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Sanpolo, membre attitré d’un nouveau groupe religieux de la stricte observance, n’a pas élaboré des syllogismes compliqués le jour où, à l’université, son regard chaste et pur s’est posé par hasard sur Mirabelle («Mira» pour les intimes, apprendra-t-il plus tard…), une étudiante catholique au sourire franchement enjôleur qui lui creusait des fossettes à étourdir un ascète de sa trempe… Il ne comprenait absolument pas ce qui lui arrivait à chaque fois que leurs chemins se croisaient… Et l’alliance entre les deux familles fut régulièrement scellée selon les usages de chez nous… Quatre enfants dans le ménage, tous de nationalité «british», voilà que les problèmes surgissent entre les conjoints. Un combat religieux les confronte: ils constatent qu’ils n’adoraient pas le même Dieu. Du moins, c’est ce que prétendit l’époux Sanpolo qui argua que l’épouse devait suivre son mari en tout, jusqu’à partager sa foi et sa prière. «Ainsi l’exige la Bible!».
Mirabelle, elle, dûment intégrée dans la culture européenne et instruite des principes de l’égalité des sexes et des droits et devoirs s’arc-bouta dessus de toutes ses forces et répondit par une autre citation biblique: «Désormais, même une famille de cinq personnes sera divisée: trois contre deux, et deux contre trois. Le père s’opposera au fils et le fils au père, la mère à sa fille et la fille à sa mère; la belle-mère à l’épouse et l’épouse à sa belle-mère» (Lc 12, 52-53). De London, le mari descendit à Kinshasa prendre conseil auprès de ses géniteurs qui lui intiment l’ordre formel de répudier sa baby-londonienne de femme catholique. «La mère de mes enfants?» s’inquiéta Sanpolo, plus que jamais amoureux de sa chère et tendre Mira. «Leur cœur demeure toujours incirconcis. Notre dot -déclara l’oncle, gourou émacié par des nombreux jeûnes- on l’a déjà réclamée!». Le cœur profondément meurtri, ne comprenant pas pourquoi un mariage d’amour doit cesser pour des questions de croyance religieuse, l’épouse refuse d’abjurer sa foi. «Je ne peux ni ne veux t’obéir en matière de foi. Et d’abord la liberté de foi et de culte, qu’en faites-vous?»
Cet affrontement a lentement et insidieusement effrité l’harmonie du couple, aujourd’hui divisé sans compromis ni compromissions de part et d’autre. Sanpolo se voit obligé de prendre une autre femme dans le sérail du christianisme ‘‘nouveau’’. Si même l’amour des conjoints qui se fiaient l’un à l’autre doit s’ensabler dans des querelles de la foi chrétienne, on se pose la question: quand commence l’oecuménisme et où finit-il? Mirabelle a dit: «Je ne peux me passer de l’Eucharistie, présence réelle du Christ!» Ce qui laissa totalement froid son conjoint. De même que parler de la «croix à assumer aujourd’hui» fait crier d’indignation des légions de ‘réveillés dans l’Esprit’. C’est une question dépassée, démodée, inutile: «Nous sommes déjà sauvés, maintenant c’est le temps de jouir du salut à travers la prospérité matérielle, signe évident des bénédictions de Dieu».
Pourquoi chante-t-on alors «Jésus est le même, oui, toujours le même»? Sur quoi exactement les chrétiens sont-ils divisés pour qu’ils éprouvent aujourd’hui le désir de l’oecuménisme et le vivent si mal, enfermés dans leurs tours d’ivoire respectives, aveuglés par l’orgueil de la foi? Dieu aurait-il cent visages et non pas le seul de Jésus, «image du Dieu invisible» (Col 1,15)? |
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Dieu unique aux cents visages |