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Peuple combien de temps pour le fabriquer? |
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Toutes les constitutions supposent un peuple. C’est le peuple qui décide de se donner une loi permettant aux hommes et aux femmes qui le composent de vivre ensemble et de progresser. Combien de temps faut-il pour y arriver? Aucune constitution ne le prévoit. L’organisation d’une société, l’éducation d’un peuple est en effet une tâche qui traverse les générations. La Bible nous apprend tout ce que Dieu a fait pour former son «peuple» et que cela a duré des millénaires. Et ce n’est pas encore fini.
À tel point que le début de celui qui s’appellera «Peuple de l’Alliance» peut être considéré la copie conforme de l’origine de n’importe quelle nation. Après le déluge, Dieu dit: Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme (Gn 8,21). Ni les erreurs, ni les crimes des hommes, ne pourront conduire l’histoire jusqu’au chaos. Non seulement le soleil continuera de nous chauffer et la terre donnera son pain, mais à chaque siècle, l’humanité trouvera une solution à ses problèmes, car Dieu est un Dieu de miséricorde, et jour après jour, il marche à côté de l’homme, comme un père porte «son fils tout au long de la route» (Dt 1,31).
La bénédiction donnée par Dieu à Noé et ses fils (c’est-à-dire à toute l’humanité) est comme un commentaire de la promesse précédente. L’homme est confirmé dans sa charge de gérant de la création. La terre, avec tout ce qu’elle contient, est à sa disposition. Le progrès technique et culturel mettra les hommes tous les jours davantage en face de leurs responsabilités. Dieu ne s’est pas fait connaître à tous les groupes humains comme il fera pour Israël. Mais à tous les hommes, dans tous les pays, il donne des signes de sa providence et de sa bonté à travers aussi les événements quotidiens: c’est ce qu’il exprime quand il invite les descendants de Noé à voir dans l’arc-en-ciel le rappel de son alliance avec eux. En ce temps-là, accrocher son arc au mur, c’était le signe du temps de paix: l’arc-en ciel est cet arc que Dieu accroche dans le ciel, sa tente. Aujourd’hui, il nous inviterait à accrocher un kalachnikov ou une machette et à prendre conscience que nous sommes en train de réchauffer la planète et d’empoisonner le sol avec des millions de tonnes de déchets toxiques, de mines et des armes atomiques. Le récit de la Tour de Babel dit que le progrès et l’organisation des villes et des nations ne se fera pas toujours dans l’harmonie. La langue ne sera plus la même, on n’arrivera plus à s’entendre, surtout lorsqu’on a des privilèges à défendre ou des richesses à voler. La soif de domination et de conquête ouvrira la porte à des ambitions folles, à la construction d’empires qui régulièrement s’effondreront. Muraille de Chine, course aux armements, impérialisme économique, les grands projets pour lesquels on a sacrifié des millions d’esclaves resteront inachevés. Dieu s’indigne: cette façon de bâtir la société humaine n’est pas celle qu’il a envisagée. Lui va construire à partir des humbles et les commencements seront insignifiants.
C’est le chapitre 12 de la Genèse qui nous parle du début d’un peuple différent de tous les autres, d’un peuple de Dieu. Sur la carte, il est facile de repérer le «croissant fertile» formé par les vallées de Mésopotamie et les plaines de Canaan. Les nomades, toujours à la recherche de pâturages pour leurs moutons et leurs ânes, parcouraient les plateaux et les déserts de cette région (Iraq, Syrie, Jordanie), descendant même jusqu’en Egypte en temps de sécheresse. La Genèse raconte que la famille d’Abraham avait quitté Ur et était arrivée au pays de Canaan. De là, poussé par la famine, il descendit vers l’Egypte. Et ensuite, accompagné de son neveu Lot, il remonta vers le Négueb. Leur condition économique était maintenant bonne. Lot «aussi avait ses tentes, et il possédait du gros et du petit bétail. Mais le terrain ne leur permettait pas de vivre côte à côte: leurs troupeaux étaient trop nombreux pour qu’ils puissent rester ensemble» (Gn 13,5-7). «Qui terre a, guerre a», dit le proverbe: la possession de terres, de richesses est source de conflits. Pour préserver la paix dans le clan auquel il appartenait, Abraham s’établit au pays de Canaan, tandis que Loth s’établissait dans les villes de la vallée du Jourdain et transportait ses tentes jusqu’à Sodome. Dans un monde divisé, où chacun défend son clan et ses intérêts, construit sa clôture, place des bornes, trace des frontières, collectionne des exploits militaires (nos livres d’histoire en regorgent), Dieu choisit un homme sans terre - un nomade, exactement comme tous nos ancêtres- pour préparer le Royaume dans lequel tous les peuples seront rassemblés. Abraham était déjà vieux, et bien des groupes autour de lui partaient vers le sud, vers l’ouest, vers Canaan, à la recherche de meilleures terres, mais pourquoi les aurait-il suivis? Sa vie allait bientôt s’achever, pire encore, il n’avait pas d’enfants. Pouvait-il refaire sa vie? Mais Dieu l’appelle: ‘Pars, quelque chose t’attend!’. Et Abraham part comme les nombreux émigrants de notre époque, que les nécessités économiques forcent à quitter leur pays sans savoir où aller, ni comment leur vie finira. Un projet fou, si l’on s’arrête aux apparences, aux données géographiques, aux kilomètres carrés (la superficie d’Israël de nos jours n’est que de 20.000 km2 environ, 125 fois plus petite que celle de la RD Congo), aux difficultés que les descendants d’Abraham rencontreront au cours des siècles. Une minorité perpétuelle du point de vue politique et militaire. Mais gardienne d’un projet destiné à toute l’humanité. Et chaque fois que les fils d’Abraham oublieront le projet que Dieu leur a confié et choisiront de faire comme les autres peuples (culte des idoles, adoration des chefs, confiance dans les armes, mépris pour les pauvres), ils connaîtront la guerre, la défaite, la déportation, la misère. La terre – voilà la grande leçon – est donnée à Israël et aux autres peuples pour qu’ils en fassent une terre de justice et de prospérité, une planète habitée par un peuple de frères.
P. Mathew Thekkeyil, SVD |