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Jonas, le raciste!

 

Le livre de Jonas raconte l’histoire d’un ‘petit’ prophète qui a refusé d’obéir à la demande de Dieu et s’enfuit par la mer,  cherchant un endroit pour  se cacher loin de la vue  de Dieu. Contraint par des circonstances, il regagne Ninive, son champ de mission, où  il annonce le plan divin.

 

Ninive  est une grande ville païenne située sur la rive gauche du Tigre, en face de Mossoul (Jon 1,2). Grâce aux fouilles de 1842 – 1855, on a découvert les vestiges du palais royal du roi Assourbanipal et de sa bibliothèque (666 – 626). Ninive était déjà une cité importante au temps de l’empire d’Akkad. C’est Sennachérib (704 – 681 av. J.C.) qui transféra à Ninive la capitale de l’empire (2R 19,36).

La ville a été détruite complètement par les Mèdes et les Babyloniens qui s’emparèrent de la cité en 612 av. J.C.

Un jour, Dieu demande à Jonas d’aller à Ninive, pour inviter la population à se convertir. L’idée ne plaît du tout à Jonas. Il déteste les Ninivites – ces étrangers qui profèrent les menaces incessantes contre le peuple de Jérusalem (Is 36-37). Ce sont des mauvais, des violents, des barbares, tous pleins de fraudes et d’escroqueries (Na 3,1). Cette ville guerroya durant des siècles contre les peuples voisins et usa de la cruauté la plus féroce envers les vaincus : Assourbanipal (669-626 av. J.C.) se plaisait, après ses victoires, à couper les  mains, les pieds, les nez, les oreilles de ses prisonniers;

il leur crevait les yeux et élevait des petits monuments de têtes humaines. Jonas n’a-t-il pas raison de se demander pourquoi Dieu s’intéresse à ces gens-là? Il ne prend pas trop de temps  pour discuter avec Dieu. Il affrète le premier bateau disponible pour Tarse, la ville du bout du monde, selon la  conception de l’époque. Il veut rester dehors: Il refuse d’aller à Ninive.  Pour quelle raison?

Est-ce que c’est la peur de tenir tête à la cruauté des Ninivites ou est-ce qu’il déteste ce peuple païen dont il souhaite la destruction? Mais Dieu ne change pas sa décision.

Une tempête se lève, terrible, redoutable. Les marins luttent désespérément pour sauver le navire et sauver la vie. La mer se déchaîne à tel point que le navire menace de chavirer. Les marins pensent qu’un dieu s’acharne contre eux, que quelqu’un du bateau a commis un crime et qu’une divinité cherche à le punir. Ils décident de laisser au  sort le soin de désigner le  coupable et le verdict tombe sur Jonas qui est en train de dormir  tranquillement au fond de la cale. Jonas n’a fait aucune difficulté de reconnaître son tort: il a pris le bateau pour fuir de la présence du Seigneur. Le malheureux Jonas propose aux marins de le jeter à la mer. Ce qui fut fait. La tempête s’apaise et les marins offrent un sacrifice au Dieu de Jonas!

Cependant, pour le prophète la dernière heure n’est pas encore arrivée.  Dieu dépêche un grand poisson  (peut-être une baleine !), qui l’engloutit. Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits. Dans cette prison il prie le Seigneur son Dieu. Le troisième jour le poisson le vomit sur la terre. Le troisième jour, signifie le jour de relèvement (Os 6,1 – 2), jour où Dieu redonne la vie. Jonas avait eu suffisamment de temps pour réfléchir sur les conséquences de son refus de la mission qui lui avait été confiée. Il retourne vers ce Dieu qui lui offre une nouvelle vision sur sa vie. Jonas devient un homme nouveau.

 

Il se lève et part pour Ninive, où il  profère un oracle à l’adresse des ses habitants. «Encore quarante jours et Ninive sera mise sens dessus dessous» (Jon 3,4). A l’étonnement de Jonas, le roi décrète un jeûne et se vêt de sac. Hommes et bêtes craignent le malheur. Ils demandent à Dieu de revenir sur sa décision. Dieu voit leur changement d’attitude, révise sa décision et ne fera pas ce qu’il a annoncé.

