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S’il y avait pensé plus sereinement, en écoutant davantage les élans généreux de son cœur (nous en savons quelque chose…), le Père céleste, tout-puissant Créateur, n’en serait pas là aujourd’hui à siéger au tribunal du divorce en séances continues sur les Cinq Continents. En cause : l’unique os qu’il a retiré de la côte d’Adam. Quelle histoire ! Dossier interminable : Ayant éprouvé la saveur extatique de la divine moelle de cet os - (Il a été chiche, le Père, mais quelle réussite parfaite !) -, les mâles en veulent consommer désormais trois ou quatre à la fois. Et c’est parti : « Silence ! On juge ! » Parfois il a vraiment l’impression que c’est lui que l’on juge, le Père Éternel, à voir souvent peser sur lui le regard appuyé, plein de silencieux reproches, de tous ces hommes et femmes en mal d’amour dans le mariage ou dans l’expression de leur sexualité si mystérieuse! Et Le Fils, au lieu de venir sauver la situation, abîmera toute l’affaire avec son équation.
Ayant refusé cette loi divine, dès lors, beaucoup de couples sont devenus des ‘’couples-Babel’’. Tel celui-ci, voisin immédiat de ma cure, où du matin au soir, résonnent cris et disputes alternant avec des silences menaçants parce que toujours suivis de nouveaux orages… Le père, portant la soixantaine alerte et l’anneau conjugal fièrement incrusté au doigt, a eu déjà à ramener à la maison cinq petits fabriqués hors foyer en des nuits de beuverie dont il ne se souvient généralement pas le lendemain... A la naissance de ces pauvres innocents, de véritables ‘photocopies’ accusatrices, il a été bien obligé à chaque fois de reconnaître ses œuvres… Ce qui est loin de faire la joie de l’épouse, la ‘mamu’, qui se venge avec fureur et délectation sur les petits morveux, excitant alors le courroux du légitime géniteur qui, se sentant bafoué dans sa paternité triomphante quoique désordonnée, sème la terreur dans sa famille qui ne connaît jamais la paix... Une véritable faune.
Car les conséquences de cet état de choses sont très tôt apparues chez les dix enfants légitimes, produits typiques des bagarres conjugales. La dernière, pour ne parler que d’elle, est une perche musclée de 17 ans, brillante basketteuse dans son club scolaire et qui dépasse des épaules et de la tête maman, papa et tout le reste de la famille. Elle croit, vu «sa position en hauteur», ne plus devoir obéir à papa ni écouter maman. Celle-ci, intimidée par les palettes qui servent de mains à sa benjamine (qui a eu un jour l’audace d’en menacer sa génitrice), n’ose plus jamais lui faire ni observation ni remarque, même quand elle a appris que la petite sortait avec un bel homme cossu. Frappé par le rude chômage occasionné par suite des pillages historiques, papa ferme les yeux sur l’origine des billets verts que ses six grandes filles montées comme des statues rapportent à la maison chaque matin : ‘Elles travaillent de nuit’ explique-t-il fièrement à ses amis admiratifs de ses costards. Il est à ce point inconscient, aveugle et égoïste qu’il ne lui vient vraiment pas à l’esprit de penser au futur de sa progéniture. Et tous les dimanches ces catholiques traditionalistes, anciens des écoles des révérends Pères et révérendes Mères, s’en vont assister à la messe latino-française, s’égosillant à rendre grâce à Dieu qui leur a donné tant de forces à gaspiller pour Sa plus grande Gloire ! Ils sont légion, ces couples de croyants qui vivent leur vie conjugale sans autre référence, sans jamais en appeler à la puissance créatrice de l’Amour de Dieu dans l’ignorance la plus absurde de leur devoir de témoignage. Au-delà de celles-ci il y a cette Présence qui nous pousse à élever le mariage au niveau même de ses origines divines: « C’est là un grand mystère… » (Eph.5,32) Du reste, a-t-on vraiment le choix de faire autrement quand on se croit et que l’on se dit «- mu Yezu», membre de la Tribu de Jésus-Christ ?
Abbé Kibwila |
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