Zone de Texte: Home page  - Qui est Afriquespoir - Comment avoir Afriquespoir

Elle était toujours d’une humeur joviale et d’un dévouement tous azimuts, mais cela n’empêchait pas à ses collègues de se railler de cette «fille de Dieu» dont les souffrances physiques n’ont fait qu’affermir la foi. Jusqu’à la mort (8 mai 1976).

 

Née le 17 décembre 1955 et baptisée le jour de Noël, Wivine Sebyera est le quatrième enfant d’une humble famille de Bukavu qui en comptera dix. Etudes primaires et secondaires normales au Lycée Amani de Goma.

 

Au service d’autrui

Rayonnante de vie, elle est Xavéri,  milite dans la Jeunesse du Parti (Jeunesse du Mouvement Populaire

de la Révolution), elle est responsable de l’internat, et on la retrouve encore dans le groupe de prière œcuménique. Et partout où elle passe, elle fait montre d’un zèle qui la distingue de ses collègues,

cherchant à tout instant à rendre service: «Comment puis-je aider les autres à se comprendre si je ne me comprends pas moi-même? Décidément, je n’ouvre peut-être pas assez mon cœur…»

Diplôme d’État consacrant la fin des études secondaires en mains, Sebyera fait son entrée à l’Institut Supérieur Pédagogique de la Gombe (ISP) de Kinshasa en 1er Graduat Chimie-Biologie. Comme dans

ses habitudes, elle est toute dévouée pour les autres,  répète les cours avec les moins douées et se retrouve de temps en temps à l’Hôpital Général donnant bénévolement son sang aux malades.

Son grand cœur envers autrui lui vaudra même le surnom moqueur de «fille de Dieu», surtout quand,

tous les vendredi dans les après-midi, elle se retrouve au sein d’un groupe pour un partage de l’Evangile.

Elle fait fi de toutes ces railleries. Au contraire, sa vie spirituelle s’en trouve ragaillardie.

Ses notes, à la fin de chacune de deux années passées à l’ISP/Gombe sont très bonnes, toujours gratifiées de la mention «Distinction» Puis, elle est affectée comme stagiaire non loin de là, à l’Institut Bosembo.

Là aussi, elle est épatante, ses classes sont vivantes, joyeuses, imprégnées d’une enjouement qui ne tarit guère, même en dehors des heures des cours. Elle est toute à ses élèves qui lui rendent la pareille.

Un beau jour de septembre 1975, alors qu’elle donne cours dans sa classe, elle s’affaisse, ne pouvant poursuivre le travail, mais le lendemain, elle est de nouveau devant ses élèves. Que non! Elle devait être conduite à l’hôpital, aux Cliniques Ngaliema. C’était le début de ses souffrances. Transférée aussitôt aux Cliniques Universitqires, mieux équipées pour des cas de leucémie, Sebyera y sera internée

à trois reprises: du 3 au 31 décembre, du 12 janvier au 3 février 1976 et du 9 février au 8 mai.

Fervente chrétienne, Sebyera recevra au cours de la messe du dimanche 1er février le sacrement des malades, après en avoir reçu des explications dans toute sa lucidité, contrairement aux habitudes dans

ces Cliniques où on avait tendance à n’appeler le prêtre que quand le malade était déjà en phase finale.

 

Secret professionnel

À l’hôpital, sa souffrance est aigue, mais elle ne s’en plaint pas. Bien au contraire, elle rayonne d’une joie immense qui fait l’admiration de tout le personnel soignant et des voisins alités comme elle, ainsi que des visiteurs de passage. Autant croire que Sebyera a bien saisi le sens profond de la souffrance humaine

et de la mort: «Je sais, mais eux ne le savent pas. Ils ont raison de me le cacher. Secret professionnel»,

 a-t-elle griffonné sur une feuille de clinique qu’elle a ramassée. «Je n’en ai pas peur, moi. Je serai ravie, c’est ma plus grande récompense. J’irai vivre. On va raconter qu’elle est morte. Non, je ne suis pas morte.

Ils me l’ont caché. Je le sais, ils ne le savent pas. Secret professionnel. Celle qui est à côté de moi espère encore me voir vivre dans ce monde. Comment lui expliquer que je suis heureuse de me savoir prête pour la Vie éternelle? Ah! Enfin, mon tour est là : la terre est une scène où chacun joue sa part et laisse la place aux autres. Enfin, mon tour est là. Bienheureuse oui, je le sais. J’ai pitié de vous qui n’avez pas encore compris ce passage terrestre vers la terre promise. Je ne vous oublierai jamais, vous tous qui m’avez aidée à aimer cette Vie et à y entrer avec joie. Vous…».

Voilà donc les termes de son testament. Et c’est à juste titre que ses compagnons, à son enterrement

le 9 mai 1976, lui ont unanimement dit «merci» et que pour sa part , dans son allocution, le Cardinal Malula a exalté les vertus de la petite Sebyera. «Par-dessus tout, c’est sa foi profonde qui nous a impressionnés.

Wivine vivait réellement dans une intimité profonde avec Dieu. Au plus fort de ses souffrances, elle avait la certitude qu’il y avait près d’elle un interlocuteur invisible: le Christ».

 

 Cf. L’Eglise d’Afrique hier  et d’aujourd’hui, Paul de Meester, Ed. St. Paul Afrique

Eux ne le savent pas