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Entretien avec P. Jean-Marc Luzolo, de l’Ordre des Prémontrés, Professeur de Musique sacrée à l’Institut de Théologie St. Eugène Mazenod, Kinshasa.
Qu’est qu’on peut dire de la musique religieuse en RD Congo? Il faudrait partir du contexte dans lequel cette musique a évolué. En effet, c’est vers les années 80 qu’on assiste à une éclosion sur le plan religieux, favorisée par le foisonnement de mouvements religieux. Cette musique a beaucoup contribué à l’expansion de certains courants idéologiques et philosophiques liés aux sectes.
Quels sont les thèmes abordés dans cette musique? On présente souvent des thèmes qui ne répondent pas aux attentes de l’Évangile et n’accompagnent pas réellement l’homme. Certaines chansons ne proposent pas la communion mais lancent dans le “moi”, dans l’égoïsme spirituel. “Seigneur (ou Rabbi), que dis-tu pour mon mariage, mon travail, mon visa, mon voyage?...”; “Jésus est présent, nous le verrons”, “Donne à Dieu et lui te donnera”... La prière devient un refuge où l’on cherche la réponse seulement aux problèmes personnels, sans impliquer la communauté. On se cache derrière les chants et on veut qu’ils remplacent nos incapacités. Jésus est présent dans le chant, mais dans la vie concrète on ne voit pas, par exemple, la corruption et le manque d’hygiène qui rongent nos villes. Dieu donne toujours, même si nous ne lui donnons pas; il reste éternellement fidèle.
Il y a quand même de gens mieux inspirés? Oui, il y a plusieurs musiciens qui savent puiser dans la Bible pour émerveiller la société et l’éduquer: Par exemple, “Bonjour R.D Congo”, de Patrice Ngoy, une chanson apparemment simple mais d’une profondeur religieuse et sociale formidable. Il souligne qu’il y a trois choses essentielles qu’il faut apprendre à dire: Bonjour, Merci, et Pardon. Ce chant joué même dans les transports publiques, peut aider les gens à récupérer certaines valeurs de la vie quotidienne. Quelques compositeurs orientent leurs chants vers la souffrance des enfants de la rue (chegués), qu’il faut considérer comme image de Dieu. De même pour les enfants soldats, les enfants sorciers...
Pourriez-vous proposer d’autres thèmes encore inexploités par la musique congolaise? Oui, il y en a légion, mais il est évident que tout le monde exploite les domaines qui touchent davantage la sensibilité des gens, en vue de bien vendre les cassettes: Des thèmes? Dieu nous a donné un monde à transformer, d’où l’importance du travail; miséricorde, pardon, unité, œcuménisme, mariage, éducation, écologie, etc. Il y a un temps pour tout, dit l’Ecclésiaste: pour construire, détruire, jouer, danser... Jerôme Soku |
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