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Œcuménisme(2)

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Pardon

«Pas d’avenir sans pardon», c’est le titre d’un livre écrit en l’an 2000 par l’archevêque anglican sud-africain, Desmond Tutu. Tout au long de son pontificat, Jean-Paul II insiste sur la reconnaissance du péché dans toute réalité humaine, y compris l’Église. Il demande ‘pardon’ quatre-vingt fois environ. Il pressent qu’il y a là la matrice d’une œuvre future à laquelle il aspire de tout son être. Il ne cesse de demander pardon pour les péchés passés des fils de l’Église. Surtout, avec la demande de pardon placée au cœur du Jubilé, le 12 mars 2000, en la basilique Saint-Pierre: il invite à une purification de la mémoire, pour l’entrée de l’Église dans le troisième millénaire. Il offre et demande le pardon pour les crimes du passé. «Ce n’est pas nécessaire d’arriver jusque là, disaient certains. Si l’Eglise admet qu’elle s’est trompée, elle rend un service à ses ennemis, affaiblit sa crédibilité, ouvre la porte à la contestation. Les grands pouvoirs de la planète ne se mettent jamais à genoux, ils savent qu’ils ne pourraient plus se relever. Et après tout, pourquoi demander pardon pour des péchés commis par d’autres, dans le passé?» Jean Paul II prend le chemin opposé: si l’Eglise n’était qu’une société humaine, elle devrait astucieusement cacher qu’elle s’est trompée. Il est persuadé que le fait de reconnaître

les erreurs d’hier est un acte de loyauté et de courage, évangélique. «Seulement le pardon offert et reçu conduit progressivement à un dialogue fécond et à la réconciliation», dit-il.

Benoit XVI s’est engagé à suivre le même parcours. Au lendemain de son élection comme évêque de Rome,

il a reçu l’ensemble des représentants des Églises et des communautés ecclésiales, venus à cette occasion. «Allons de l’avant dans l’espérance. Sur les traces de mes prédécesseurs, en particulier Paul VI et Jean-Paul II, je ressens fortement le besoin d’affirmer de nouveau l’engagement irréversible, pris par le Concile Vatican II

et poursuivi au cours des dernières années grâce aussi à l’action du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. Le chemin vers la pleine communion voulue par Jésus pour ses disciples comporte,

dans une docilité concrète à ce que l’Esprit dit aux Eglises, courage, douceur, fermeté et espérance de parvenir au but».

Lors de son premier voyage en Allemagne, en août 2005, il souligne que l’œcuménisme n’est pas d’abord une question de se mettre d’accord sur l’autorité dans l’Eglise ou les questions concernant le sacerdoce,

«la meilleure forme d’oecuménisme consiste à vivre selon l’Evangile», dit-il.

 

Dialogue

L’unité est une exigence de la charité chrétienne, elle est le testament de Jésus à ses disciples avant de quitter ce monde. Le patriarche Athënagoras reliait très clairement l’œcuménisme des Eglises à l’amélioration des rapports entre les peuples: «Eglises sœurs, peuples frères», disait-il.

Toutefois un pas en avant est imposé par notre époque: les gens demandent des réponses à toutes les religions sur les grandes questions éthiques.

Loin d’être une entreprise marginale, la religion touche aux enjeux les plus cruciaux de tous les peuples de la planète: la vie, la mort, le sens de l’existence et du vivre ensemble, la guerre et la paix, la science, le respect de la création, la mondialisation. Seul le dialogue peut donner des réponses à des questions si difficiles et compliquées par les nationalismes et les interprétations fondamentalistes des données religieuses. Jean Paul II en était profondément persuadé. Aucun pape ne se sera autant démené et n’aura autant voyagé à travers le monde pour jeter des ponts avec toutes les grandes religions et plaider pour la paix entre les peuples.

Un an à peine après son élection, on le retrouvera pour la première fois en terre musulmane, en Turquie, où il manifestera la volonté de dialogue de l’Eglise catholique en dressant le 29 novembre 1979 à Ankara une sorte de charte des relations mutuelles entre le christianisme et l’islam.

 

Les princes...