Tout le monde n’est pas content de la conversion des Ninivites. Parmi eux, Jonas lui-même.

Il monte sur une  colline pour contempler le spectacle de la catastrophe imminente. Il s’impatiente. Mais puisque rien ne se passe, il se fâche. Il critique Dieu parce qu’il est bon et miséricordieux.

Il veut mourir encore une fois (Jon 4,1- 3). Il recommence à  fuir Dieu. Il va à l’est de la ville, se construit une hutte et s’asseoit sous son ombre. Dieu fait pousser une plante qui refroidit l’atmosphère. Jonas se réjouit. Le lendemain, Dieu dépêche un ver qui attaqua la plante, celle-ci crèva. Sous la chaleur, il demande encore à Dieu de le faire périr. Dieu le reconduit à la raison:

«Tu as pitié de cette plante pour laquelle tu n’as pas peiné et moi je ne devrais  pas avoir pitié de Ninive?» (Jon 4,10 – 11).

L’histoire est savoureuse. Elle s’adresse à tous ceux qui n’aiment que leur prochain, leur semblable;

à tous ceux qui pensent que l’étranger est étrange, infréquentable et qu’on vivrait mieux sans lui;

à tous ceux qui ne se rendent pas compte qu’ils sont embarqués sur le même bateau et qui dorment pendant que les étrangers triment sur le pont. Elle s’adresse à tous ceux qui veulent mettre la main sur Dieu et l’annexer à leur camp, à leur tribu, à leur parti, à leur armée, à leur famille; à ceux qui pensent que la nouvelle église qu’ils viennent de fonder est meilleure que les autres; à ceux qui ne voient pas que la vie, loin d’être un privilège, c’est une charge, une mission, une responsabilité, un don. L’exemple de Jonas donne lieu à réfléchir sur ce qui nous unit et non sur ce  qui nous divise,

à discerner sur ce qui est fondamental à l’être humain. À la création, Dieu a donné naissance aux premiers parents, modela l’homme avec de la poussière pris du sol,  il insuffla dans ses narines l’haleine de la vie et l’établit dans le jardin. Trois enseignements concernant ce qui unit les êtres humains, peuvent être tirés de ce premier laboratoire de Dieu:

 

1. La matière primaire de fabrication, le corps humain, et sa nature universelle quelle que soit la couleur de la peau.

 

2. Le souffle ou le principe de vie ou l’âme de tout être humain provient de Dieu.

 

3. L’objectif de la vie humaine: respecter le dessein de Dieu et vivre en harmonie avec la nature.

 

Ces trois éléments unissent les hommes à Dieu et entre eux. Jonas semble oublier que Dieu tient compte de ces trois principes de la création et qu’il veut le bien-être de tout le monde. Finalement, Jonas accepte de se rendre à Ninive pour accomplir la volonté de Celui qui l’a sauvé de la noyade. Il accepte de prêcher  à ces affreux Ninivites que le Seigneur a vu  leurs crimes  et qu’il va leur  infliger la punition méritée. Il traverse la ville en criant que la destruction est proche. Le texte biblique montre avec beaucoup de détails les conséquences de l’oppression que Ninive exerce sur le peuple de Jérusalem. Quelle que soit l’attitude de Jonas, le message est passé. Les Ninivites en ont pris bonne note. Dieu est un grand provocateur. D’abord il a dépêché un gros poisson qui avalera Jonas.

Ensuite il dépêche une plante dont les feuilles  protègent la tête du prophète des rayons du soleil. Enfin, il dépêche un ver qui attaque la plante. Il semble se moquer de Jonas et de son désir de mourir. «Et moi, je ne devrais pas me mettre en peine  pour Ninive, la grande ville, où vivent plus de cent vingt mille être humains qui ne distinguent pas le bien et le mal, sans parler des animaux?»

Leçon à retenir: Dieu dirige le monde selon une vision ample et généreuse. Comme il a tout créé,

il se sent responsable de tout. Et il nous invite à partager ce souci.

P. Mathew Thekkeyil, SVD

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