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Combien coûte le fait de tuer quelqu’un? Le Dr Komla Siamevi, de l’OMS-Afrique, a déclaré que «les pertes économiques dues aux guerres en Afrique s’élèvent à 15 milliards de dollars par an». Une somme astronomique, pour tuer chaque année quelques centaines de milliers d’Africains.

 

«Mourir, ça ne coûte rien. C’est l’enterrement qui vide les poches», racontait dans les années ’60 un chanteur mexicain. Ce qui se passe dans notre continent semble le confirmer. Mais, en plus, nous voyons tous les jours qu’on investit des sommes monstrueuses pour donner la mort.

Des batailles et des bagarres meurtrières provoquant des dégâts énormément coûteux. Elles ne se produisent pas seulement ailleurs, en Somalie, au Darfour, aux frontières du Tchad, de la RCA et de l’Ouganda, mais aussi chez nous et on ne trouve jamais le temps pour les quantifier. Les affrontements meurtriers qui ont paralysé la ville de Kinshasa les 22 et 23 mars dernier (et au mois d’août 2006), opposant les éléments de l’armée régulière à ceux de la garde rapprochée du sénateur Jean-Pierre Bemba, en sont une illustration patente.

 

Au détriment

Ils se sont déroulés sur un tout petit périmètre de quelques kilomètres carrés, pendant deux jours. Mais quels gâchis! Selon une certaine presse, pas moins de 600 morts.

Des cercueils à acheter (environ 150 dollars pièce), des funérailles à organiser, des blessés à soigner, des familles à indemniser. Des dommages difficiles à calculer.

Il serait enrichissant qu’on arrive à savoir combien ont coûté 48 heures de feux d’artifice. Combien de dizaines de milliers de femmes, vendant des petits riens pour la survie de la famille, devant leur parcelle ou dans un petit marché du coin de la rue, n’ont-elles pas renoncé à sortir leurs marchandises? Combien de dizaines de milliers de moyens de transport grands et petits n’ont-ils pas bougé pendant 48 heures ? Combien de boutiques, épiceries, pharmacies, cybercafé, boulangeries, terrasses qui pullulent dans la capitale, n’ont-ils  pas gardé la porte fermée ces jours-là? Combien d’édifices endommagés? Des pertes à calculer en millions de dollars. L’évaluation de cette pagaille financière donne le frisson à tout homme de bon sens.

L’occasion faisant le larron, les pillages n’ont pas manqué à la fête! Les grandes maisons commerciales et industrielles, en ont fait les frais. Combien de centaines de milliers de dollars disparus dans la casse et le vol ! Plusieurs édifices abritant les services publics, des banques, des boutiques et magasins dans la commune de la Gombe ont été la cible des destructions méchantes.

Et les coûts des opérations militaires s’élèvent à combien? Qui inventoriera le nombre de balles et d’obus tirés? Le marché des munitions dit qu’un petit obus de 20 mm revient à 60 dollars. D’autres, plus gros et plus sophistiqués, jusqu’à 5.000 dollars la pièce. Une mitrailleuse lourde, on l’achète à 3.000 dollars. Dix cartouches de fusil reviennent à un dollar. Grâce au ciel, on n’est pas en Somalie, où le prix d’une cartouche a grimpé, à la joie de ses marchands, au niveau record de 1,50 dollar.

Est-ce qu’il n’y a pas eu de gagnants? Il y en a eu sans doute, notamment les fabricants d’armes et... les compagnies de télécommunication. Le portable a permis à des millions des gens qui entendaient les coups et les explosions, de faire des ‘coups’ de téléphone et de rassurer ou de transmettre leur peur à d’autres millions.

 

L’impact

Tout cela pour arriver à quoi? u constat que la guerre est la chose la plus coûteuse. Bien que notre guéguerre de deux jours ne puisse pas être comparée au conflit irakien, qui dévore 130.000 dollars la minute, il faut dire que le prix payé par nos populations est toujours infiniment cher.

Quoique l’impact de la violence sur le tissu économique d’un pays soit très difficile à évaluer, il est indiscutable que les conflits armés sont l’une des raisons qui expliquent qu’au moins 250 millions de personnes en Afrique sub-saharienne - presque la moitié de la population - vivent en dessous du seuil de la pauvreté.

Les experts affirment que dans un pays industrialisé, lors d’un affrontement en montagne ou en zone marécageuse, pour tuer une personne, il faut de 30 à 100 tonnes de bombes (au Vietnam, en 1968, pour dégager la base de KhéSanh, les Américains ont lancé 300.000 tonnes de bombes, qui ont tué 3.000 Vietcong).

Des leçons permettant d’arriver au calcul suivant: tuer ‘un ennemi’ suppose un investissement de 100.000 dollars environ.

En Afrique, on ne peut pas se permettre ce type de luxe. C’est pour cela aussi que les armes légères sont devenues le principal outil de combat dans la majorité des conflits des deux dernières décennies. Un fusil d’assaut moderne tire des centaines de coups à la minute, permettant à une poignée de combattants de mitrailler, tuer ou blesser tout ce qui bouge.

«Sur les 49 conflits régionaux qui ont éclaté entre 1990 et 1999, 46 ont vu l’utilisation des armes légères uniquement», a écrit Michael Klare, The Kalashnikov Age.

Ce qui s’est produit au Liberia est désormais un exemple ‘classique’.

Le 24 décembre 1989, Charles Taylor marcha sur le Libéria avec un groupe  de quelque 150 rebelles, membres du Front National Patriotique du Liberia (FNPL). Leur but: conquérir le pays. Cinq mois plus tard,  ils en contrôlaient les 2/3.

Ils imposèrent des rançons aux populations, recrutant des soldats supplémentaires et assassinant tous ceux qui refusaient de se soumettre. Bilan de la guerre civile 1989-2000: 200.000 morts, plusieurs milliers de viols et d’amputés, un  million de déplacés (sur 3.5 millions d’habitants).

Taylor avait utilisé le système de combat le plus mortel et le plus adopté par les aspirants aventuriers de notre époque: l’adolescent (environ 10.000 enfants-soldats), équipé d’un fusil d’assaut AK- 47 Kalachnikov. Depuis l’invasion du Liberia, cette stratégie a été employée avec des effets dévastateurs dans une douzaine de pays, produisant un nombre de victimes normalement associé à une guerre totale entre des armées mécanisées modernes.

 

Beaucoup plus utile

La Croix Rouge Int. a affirmé que les neuf conflits armés dans lesquels étaient engagés six armées nationales et 21 groupes irréguliers en R D Congo, auraient causé la mort d’environ 3,3 millions de personnes entre 1998 et 2002, soit une moyenne de 2.500 victimes par jour. 86% auraient succombé à des maladies et à la malnutrition. Les civils représentaient près de 90% des victimes. Sans compter les milliers de blessés, de femmes violées, d’estropiés exigeant des soins à vie, le million de déplacés, ayant tout perdu et confiés à l’assistance du monde entier (des centaines de millions de dollars).

Des sommes faramineuses révélant que la violence est la chose la plus folle qu’une société puisse se permettre.

Dans la lutte pour le retour de la paix l’exemple du Kenya est significatif, même s’il s’est présenté sous un air tant soit peu folklorique.

Le 15 mars dernier dans une cérémonie publique, exactement sept ans après la signature de ‘la Déclaration de Nairobi sur les armes légères en l’an 2000’, le gouvernement kenyan procédait à la 4ème destruction nationale d’armes. Il en a brûlées 8.000.

À bas la guerre et tout ce qui la favorise, donc!

 

Louis Kalonji - Gaétan N. Yawo.

Combien ça coûte?

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