Quatre mois plus tard, il recevra le roi Hassan II du Maroc dans sa bibliothèque privée du Vatican.

Un événement essentiel puisque c’est à cette occasion que le souverain marocain, Commandeur des croyants, lança l’idée d’une visite du pape dans le royaume chérifien. «Sire, mais que ferais-je si je vais au Maroc?

Je ne pourrai pas prier avec les gens puisque votre Etat est purement musulman», s’interrogea le pape devant Hassan II, qui lui répondit: «Sainteté, vous avez une responsabilité qui est non seulement religieuse mais aussi éducative et morale». Deux ans plus tard, le roi du Maroc invitait son «illustre ami» à se rendre dans son royaume et le 19 août 1985, Jean-Paul II s’adressait dans le stade de Casablanca à 90 000 jeunes musulmans en les appelant pour la première fois ses «frères». «Le prince des mécréants» invitait «le prince des infidèles», selon l’expression d’Hassan II lui-même, à l’occasion de la première grande manifestation islamo-chrétienne dans la tolérance et le respect de la foi de l’autre.

En ce qui concerne les liens islamo-chrétiens, le succès fut tel que l’on verra pour la première fois un souverain pontife se déchausser pour pénétrer dans une mosquée célèbre, celle des Omeyyades. C’était à Damas, en juillet 2001. Le 30 novembre dernier Benoît XVI a répété le même geste en visitant un autre lieu de prière musulman, la Mosquée Bleue d’Istanbul.

 

Assise

Le 13 avril 1986, Jean-Paul II se rendit à la synagogue de Rome. Aucun pape n’avait fait un tel geste avant lui. Un geste symbolique dans l’esprit de ce qui allait suivre: la grande journée mondiale de prière pour la paix à Assise (Italie). Le 27 octobre 1986, il y accueillit plus de 200 représentants des différentes religions.

La cité de Saint François, ce jour-là, fut transformée en une sorte d’«ONU des religions» où l’on vit bouddhistes, musulmans, juifs, shintoïstes, sikhs, protestants, orthodoxes, anglicans, catholiques et d’autres encore qui, à défaut d’une impossible «prière commune», prièrent en commun. Cette initiative sera renouvelée plusieurs fois. Notamment  en janvier 2002, après les attentats du 11 septembre de l’année précédente. Pendant que les Américains ripostaient en Afghanistan et songeaient déjà à une guerre contre l’Irak, il s’agissait de démontrer que les religions n’étaient pas des facteurs de guerre.

 

Face aux souffrances provoquées par les guerres, les famines ou des cataclysmes, désormais «Nul ne peut dire: je ne savais pas. Il s’agit là d’un phénomène propre à notre temps, où les vicissitudes de chaque partie de l’humanité sont connues de tous», avait affirmé Paul VI en 1966, en évoquant le problème de la faim en Inde.

Aux représentants des différentes religions réunis de nouveau à Assise en septembre 2006, Benoît XVI a rappelé la valeur de l’intuition qu’avait eue Jean-Paul II en invitant ceux qui croient en Dieu à prier pour la paix. «Malheureusement, ce rêve de paix ne s’est pas réalisé.

Le troisième millénaire s’est au contraire ouvert sur des épisodes de terrorisme et de violence qui ne paraissent pas devoir disparaître».

Les réactions violentes de la part de nombreux secteurs musulmans aux caricatures de Mahomet parues dans un journal danois ou à une simple citation faite par Benoît XVI à propos de la violence au nom de Dieu, révèlent que la compréhension et le dialogue sont plus jamais indispensables.

Ainsi que le respect réciproque.

Le fait qu’il n’y a eu aucune réaction à la caricature du Noël chrétien parue dans un journal musulman publié en France, en dit long. Aux représentants d’une trentaine de pays à majorité musulmane ( 25 septembre 2006), invités par le Vatican, Benoît XVI a évoqué l’impératif pour les religions d’affronter ensemble «les défis de l’humanité d’aujourd’hui» pour défendre l’homme des menaces qui pèsent sur lui et sur la paix.

