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Plus de 1.000 délégués de 25 pays d’Asie ont participé au premier Congrès missionnaire Églises catholiques d’Asie, organisé à Chiang Mai, Thaïlande, du 18 au 22 octobre 2006. Thème de ce rendez-vous «Raconter l’histoire de Jésus en Asie : une célébration de vie et de foi». Voici le témoignage de Mgr John Tong, évêque auxiliaire de Hong Kong , qui a commenté sept miracles de l’évangile de St. Jean, soulignant l’importance du récit dans la culture asiatique pour transmettre le savoir, suggérant à ceux qui travaillent pour annoncer l’évangile d’être très concrets vis-à-vis de ceux qui les écoutent.
Selon les critères fixés par les Nations-unies, un individu entre 65 et 74 ans est classifié âgé; entre 75 et 84 demi- vieux; à partir de 85 ans, vieillard. J’ai 67 ans et je suis donc qualifié pour parler seulement au nom des personnes âgées. J’aime méditer sur l’évangile de Saint Jean. Dans ses onze premiers chapitres, on y trouve sept miracles opérés par Jésus, des signes qui sont écrits de sorte que «vous croyiez que le Christ est le Messie, le Fils de Dieu, et qu’en croyant cela, vous ayez la vie en son nom». J’aimerais considérer ma propre vie dans le contexte de ces sept miracles.
Le premier miracle concerne l’eau changée en vin à Cana (Jn 2,1-11). Après avoir étudié au petit séminaire de Macao et puis au grand séminaire de Hong Kong, j’ai été envoyé à Rome, à l’Université urbanienne. Dans ma classe, nous étions 69 séminaristes de 25 pays différents. Nous constituions une vraie famille, une manifestation patente de la catholicité de l’Eglise. Nous avons été ordonnés par Paul VI le 6 janvier 1966, jour qui fait mémoire de l’adoration des mages, du baptême de Jésus et du miracle de Cana. Ce jour-là, j’ai demandé au Seigneur, qui avait changé l’eau en vin il y a 2.000 ans, de faire de plus en plus de moi son témoin.
Le deuxième miracle: Jésus guérit le fils d’un fonctionnaire romain (Jn 4, 46-54). Comme la majorité des gens de Hong Kong, mes ancêtres ont pratiqué des formes religieuses populaires dérivées du taoïsme, du bouddhisme ainsi que de la vénération de certains héros historiques. Ma mère a été la première dans ma famille à accepter la foi catholique. Elle avait étudié dans un lycée dirigé par des religieuses. Leur témoignage, notamment celui de la Soeur Mabel Anderson, l’avait impressionnée à tel point qu’elle désira apprendre le catéchisme. Au baptême, elle prit le nom de Mabel. Finalement, comme pour le fonctionnaire romain et sa famille, petit à petit, toute ma famille a fini par embrasser la foi chrétienne.
Le troisième miracle : Jésus guérit un homme paralysé depuis 38 ans (Jn 5,1-9). Lorsqu’en 1979, la Chine commença à s’ouvrir et à se reformer, l’on a vite pensé qu’à Hong Kong, il fallait créer un Centre qui s’occuperait des problèmes de l’Eglise en Chine. En effet, du point de vue géographique, ethnique et culturel, aucun endroit n’avait avec la Chine continentale des liens plus forts que Hong Kong. L’année suivante, le Cardinal Jean Baptiste Wu établit le Centre d’Etudes Saint Esprit, pour répondre aux nouvelles exigences, et j’en fus nommé directeur. Cela représenta pour moi toute une série de défis. J’étais enseignant au séminaire et président de la Commission oecuménique diocésaine. J’ai visité la Chine avec des groupes d’étude protestants et j’ai pris contact avec les responsables de l’Église catholique et de l’Association patriotique. Premier résultat, le Centre reçut une montagne de critiques. C’est seulement plus tard, avec l’aide de Dieu, que je compris le vrai rôle donné par le gouvernement à l’Association patriotique: contrôler l’Eglise. J’ai alors coupé tout rapport avec ce groupe. À travers le travail du Centre d’Etudes Saint Esprit, nous avons réussi à convaincre tout le monde que le Centre s’intéressait à toute l’Église chinoise, sans exclusion. Je remercie le Seigneur pour les exemples de foi que j’ai reçus de certains croyants chinois durant les temps de la persécution. Des prêtres qui, dans des camps des travaux forcés, à minuit, célébraient l’Eucharistie sur leur lit sous une moustiquaire; des chrétiens qui étaient sans prêtre depuis longtemps et qui, l’un après l’autre, confessaient leurs péchés devant une étole placée dans une chambre par le catéchiste! Bien que l’Eglise en Chine ait été paralysée pendant plus de 30 ans, avec l’aide de Dieu, beaucoup de diocèses chinois sont maintenant pleins de vie. Et ça, c’est le fruit de la souffrance et de la persécution!
