, des militants de la campagne pour une meilleure gestion des richesses pétrolières. Au Tchad, le pétrole est devenu la première recette d’exportation, devant le coton et la gomme arabique. Là aussi des voix se lèvent pour demander que les recettes soient bien gérées.

Le pétrole et le gaz rapportent à l’Algérie des montagnes de dollars, principalement à la suite du quatrième boom pétrolier de 2005. Le problème de l’Algérie n’est plus de trouver de l’argent pour relancer son économie, et pacifier une société déchirée par une sanglante guerre civile, mais plutôt d’utiliser au mieux cette fortune inattendue.

La vie quotidienne est toujours difficile: pas d’eau, pas de courant, pas de logement, pas de travail pour les jeunes, pas de nouvelles routes ... les griefs sont les mêmes d’un bout à l’autre du pays. Mieux, d’un bout à l’autre du continent.

Patrick-R. Monzemu Moleli.

Odeur du pétrole