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Avancer ensemble |
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Mme Julia Aker travaille au ministère des affaires parlementaires du jeune gouvernement du Sud Soudan. Professeur de sociologie aux Etats-Unis, à l’université Makerere de Kampala et à l’université de Gulu, elle se considère surtout une activiste de la paix et de droit des femmes.
«Je suis née dans la guerre, j’ai grandi dans la guerre et je suis devenue mère de cinq enfants pendant la guerre. Grâce à Dieu, j’espère devenir une grand-mère dans la paix.» Bien qu’elle ait connu une guerre longue de dizaines d’années, Julia Aker insiste que lorsqu’elle parle de son expérience, elle ne veut pas déprimer les gens, mais cherche plutôt à les encourager: «Au Soudan, nous devons être heureux, car l’accord global de paix signé en janvier 2005 a mis fin à la guerre. Et notre plus grande tâche maintenant, c’est de pousser notre peuple à vivre ensemble et à assurer la vie.» Elle possède le don d’aller directement au but: «Les choses qui assurent la paix sont strictement en rapport avec la vie, la santé, l’éducation et la nourriture. En effet, la paix n’est pas simplement l’absence de guerre, elle exige qu’on assure aux êtres humains un minimum des choses nécessaires pour vivre». Originaire du Haut Nil, Julia Aker est fille d’un père dinka et d’une mère nuer. Elle se souvient que pendant la longue guerre civile, les deux groupes étaient souvent en désaccord «en plus de la guerre contre le gouvernement islamique de Karthoum, nous avions des conflits aussi entre Soudanais du sud. Des groupes comme les madi, lotuko, topossa et acholi se querellaient avec le SPLA et le régime de Khartoum qui les utilisait comme ses milices. Aujourd’hui, une grande tâche nous attend : celle de vivre ensemble et de construire la confiance afin que le traité global de paix soit apprécié par tous les Soudanais.
Traité de paix C’est probablement grâce à son expérience d’enseignante que Madame Aker est une Soudanaise en condition de mieux expliquer certains détails de ce traité de paix signé en janvier 2006 après des années des négociations très compliquées à Naivasha (Kenya) entre le gouvernement du Soudan et les insurgés de la SPLA de John Garang. Elle souligne trois aspects principaux: «D’abord, il y a l’accord politique, dans l’accord de paix d’ Addis Abeba, 1972 (qui fit faillite en 1983 après l’imposition de la charia islamique) nous les gens du sud n’avions pas le pouvoir d’élire nos propres gouvernants. Maintenant, nous pouvons le faire et dans cinq ans, nous pourrons décider de notre futur politique. Après, il y a aussi la question des ressources économiques. Tandis que le Soudan du Nord est très désertique, dans le sud, nous avons des terres fertiles, des forêts, des minéraux et surtout du pétrole. Bien que le pétrole soit dans notre territoire, pour sauver la paix, nous avons accepté de le partager fifty fifty: la moitié va vers le nord tandis que le sud contrôle l’autre moitié. Finalement pour ce qui concerne la sécurité, l’accord de paix tout en prévoyant une armée nationale et c’est à la SPL qu’on a confié surtout le contrôle du sud ».
Selon son avis, quoique l’accord de paix soit bon, la paix sur place ne peut survivre sans la contribution des femmes. Elle est profondément convaincue que les femmes ont un don spécial pour permettre aux communautés de vivre ensemble dans l’harmonie: «pendant les 15 dernières années, j’ai travaillé avec les femmes du Soudan du sud pour construire la paix. Les hommes demandaient toujours des fusils, les femmes demandaient la paix». À ce propos, elle se souvient de ses expériences avec des femmes nuer: «Dans notre culture, les hommes ne traient pas les vaches, c’est un travail réservé aux femmes. A une certaine époque, les Nuer ont pillé des villages dinka et sont rentrés avec des vaches volées. Nous, les femmes, nous avons refusé de traire ces bêtes-là, en disant qu’elles étaient un butin de violence. Nos hommes n’ont eu autre choix que de les ramener à leurs propriétaires et de faire la paix avec eux. Vous voyez donc que les femmes peuvent stopper la guerre», dit-elle avec un accent d’orgueil légitime. Elle est aussi convaincue que l’accord de paix au Soudan ne peut durer si la paix ne s’installe pas aussi au nord de l’Ouganda. Les deux régions ont trop de liens historiques en commun. « Nous sommes reconnaissants aux Ougandais qui ont accueilli nos réfugiés pendant des années». Elle souligne que «les deux conflits sont apparentés, et c’est pour cela que les gens du Sud Soudan ne peuvent pas abandonner les Ougandais. Il faut à tout prix qu’ils travaillent ensemble. Durant l’année de mon enseignement à l’université de Gulu, j’ai connu de nombreuses initiatives de paix parmi les Acholi, mais peu coordonnées. C’est triste, car si vous n’avancez pas ensemble, vous n’arrivez pas loin ». Julia Aker est aussi persuadée que l’effort humain ne suffit pas. On a besoin d’une force qui vient d’en haut: « Nous sommes tous fâchés et remplis d’amertume pour les atrocités commises pendant la guerre; mais nous sommes appelés à pardonner, et faire cela ce n’est pas humain, c’est divin. Si vous voulez la vie, il n’y a pas un autre chemin. Il faut avoir un cœur comme celui de Dieu et pardonner ». J. Carlos Rodriguez
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