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Parmi les plus grandes forêts tropicales après l’Amazonie, celles du bassin du Congo, couvrant 2.586.150 km2, revêtent une grande importance pour le continent africain et au pour le reste de la planète. Elles interviennent d’une manière efficace et efficiente dans le processus de la protection des sols et la régulation du climat par l’oxygénation et l’absorption des gaz carboniques qui polluent l’atmosphère. Un véritable “poumon” de la planète.

 

Par sa gigantesque masse de matières vivantes, animales et végétales, le bassin du Congo est une richesse pour l’humanité. La splendide couverture végétale renferme près d’un quart des forêts humides primaires de la planète et de trois quarts de celles de l’Afrique entière. La région compte plus de 8.000 espèces végétales connues, plus de 1.000 espèces d’oiseaux, 216 espèces d’amphibies, 280 espèces de reptiles, 148 espèces de papillons, 10.000 espèces de plantes vasculaires et 300 espèces de bois exploitables.

 

Situation

L’état de ce grand complexe forestier qui influence le modèle des précipitations dans l’Atlantique nord est fort préoccupant. L’Afrique, à elle seule, concentre plus de la moitié de la déforestation. L’Organisation des Nations Unies (ONU) affirme que “la désertification affecte près de 30% des terres, notamment en Afrique”. L’Afrique perd ses forêts à un rythme très rapide. La FAO a indiqué que le couvert forestier du continent a perdu 200. 000 km2 entre 2000 et 2005. Le continent compte le plus grand nombre d’incendies de forêt dans le monde, du fait essentiellement de la pratique traditionnelle de la culture sur brûlis”. Là où les forêts anciennes avaient mis des milliers, voire des millions d’années pour se développer et s’épanouir en espèces rares, les prédateurs les ont fait disparaître aux deux tiers en une trentaine d’années. La déforestation constitue donc le grand enjeu du moment pour l’humanité avec tous ses effets irréversibles sur le climat et la désertification.

Le Ghana et le Madagascar ont déjà perdu plus de 90% de leurs forêts tandis que la Côte d’Ivoire est passée de 210.000 km2 avant 1960 à moins de 25.000 aujourd’hui.

Au Cameroun, 170.000 km2 de forêt représentant 76 % de son ensemble, ont été coupés ou alloués à des concessions d’abattage. Seulement 6% des forêts camerounaises font l’objet de la protection comme des réserves. Le Lac Tanganyika (Burundi, RDC, Zambie et Tanzanie) est présentement menacé par la déforestation des flancs des montagnes et les constructions anarchiques qui l’entourent. En avril dernier, il y a eu des manifestations à Kampala, qui ont fait trois morts, contre la décision du gouvernement de céder un tiers de la précieuse forêt de Mabira, l’un des derniers habitat pluviaux d’Afrique (30.000 hectares) à des particuliers pour la culture de la canne à sucre.

Pour ce qui est de la RD Congo, la situation est particulièrement grave: «L’exploitation forestière tourne à plein régime en RD Congo, et plus précisément dans la province de l’Équateur, au nord-ouest du pays. Vue du ciel, cette zone ressemble à un brocoli géant d’environ 368 000 km2 (près des deux tiers de la superficie de la France)». Laure Noualhat, Libération.

 

Un lourd tribut

Toutes les forêts en zones occupées par les différents groupes militarisés, ont payé jusqu’à ce jour un lourd tribut. L’insécurité et le braconnage intensif y ont élu domicile. Selon le rapport (avril 2001) d’un groupe d’experts de l’ONU qui, pendant six mois, avaient enquêté sur l’exploitation illégale des ressources naturelles en RDC, «entre 1998 et 2000, environ 1800 camions en provenance de la RDC et transportant bois, café, cassitérite etc. ont traversé l’Ouganda vers les destinations suivantes : 30% Chine, Japon, Singapour; 40% Europe ; 25% Amérique du Nord ».

Un rapport du Fonds Mondial pour la Nature (WWF) renseigne que 19 des 27 pays de l’Union Européenne laissent entrer le bois issu de l’exploitation illégale en provenance particulièrement de l’Afrique centrale. Les Ougandais chargés de fermer un œil à la frontière et les Congolais des Provinces Orientale et de l’Équateur complices, «gagnaient 5 millions de dollars par mois». En 2002, les autorités de Kinshasa soulignaient que pendant la même période, rien que dans le secteur du bois, le pays avait perdu 164 millions de dollars.

Relativement réservé, cet espace exceptionnel est à la croisée des chemins. C’est un marché alléchant et l’enjeu est crucial: 600.000 km2 de forêts tropicales sont actuellement en train d’être affectés aux exploitants industriels alors qu’aucun zonage écologiquement et socialement pertinent n’a été fait.

Dans la destruction des ressources forestières, il n’y a pas seulement les pressions de l’industrie du bois. La forêt, agressée par les bulldozers et les tronçonneuses, est aussi malmenée par des populations souvent pauvres, en quête de terres cultivables. Elle est un poumon du monde, mais elle est essentielle pour ses habitants. Environ 40 millions de Congolais dépendent des forêts comme source d’énergie: bois de chauffe (environ 45 millions de tonnes par an), exploitation agricole et pâturage sur brûlis, braconnage, matériaux de construction, aliments, médicaments...

 

Les défis

Au cours de la récente Conférence internationale sur la gestion des forêts de la RD Congo (Bruxelles, 26-27 février), on a posé la question suivante: d’accord, elles sont importantes pour la planète, mais qu’est-ce qu’on va donner aux gens qui y trouvent de quoi vivre? Green Peace, une association internationale de protection de l’environnent, s’évertue à crier haut et fort que la pollution, l’échauffement de la terre et la raréfaction toujours croissante des forêts menacent aussi bien la santé que le bien-être des humains et de toute création sur la planète, et qu’il s’agit de prendre des mesures adéquates dès aujourd’hui, car demain sera trop tard. On est en train de détruire des forêts primaires, très importantes pour la stabilité du climat mondial.

Mais qu’est-ce que le monde donnera en compensation pour qu’on puisse garder ce patrimoine intact? La Corée du Nord exige l’aide internationale en échange de sa renonciation au projet de fabriquer des armes atomiques. Eh bien, les représentants congolais demandent qu’un financement d’au moins un milliard et demi de dollars soit accordé à leur pays en guise de compensation à son effort de préservation des ressources forestières! Un principe souligné avec force par le ministre congolais de 1’Environnement, Conservation de la Nature, Eaux et Forêts, Didace Pembe, à Bruxelles: si l’on veut préserver la riche biodiversité des forêts de la RDC, il faut lutter contre la pauvreté des populations.

Le 3 avril dernier, le gouvernement congolais a publié une nouvelle réglementation des titres d’exploitation forestière. On vient de constater, en effet, que les violations de l’espace forestier se multiplient et que, par exemple, pas un seul franc des taxes récoltées entre 2003 et 2006 n’a été redistribué aux populations des régions forestières!

 

Christian Kabengele Lubambala

 

Forêt de discours

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