«Le dialogue interreligieux et interculturel est une nécessité pour bâtir ensemble le monde de paix et de fraternité ardemment souhaité par tous les hommes de bonne volonté.

En ce domaine, nos contemporains attendent de nous un témoignage éloquent pour montrer à tous la valeur de la dimension religieuse de l’existence».

C’est aussi le message de la huitième Conférence mondiale sur la religion et la paix (Kyoto, Japon, août 2006), où 2.200 participants, dont 800 responsables religieux (entre autres, le cardinal bolivien Julio Terrazas), ont souligné l’importance du rôle de la religion et de sa capacité de lutter contre la guerre et les violences dans le monde.

 

‘Groupes’ et oecuménisme

Oui, c’est vrai, on est invité à dialoguer avec tout le monde: mais, est-ce qu’on peut parler d’œcuménisme

avec les milliers de groupes plus ou moins chrétiens qui attirent des foules par leurs promesses de miracles

ou l’annonce de la proche fin du monde? Le dialogue avec les nouveaux mouvements religieux fait-il partie intégrante du dialogue interreligieux?

On a souvent l’impression que ceux-ci ignorent allègrement le thème de l’œcumenisme. L’IFRA-Ibadan

(Institut Français de Recherche en Afrique) a réalisé une enquête sur les nouveaux acteurs religieux en Afrique de l’Ouest.

Parmi ses conclusions: en dépit du mouvement œcuménique, on enregistre un fractionnement des églises existantes et la formation de nouveaux groupements qui ne se sentent pas interpellés par l’existence d’Églises qui, au long des siècles, ont jugé bon de se séparer (ou de se retrouver). Pour maints d’entre eux,

ce qui compte, c’est leur message, leur lecture ou la non lecture de la Bible. Un document des Conférences épiscopales africaines (SCEAM) rappelait en mars 1992 qu’il y a «ceux qui osent même dire aux prêtres: Laissez à côté l’Eglise et prenez en vos mains la Bible.

N’importe quel point de leur doctrine trouve une plausibilité par la masse des citations bibliques censées le corroborer jusque dans les détails ».

Certains textes concernant la passion du Seigneur, l’eucharistie, les béatitudes, le péché etc., sont carrément négligés, remplacés par des récits de toutes sortes de faveurs divines, guérisons, fécondité, travail, succès scolaire ou en affaires, visa de sortie… C’est le règne du libre examen et des opinions théologiques les plus divergentes.

Henry Blocher, professeur à la Faculté Libre de Théologie Evangélique (Suisse), a écrit que les fidèles de ces nouveaux mouvements «s’isolent sciemment des autres. Ils vivent en autarcie morale, ne fréquentant que les frères et sœurs de leur clan; ceux qui partagent leurs croyances. Ainsi peuvent-ils se conforter les uns et les autres dans leurs convictions qui les enferment chaque fois un peu plus sur eux-mêmes».

 

On a l’impression que l’œcuménisme ne leur dit rien et que la suivante plaisanterie est toujours actuelle.

Etonné devant le nombre d’églises d’une ville, un visiteur s’adressa à un ami du lieu: «On dirait qu’ici les gens aiment beaucoup Dieu».

«Bah! répondit l’ami: c’est bien possible qu’ils aiment Dieu. Mais il est sûr qu’ils se haïssent les uns les autres».

Comment doit-on agir avec les extrémistes, les fondamentalistes, les fanatiques, les apocalyptiques, les sataniques, etc.? Quelle est notre responsabilité, en tant qu’hommes et femmes invités à choisir la voie du dialogue, la seule permettant de construire une société pacifique?

Dans le livre ‘La prière de Jésus pour l’unité des croyants en contexte africain’ (L’Harmattan, 2005), l’abbé congolais Jean-Freddy Bobo affirme que «L’évangile doit pouvoir manifester  que finalement, ce n’est ni la haine ni la brutalité, ni les intrigues qui triomphent, mais l’amour, la fraternité, l’unité, la solidarité». La crédibilité du christianisme dans le monde d’aujourd’hui, doit se jouer toujours plus sur un témoignage uni, cohérent, chaleureux.

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