Le quatrième miracle: Jésus multiplie les pains (Jn 6,1-15). Je suis né à Hong Kong en 1939. J’avais deux ans lorsque le Japon a envahi Hong Kong. Ma famille se sauva à Macao, puis à Guangzhou, une ville de la Chine méridionale. Là, j’ai fréquenté l’école primaire. Presque tout de suite après la deuxième guerre mondiale, les communistes commencèrent à parler de la Chine. Beaucoup de soldats blessés et réfugiés quittaient le nord pour le sud. Tous les jours, je les voyais devant l’église. Le curé, P. Bernard Meyer, missionnaire de Mary Knoll, leur distribuait des médicaments et parfois un peu d’argent. Ma mère et moi l’assistions souvent dans cette œuvre. C’était en voyant la charité de ce missionnaire étranger que j’ai eu le désir de devenir prêtre moi aussi.
Le cinquième miracle: Jésus marche sur l’eau (Jn 6,16-21). Pendant 2000 ans environ, la mer agitée et le vent fort ont représenté les défis auxquels l’Église a dû faire face. Les années précédant le retour de Hong Kong dans le giron chinois, le 1er juillet 1997, plus de 100.000 personnes, effrayées, émigrèrent vers d’autres pays. Certains prêtres, religieuses et laïcs bien intentionnés du diocèse de Hong Kong, suggérèrent au Cardinal Wu de transférer dans des pays plus sûrs les archives et certains biens économiques. Le Cardinal remercia ces gens-là pour leur conseil, mais prit la décision de ne rien changer: «N’ayez pas peur», disait-il. Et aujourd’hui, neuf ans après, notre travail d’évangélisation à Hong Kong avance doucement. La veille de la dernière fête de Pâques, le diocèse a baptisé 5.000 convertis. La moitié, c’étaient des adultes et l’autre, des enfants.
Le sixième miracle: Jésus donne la vue à un aveugle-né (Jn 9,1-41). Lorsque j’étais vicaire général à Hong Kong, j’étais chargé des groupes ethniques catholiques. C’est ainsi que j’ai visité des Vietnamiens enfermés dans un camp de détention, en décembre 1996. Les festons de Noël étaient jolis, mais les fidèles n’ont cessé de pleurer durant la messe. Pourquoi? Parce qu’ils ne voyaient pas la lumière devant eux. Certains étaient des réfugiés depuis toujours. Après la deuxième guerre mondiale, ils avaient quitté le sud de la Chine et s’étaient réfugiés au Vietnam du Nord pour se sauver du régime communiste. En 1954, le Vietnam fut divisé en deux, et ainsi ils se sont déplacés vers le sud du pays. Après la chute de Saigon dans les mains des communistes en 1975, ils organisèrent des plans pour se sauver en bateau. Quelques bateaux purent arriver jusqu’à Hong Kong, mais c’était pour être enfermés pendant 10 ou 20 ans dans des camps de détention. Ils s’étaient sauvés quatre fois, mais pour finir derrière des fils barbelés. Et finalement, on leur annonçait l’arrivée prochaine des communistes. Ils pleuraient et se demandaient pourquoi Dieu les avait traités d’une manière si dure. Je les consolais et les encourageais à avoir foi en Dieu. En effet, à partir du 1er juillet 1997, ils ont été libérés et accueillis par la communauté de Hong Kong. Ils se retrouvent chaque dimanche à la paroisse de St Joseph à Kowloon. Pour la première fois, ils se sentent plus libres. Ils ne sont plus chassés. Ils ont finalement trouvé la paix.
Le septième miracle: Jésus ressuscite Lazare (Jn 11,1-44). En 2003, la peur s’installa à Hong Kong: l’épidémie de la grippe aviaire, entre mars et juin, fit 299 morts. Nous n’étions pas comme Lazare dans la tombe, mains et pieds liés, mais nous protégions nos bouches avec des masques. Quelques catholiques avaient suggéré à l’évêque Zen, actuellement Cardinal, d’arrêter toute célébration dans les églises par mesure d’hygiène. Mais l’évêque répliqua que la prière est toujours nécessaire comme le pain. Il eut raison. L’épidémie s’arrêta et nous sommes sortis de la peur comme Lazare du tombeau. Que pourrions-nous faire pour l’Eglise de Chine? Voilà mon avis: d’abord, prions afin que le catholique de la Chine continentale puisse jouir de ses libertés et, surtout, de la liberté religieuse. Ensuite, si nous en avons la possibilité, visitons la Chine pour y rencontrer nos frères et sœurs chrétiens catholiques. Cela les encouragera. Et finalement, continuons à soutenir la formation des séminaristes et des religieuses en Chine. J. R. |
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Asie: Premier congrès missionnaire |