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«Il n’y a pas d’élections au monde qui aient suscité autant d’engouement que celles de la RDCongo (juillet et octobre 2006)», a affirmé le président de la Commission Electorale Indépedanteante Independante (CEI). Mais aussi, autant de dérapages verbaux, de propos malveillants, de mots venimeux capables de blesser plus que les balles d’un kalachnikov.
Si l’on doit croire à la Haute Autorité des Médias (HAM), organe de régulation des médias en RDCongo: «Par médias interposés, les principaux acteurs politiques, ceux qui aspiraient à la magistrature suprême notamment, se sont accusés, injuriés, diabolisés sans aucun sens d’éthique ni de responsabilité sociale, à travers la prestation de leurs lieutenants, sur les différentes chaînes de télévision», tenant des propos incitant à la xénophobie» et se versant dans l’apologie de la «congolité», version congolaise de l’«ivoirité». Pour obtenir les suffrages du peuple et disqualifier les adversaires politiques, les concurrents, tout simplement pris comme des ennemis à diffamer et à bastonner, certains politiciens ont utilisé l’injure, la calomnie, l’intoxication et le discours tribal. Et des promesses fallacieuses sans nombre. Jusqu’aux menaces de mort contre les personnes qui n’ont commis d’autre tort que de penser autrement. Lorsque les invitations à la modération n’étaient pas écoutées, agissant comme un arbitre qui distribue des cartes jaunes et rouges, la HAM a adopté des mesures punitives aussi bien contre les politiciens que contre les journaux, radios et chaînes de télévision, responsables d’une «escalade verbale, méchante et ordurière» en décrétant l’embargo médiatique, des mises en demeure et suspensions de plusieurs jours, etc. Non sans provoquer, naturellement, des réactions accusant la HAM de partialité, de sanctions injustes, politisées, liberticides. Le risque de dérives était si grand que même le Secrétaire général des Nations Unies avait adressé une exhortation au calme, afin «de permettre aux Congolais de vivre une campagne électorale apaisée et à accepter le résultat du scrutin. Toute incitation à la haine et à la violence pendant la période électorale est inacceptable, et quiconque s’engagerait dans cette voie, en sera tenu pour responsable». En 2004, le Conseil de Sécurité des NU avait fait la même démarche avec la Côte d’Ivoire, demandant aux autorités de cesser «toute diffusion à la radio et à la télévision d’incitations à la haine, à l’intolérance et à la violence», devenues quasi quotidiennes, selon Reporters sans frontières. En 2000, les médias internationaux qualifiaient les massacres ethniques dans l’ancienne Yougoslavie tout simplement comme le fruit d’une campagne de haine, de xénophobie et de vengeance, inculquées dans la tête des gens par des politiciens fous et génocidaires.
Une vraie arme Puisque les scrutins étaient appelés à mettre un terme à une fragile transition politique initiée en 2003 après une guerre régionale de près de cinq ans, particulièrement dangereux se révélait le discours tribal. Une vraie arme de destruction, de violence verbale, capable de plonger le pays dans un nouveau cycle infernal de turbulences. Ce climat de «chat et souris» a connu son apothéose dans la période se situant entre les deux tours des présidentielles (août-octobre 2006). Deux faits malheureux l’ont confirmé et mis l’huile sur le feu de l’incompréhension. D’abord une main inconnue a incendié les installations et l’immeuble abritant une chaîne de radiodiffusion et de télévision appartenant à l’un des candidats en lice avec, comme conséquence, des dégâts matériels et humains importants.
Quelques jours plus tard - représailles ou spontanéité - un fort groupe de manifestants a pris d’assaut le siège de la HAM, brûlant tout document sur leur passage et accusant cette institution de partialité dans la distribution des sanctions aux parties engagées dans les enjeux électoraux. Dans un tel climat d’incompréhension, et la violence appelant la violence, une litanie d’invectives d’une mesquinerie ignoble a fait jour, visant l’un ou l’autre candidat: fils à papa ou de papa inconnu; enfant du terroir ou étranger et mercenaire à la solde d’un autre pays; oiseau migrateur; va-t-en-guerre; homme au passé douteux; inculte; voleur; piètre gestionnaire; beni-oui-oui; cannibale; nostalgique de la dictature mobutienne; tribaliste, etc. Le «code de bonne conduite» signé pourtant par tous les partis politiques de la RdCongo pour combattre les antivaleurs avant, pendant et après les élections - en particulier l’art. 13 sur l’engagement de tous à lutter contre toutes formes de violence et de terrorisme - semblait être jeté aux oubliettes. Doit-on croire qu’on va vers une société où celui qui n’est pas ami est nécessairement ennemi, où chaque groupe a peur de l’autre et essaie de s’en protéger et de le combattre? Veut-on imiter certains étalons du terrorisme ‘islamiste’ visant à imposer des modes de vie sociale fondés sur la discrimination, la xénophobie, la culture de la haine et de la mort? Qui dit «démocratie» doit entendre aussi «opposition». L’ancien président tanzanien Julius Nyerere disait qu’il faut «considérer les citoyens comme des individus ayant le droit de choisir sans peur ni pressions leurs dirigeants, y compris le droit de mal choisir».
La démocratie ne «consiste pas à s’unir, mais à savoir se diviser, - a écrit dans un langage quelque peu philosophique Alfred Sauvy dans son ouvrage La Tragédie du Pouvoir (1978) -. L’unanimité, le plein accord, est un mauvais signe. L’opposition assure certaines fonctions indispensables en démocratie. Elle permet d’abord une information contradictoire des décisions et des intentions du gouvernement du pays. Il revient à l’opposition de soulever des questions, de critiquer les interventions ou les orientations de telle ou telle politique. L’opposition doit ensuite constituer pour les électeurs un éventuel gouvernement de rechange. Cela signifie que l’opposition doit avoir un programme réalisable. Le principe de l’alternance fait donc de l’opposition un gouvernement en puissance.»
Louis Kalonji |
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Choisir sans peur |