Ae 35Zone de Texte: Home page  - Qui est Afriquespoir - Comment avoir Afriquespoir

«Ceux qui n’apprennent pas à vivre ensemble comme des frères périront ensemble comme des idiots» (Mar-tin Luther King). Nul ne voudrait certainement finir sa vie de cette manière-là et au-delà de ce qui divise les bellicistes et les pacifistes, les agresseurs et les victimes, les communautés ethniques, religieuses, les pays, etc. il y a, enfoui dans le cœur des uns et des autres, un noble désir de fraternité, de réconciliation.

A la fois un but et un processus , la réconciliation permet à la société de transcender un passé divisé et violent pour regarder vers un avenir partagé à bâtir dans des efforts de reconstruire les relations humaines brisées et de développer les pays.

Tout processus surtout post conflictuel qui tend à réconcilier les citoyens doit savoir intégrer les victimes et les agresseurs. Grosso modo, la typologie des victimes comprend généralement des personnes tuées et torturées, affligées et mutilées, brutalisées et violées, blessées, enlevées et détenues, bannies et sans foyer, intimidées et humiliées, exilées ou errant dans leur propre pays. Il y a des victimes individuelles ou collectives, directes ou indirectes. Les femmes et les enfants constituent souvent une catégorie particulière de victimes. Quant aux agresseurs on peut dénombrer – au-delà de la spécificité de chaque cas – des acteurs étatiques et non-étatiques, individus et groupes locaux ou étrangers, civils ou militaires, etc. Signalons aussi les cas où les groupes rivaux ont commis des atrocités rendant ainsi impossible la séparation nette entre victimes et agresseurs.

 

La réconciliation ne peut être une excuse pour l’impunité ou pour l’oubli; elle a besoin toutefois de la noblesse du pardon. Les chrétiens (catholiques et protestants) de Maiduguri (Nord Nigeria) l’ont bien compris, eux qui ont- en février de cette année - pardonné à leurs bourreaux fondamentalistes musulmans qui dans une violence inouïe ont massacré une soixantaine de leurs coreligionnaires, détruit autant d’églises et pillé leurs biens pour un soi-disant « article offensant la mémoire de Mahomet» paru dans les medias en Europe.

La réconciliation prend courageusement en compte le souvenir du passé qu’elle assume pour en tirer des leçons afin que les horreurs commises ne se reproduisent point dans l’avenir. La recherche sage et responsable de la vérité, la nécessité d’appliquer la justice sont d’autres éléments - clefs d’une réussite de la réconciliation. Aussi les commissions «vérité et réconciliation» ont-elles un rôle crucial à jouer en alliant sagement la recherche sur la vérité des violences perpétrées avec la sauvegarde du bien commun, de la paix sociale et du devoir de la justice qui passe aussi par une certaine une «solution réparatrice» pour les victimes.

 

Il s’agit certes d’un processus complexe, long et imprévisible qui comporte des stades variés dans des contextes historiques spécifiques; d’où il n’existe pas de modèle de réconciliation applicable universellement. A chaque communauté humaine de s’inspirer sagement de ce qui a réussi chez d’autres pour se trouver le meilleur chemin, souple et créatif. Exercice souvent éprouvant voire traumatisant surtout pour ceux qui portent dans leur chair la marque des atrocités subies ou qui voient collées à leurs personnes de terribles humiliations (exemples de la RDC, du Togo, du Rwanda), le processus de réconciliation accepté porte à abandonner la tyrannie de la violence, de la peur, de la méfiance et de la vengeance.

Le processus de réconciliation doit être soutenu par un partage responsable et équilibré du pouvoir politique, par le respect des engagements pris, la création d’un climat propice au respect des droits des personnes et des communautés, la justice économique et par la volonté de la population d’accepter la responsabilité du passé et de l’avenir. A cela concourent tous les citoyens : les autorités, les victimes et leurs agresseurs mais aussi les média, les écoles et la société civile (les groupes de défense et promotions des droits humains, les institutions religieuses etc.). Sont également nécessaires des programmes éducatifs des populations pour les rendre pleinement participantes. Certes, une réconciliation réussie ne le sera qu’en démocratie, en un État de droit effectif ou du moins en consolidation.

La communauté internationale a aussi un rôle positif à jouer en apportant informations, formation, expertise et – éventuellement – des ressources financières mais pour un travail dont les protagonistes demeurent les communautés locales.

P. Louis Kouévi Adjetey

Réconciliation: noble défi