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Paru en 1956, le livre «Des prêtres noirs s’interrogent» est considéré comme «l’acte de naissance de la théologie africaine». Cinquante ans après, Karthala a réédité ce livre, avec présentation des théologiens Léonard Santedi Kinkupu, Gérard Bissainthe, Meinrad Hebga et les réflexions de plusieurs théologiens (Paulin Poucouta, I. Ndongala Maduku. E. Elochukwu Uzukwu, René Luneau et autres) qui se sont retrouvés à Paris, en novembre 2006, pour faire le point: que pensent les théologiens africains d’aujourd’hui de la situation de leur Eglise? Quel avenir pour l’Eglise d’Afrique? Une deuxième rencontre a eu lieu à Abidjan du 12 au 17 février dernier à l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO), sur le thème: “Evangélisation, théologie et salut en Afrique. La théologie africaine 50 ans après. Des prêtres noirs s’interrogent.”
Voici quelques passages de l’exposé du théologien nigérian Bède Ukwuije, CSSp, sur la situation de l’Église au Nigeria et les problèmes sociaux et religieux auxquels elle est confrontée. Un texte qui peut offrir des points de repère pour la compréhension d’autres réalités du continent.
Comme citoyen La proximité des élections : élection présidentielle et élections des gouverneurs de l’État en avril 2007, nous replace devant l’enjeu du vivre ensemble dans un Etat pluraliste. Les Nigérians sont heureux de vivre dans un État démocratique depuis 1999. On peut à juste titre questionner l’appellation «démocratique» que nous attribuons à l’État nigérian mais, ceux qui ont connu l’expérience de 30 ans de dictatures ne peuvent que reconnaître que le système actuel est la meilleure expérience démocratique que nous ayons eue. L’avenir dépendra de la capacité des Nigérians à consolider et à peaufiner ce processus démocratique. L’Église a toujours joué un rôle important dans la structuration du processus démocratique au Nigeria. Il me semble cependant que, dans les décennies à venir, elle doit mieux structurer sa théologie politique. Elle doit mieux coordonner la position de la Conférence épiscopale en matière politique et voir comment équilibrer la nécessaire intervention de l’Église, en tant que corps social, et une prise de distance tout aussi nécessaire vis-à-vis du jeu de la politique partisane. L’intervention récente de l’archevêque d’Abuja, Mgr John Olorunfemi Onaiyekan, semble judicieuse à ce sujet. Il y a quelques mois pendant les débats sur le troisième mandat, il a eu des démêlés avec le Président de la République. Dans son homélie lors d’une ordination presbytérale à Abuja, devant le Président, l’archevêque a rappelé à ce dernier la nécessité de respecter la souveraineté de la Constitution. Il lui a rappelé aussi l’une des vertus attendues d’un homme d’État, celle de tenir parole, faisant référence à la promesse du Président de ne pas se représenter pour un troisième mandat. Cette intervention n’a pas plu au Président de la République. Mais l’archevêque n’a cessé de réitérer sa position jusqu’à ce que le projet de troisième mandat soit enterré par l’Assemblée nationale. Interrogé sur cette prise de position, Mgr Onaiyekan explique qu’en sa qualité d’archevêque, il a le droit de faire savoir sa position, non seulement comme citoyen, mais surtout comme leader de référence dans la société. De plus, l’Église se doit de prendre une position claire quant à certains principes non négociables : la bonne gouvernance, la démocratie, la justice, qui sont constamment réaffirmés dans la doctrine sociale de l’Église.
Le piège Les rapports entre les différentes religions, surtout entre l’islam et le christianisme, demeurent tendus. On doit noter cependant que des gens de différentes religions vivent ensemble au Nigeria. Beaucoup de familles sont composées de personnes de différentes religions. Chrétiens et musulmans vivent ensemble sur les marchés, dans le monde des affaires, dans les écoles, dans les bureaux, dans les services publics, etc. La situation s’est compliquée depuis que les douze états du Nord ont adopté, il y a cinq ans, la Charia, comme droit pénal, marginalisant encore plus les minorités ethniques et chrétiennes. Les fidèles des deux religions vivent en situation de tensions et de soupçons réciproques. D’une part, les musulmans limitent la liberté des chrétiens qui deviennent quasiment des citoyens de seconde zone. D’autre part, il arrive que des chrétiens fanatiques saccagent aussi des mosquées en représailles au traitement que leur réservent les musulmans. Il importe surtout pour les chrétiens d’éviter le piège d’une compétition mortifère avec l’islam, un danger amplifié par les pratiques des Églises de la mouvance pentecôtiste. Ces Églises se lancent dans une évangélisation orchestrée sous forme de croisades dans les stades et les télévisions. Les membres sont invités à se constituer en arsenal humain de Dieu sur la terre pour engager le duel entre Dieu et les forces du mal. Des groupes qui se révèlent parfois aussi intransigeants que les fondamentalistes musulmans.
Fidélité On constate aussi la mobilisation de la Religion Traditionnelle Africaine (RTA) dans certains mouvements ethniques militarisés. Ils se mettent sous la protection des divinités locales: Odua (Oduduwa) est l’ancêtre fondateur des Yoruba; Egbesu est la divinité Ijaw de la guerre; Bakassi est un symbole de la lutte contre l’insécurité instituée par le vol armé et par les mécréants. Les rituels se font au sanctuaire des divinités puissantes. Chaque mouvement s’occupe de la sécurité d’une région et parfois d’une ethnie. Des voix s’élèvent au Nigeria pour demander un état séculier, mais le problème n’est pas là. Ce que les chrétiens doivent réclamer, c’est la citoyenneté. Les chrétiens ne sont pas contre l’islam et ils n’aimeraient pas qu’on les prive de l’expression publique de leur foi et de la prise de positions en matière de vivre ensemble dans le pays. Ils refusent l’idée qu’on doive être musulman pour jouir de tous ses droits, en toute légalité, dans son pays. Il faut poursuivre le dialogue. Il revient aux pasteurs et aux théologiens d’aider les communautés chrétiennes à vérifier leur fidélité au Dieu qu’elles confessent. Il n’y a de véritable dialogue que lorsqu’une rencontre engage des religions différentes dans un débat sur le sens, le but de l’histoire humaine et de la vie ensemble. Cela les oblige à se questionner mutuellement sur la capacité de leurs confessions de foi à offrir des ressorts pour construire le vivre ensemble.
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Ils s’interrogent |