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Un mort coûte cher à la famille: dépôt du cadavre à la morgue le temps de trois à une quinzaine de jours de rassembler l’argent nécessaire pour les funérailles:
Et puis le corbillard et d’autres véhicules d’accompagnement; la fanfare pour l’animation; la photo et la caméra pour les images; le téléphone pour des faire-part à l’étranger en quête de fonds; les systèmes sonore et d’éclairage; l’inhumation proprement dite; les libations pour tous les présents après l’enterrement; le retour chez eux de tous les membres de la famille rapprochée ayant pris part aux cérémonies mortuaires; etc. La sommation qui chiffrerait toutes ces dépenses à moins de 1.000 dollars US serait à prendre pour avoir été «économique». La veille de l’inhumation, le corps est ramené de la morgue à la maison du défunt. Du moins dans la parcelle, car le mort n’a même déjà plus droit à sa propre maison. Mis dans le cercueil, il est placé sous la chapelle ardente. Autour du cadavre, quelques chaises pour les plus proches parents. Sous d’autres tentes plantées dans la parcelle ou même dans la rue, sont placées des chaises dont le nombre varie selon la quantité des visiteurs attendus. Si, dans un passé récent, le cercueil était encadré par des bougies et les membres de la famille se vêtaient des habits de deuil jusqu’à marcher pieds nus, aujourd’hui la modernité a banni toutes ces «vieilleries». L’énergie électrique ainsi que la plus belle de ses tenues vestimentaires tirée de la garde-robe, de préférence de couleur sombre, sont à l’honneur en cette circonstance. Question de se pavaner et d’attirer les regards. Surtout pour la gent féminine qui, à ce qu’il semble, n’y vient pratiquement que pour se faire remarquer.
De tout et de rien En attendant l’inhumation prévue pour le lendemain, que se passe-t-il cette nuit-là au cours de la veillée? – Suivons pour un temps ce petit groupe de cinq jeunes gens qui s’amène, trois garçons et deux filles. À l’arrivée, ils vont droit se prosterner une minute devant le corps. L’un d’eux se signe. Ensuite, du regard, ils cherchent où aller s’asseoir. Ils aperçoivent parmi l’assistance, du côté de la rue, quelques vagues connaissances et s’y dirigent. Salutations. Puis commence la bavette. La personne éprouvée qu’ils ont suivie s’approche d’eux. Ils se lèvent et lui présentent les condoléances avant que l’un d’entre eux ne lui glisse une petite enveloppe. Celui-là parti, ils reprennent la causerie. De quoi parlent-ils au juste? De tout et de rien, sauf du deuil. Le championnat de football en cours dont les garçons raffolent ennuie les femmes. Autant alors parler des dernières cassettes des musiciens en vogue. Là, celles-ci trouvent chaussure à leur pied, elles s’animent avec chaleur. Les tenues portées par ceux qui sont assis là, plus loin, n’échappent pas à leurs critiques. Une bonne heure se passe ainsi, à ergoter sur ceci et sur cela. Finalement, le groupe se décide à aller étancher sa soif dans un bistrot, bien loin du lieu mortuaire. Bye, Bye! A demain lors de l’inhumation. Fin de tableau!
Place à la parole Déjà, il fait nuit. Les lieux se remplissent au fil des heures et s’animent de plus en plus. Fleurs artificielles en mains et chants religieux en bouche, quelques femmes se lèvent et pleurent en se dandinant dans une ronde gracieuse autour de la bière. Certains participants, depuis leurs places assises, les accompagnent en fredonnant ces airs, battant parfois les mains tout en prenant de temps en temps un gobelet de café, accompagné d’un bout de pain sec, offerts par la famille afin de les tenir éveillés jusqu’au matin. Pendant ce temps, des groupuscules se forment ci et là pour discuter de tout: de la politique (eh oui, les temps s’y prêtent vraiment!), de la religion, du sport, de la pluie et du beau temps, du sexe des anges. Bref, du vécu au quotidien. La fanfare n’est pas en reste. Elle se met bruyamment dans l’ambiance. Des airs populaires, que reprend en écho une partie de l’assistance, particulièrement les femmes, fusent toute la nuit, entrecoupés par de petits temps de répit. Répit? Que non! Ce sont là plutôt les moments que profitent des prédicateurs de tout acabit pour des sermons. L’on voit alors se lever un homme, rarement une femme, bible en mains, pour exiger le silence: c’est un pasteur, venu de quelque part. sûrement d’une de ces innombrables sectes qui pullulent dans la ville. Il débute par faire entonner quelques chants religieux populaires. Puis il y va de toute sa verve oratoire. La plupart des fois autour du thème de la mort. Comme il faut bien s’y attendre, il y a des prédications qui accrochent, d’autres restent superficielles à souhait, si pas simplement ennuyeuses. Il en est de même pour l’auditoire, pendant que d’aucuns suivent attentivement, d’autres s’en moquent éperdument. Qu’on ait affaire à un seul prédicateur, ce serait le minimum, puisqu’il n’est pas rare de voir défiler, en l’espace d’une seule nuit, trois ou quatre pasteurs, pour un temps moyen d’une heure par homme de Dieu.
Ecuries Hélas! dans la rue, le recueillement, loin d’être à l’ordre du jour, est bel et bien remplacé par son antidote. Pleurs, danses, fanfare, sermons, prières, … tout cela n’est rien face à la pagaille, à la délinquance, au scandale semé du côté de la rue par des «jeunes» du quartier. Par «jeunes», entendez plutôt des badauds, filles et garçons, entre la vingtaine et la trentaine, parfois un peu plus âgés regroupés en «écu-ries» pour qui tout en eux rime avec l’obscénité. Ils brûlent des pneus usés qui exaltent ainsi odeur et fumée insoutenables dans un vacarme voulu tonitruant, tam-tam à l’appui, ponctué des invectives à mettre en mal toute l’assistance: des menaces et des quolibets fâcheux à l’endroit de la famille éprouvée et des amis venus la consoler; des seaux d’eau aspergés sur des gens gagnés par la fatigue; des injures difficiles à supporter lancées à tout venant; des insanités les plus basses proférées toute honte bue; la drogue vendue, distribuée et fumée à bouche que veux-tu; les bonnes consciences interpellées par des tenues des plus extravagantes du chef des jeunes filles, des chants et danses de ce monde-là? etc. Autant ne pas en parler. Le rythme est ainsi endiablé jusqu’au matin. Bonjour l’évolution des mœurs! Face à ces anti-valeurs des temps nouveaux, même la famille éplorée reste sans réaction. Elle n’y peut rien. Pour éviter de se placer sous la coupe des jeunes inciviques, certaines personnes quittent carrément les lieux malgré eux. Les plus résistants essaient de leur mieux de se boucher les oreilles pour ne rien entendre, de fermer les yeux pour ne rien voir et d’endurcir les cœurs pour ne pas exploser. D’autres encore s’y accommodent sans trop crier gare. Dès l’aube, le lieu mortuaire se vide peu à peu de son monde, même de ces badauds, pour ne les retrouver que vers les 10 ou 11 heures, quand vont débuter les préparatifs du départ au cimetière… Là, c’est une autre paire de manches, pleine de péripéties tout autant indigestes. Rombaut Lilem |
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Veillées de tous les soucis |