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Sa musique est toute différente des autres qui ont pignon sur rue. Rien à voir avec cette autre-là, celle des concerts, avec ses cris tonitruants portés au maximum des décibels. Jean Goubald fait une musique douce, poétique, qui peut vous inviter sur la piste pour un pas de danse, mais sans aucune agitation. Sans trop de frénésie. Il chante l’amour. Il chante la paix. Un peu à la manière de Zao, le Congolais (de Brazza) ou d’Alpha Blondy, l’Ivoirien.
Vous êtes dans la musique depuis longtemps. Comment avez-vous commencé? Depuis 1967. J’étais très jeune et sentais la musique dans mes veines. Je pensais pouvoir jouer au saxophone plus tard. Mais ne l’ayant pas sous la main, je dus me contenter de la guitare. Ne dit-on pas que faute de grives, on mange des merles? Ensuite, il y a eu mon frère aîné, électronicien, pour m’apprendre les premières notes de la guitare. Quant à un modèle à suivre, je ne pense pas. Comme il est vrai qu’on ne peut se lancer dans un domaine quelconque sans référence, pour moi, je reconnais que j’avais de la considération pour des artistes comme Tabu Ley, le Grand Kallé, Franco Luambo, les Grands Maquisards,… Mais plus j’avançais en âge, plus j’en découvrais d’autres. Mais mon véritable problème se trouvait et se trouve toujours ailleurs.
Où alors ? Je n’avais pas de préférence particulière pour le style de quelqu’un, ni dans la personne d’une idole, mais j’étais et reste amoureux des belles chansons. Et rien de plus.
Et qu’entendez-vous par «belles chansons»? Celles qui vous pénètrent jusqu’au cœur, qui vous percent l’âme, qui émeuvent, qui vous font réfléchir ou rêver. Peu importe que ce soit du blues, du jazz, du rock, ou tout simplement de la rumba. Et quand j’évoque nos doyens dans la musique, je me place sous l’optique de leurs belles chansons-là. Et Dieu seul sait combien il y en avait, à leur époque…
Dans la musique actuelle, que nous sachions, qu’on appelle «metal music», ce sont des grands bruits… le rasta… qui s’imposent. On veut voir la masse bouger, s’agiter de tout son saoul, avec frénésie. Est-ce cela le résultat? Moi aussi, je suis passé par là, dans un groupe rasta où l’on faisait du reggae. Aujourd’hui, tout ça est fini, bien qu’un peu de reggae soit encore resté en moi. Je suis dans une autre musique.
Laquelle et comment la définissez-vous vous-même? Sincèrement, je ne sais pas moi-même définir ma musique. Je peux dire seulement que c’est du métissage, de la musique métisse. Ma musique est à la croisée des chemins de toutes les musiques que j’ai rencontrées, en RDC et partout ailleurs. J’ai personnellement pratiqué différentes musiques (grecque, arabe, américaine,…). Les gens ont tendance à appeler ça « musique de recherche», terme que je n’apprécie pas beaucoup dans la mesure où tout musicien digne de ce nom fait des recherches. C’est pourquoi je préfère que ma musique soit appelée tout simplement «musique métisse».
Cette musique métisse, c’est donc une «musique savante», réservée à un groupe de spécialistes, d’initiés. Au fond, quel message transmettez-vous à travers vos œuvres? C’est selon. Qu’on la considère comme on veut. Mais mon plus grand message, c’est l’amour. C’est la paix. C’est la dénonciation de l’injustice, de la violence. Et je vous assure que quand on dénonce, c’est pour amener les gens à l’amour, à la paix.
Vu sous cet angle, y a-t-il une chanson que vous aimez parmi toutes vos exécutions et que préfèrent vos mélomanes? Je n’ai jamais fait attention à cela. Mais ce que les gens aiment le plus est, je crois, la chanson Bayibi bomwana na ngai (On m’a volé mon enfance).
Quelle en est le thème et à quelle occasion l’avez-vous pensée? J’ai longuement observé les enfants-soldats. Je me suis alors mis à la place d’un enfant-soldat qui aimerait aller à l’école comme les autres enfants de son âge mais, hélas! À qui on a seulement appris à manier les armes, à tuer, mais qui n’a pas réussi à arrêter les guerres pour autant; un enfant qui aimerait jouer au «kebo», au «lipate», au «nitendo», mais, dommage; un enfant qui a besoin de l’affection des siens; et à la fin, cet enfant qui souhaiterait ardemment réintégrer la société, penser à son avenir et oublier tous ces mauvais souvenirs d’enfant-soldat.
C’est tout comme chanson-fétiche de Jean Goubald? Il y en a tant d’autres qu’exigent mes fans au cours de mes exécutions. Je citerai par exemple «Africano», où il est demandé à l’Africain de se réveiller et de se mettre au travail; il vit dans une misère noire alors qu’en réalité il est assis sur l’or. Il y a aussi «Asala boni?» où je plaide la cause de l’enfant de la rue. Il est là où passe un pasteur qui n’a pas le moindre regard pour lui. Dans «L’Homme», je fais état de l’éternelle insatisfaction de l’être humain, enviant toujours ce qu’il voit chez autrui. D’où, en fin de compte, cette frustration qui le conduit jusqu’au racisme.
À part l’album en cours, en préparez-vous un autre, avec des nouveaux sujets que vous voudriez présenter davantage dans l’avenir ou continuer toujours sur ce chemin de la paix, de l’amour? Bien sûr! Au sujet de la vie courante. Il y a des chansons où je chante la nature, la beauté. Je ne suis pas spécialiste de certains sujets. Je prends ce qui me vient en tête et je le traite à ma façon. Bien souvent, le sujet à traiter dépend de l’inspiration du moment.
Que pensez-vous de cette musique religieuse qui envahit actuellement l’espace musical? Ici aussi, tout dépend de l’artiste qui a envie de créer une musique de qualité. Pour viser haut, chacun a sa façon de travailler. Musique religieuse ou profane, ce qui intéresse le plus, à mon humble avis, c’est l’énergie qu’on communique. C’est cette vitalité. C’est cette force. Ae |
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