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À la bonne réussite des différentes élections en RD Congo a contribué aussi l’Église catholique. Notamment à travers la CARTEC (Coordination des Actions pour la Réussite de la Transition Église Catholique). Entretien avec l’abbé François Luyeye, curé de la paroisse Saint Albert de Kinshasa.
* Les élections en RDC ont été, somme toute, une réussite. Quel aura été l’apport de l’Église catholique à leur préparation? La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) avait pris l’option de s’impliquer dans la préparation de la population aux élections, surtout pour favoriser une meilleure compréhension des fondements d’un État de droit. Et elle a fait cela en collaboration avec d’autres confessions religieuses.
* Sous quelle forme, cette implication de l’Église ? L’animation se déroulait sous forme d’enseignements, surtout dans les paroisses et aussi dans des communautés non catholiques. Elle prenait trois ou quatre soirées, avec possibilité pour les participants de poser toutes sortes de questions et, à la fin, une simulation des élections. Les sessions de formation que j’ai personnellement animées ont notamment porté sur les valeurs et les fondements d’un État de droit, le projet de Constitution, les critères pour choisir un bon dirigeant, etc. Ces enseignements ont duré pratiquement deux ans, sans compter des émissions à la radio et à la télévision ainsi que des compositions musicales et des saynètes. Les animateurs, c’était des prêtres et des laïcs, qui se sont pleinement consacrés à cette lourde charge.
* On a reproché à l’Église de ne pas avoir désigné ses propres candidats. Cela aurait pu orienter les fidèles, n’est-ce pas ? Certes, on ne peut négliger ce point de vue. On doit cependant affirmer que l’objectif premier du travail d’éducation civique n’était pas de faire élire les membres de nos communautés. Cela devait plutôt être le résultat ou la conséquence d’une connaissance globale et plus approfondie des structures et mécanismes d’un État, des exigences de la démocratie. Pour s’y impliquer davantage et bien choisir des dirigeants compétents. La responsabilité de l’Église est d’enseigner la Parole de Dieu et d’éclairer les consciences; il ne peut s’agir, en aucun cas, d’imposer un candidat aux fidèles. Le peuple sait, grâce à cette campagne, qu’il ne devra plus se désintéresser de la politique. Le pays nous appartient à tous et nous devons rester attentifs à la façon dont il est dirigé.
* Certains disent même que les candidats “chrétiens” ont été abandonnés à leur propre sort ! Je crois comprendre que si plusieurs candidats n’ont pas été élus, c’est notamment à cause de leur adhésion opportuniste à des partis politiques dont ils n’ont jamais partagé l’idéologie, dans le seul but de s’assurer un électorat. Le désaveu subi par des candidats qui se voulaient de la base, vient du fait de la rupture qui s’est installée au fil des années entre les élites congolaises et la population. En effet, on n’est pas sans ignorer que cette dernière juge les hommes politiques comme des gens égoïstes et peu soucieux du bien commun. On peut ici, d’ailleurs, se poser la question de l’impact des intellectuels dans nos communautés. Cet écart ne pouvait être comblé sur un simple coup de baguette magique durant les élections. Un exemple: dans notre paroisse, il y avait six candidats à la députation nationale. Une dame leur a proposé de se désister tous au profit d’un seul. Réaction: aucun des candidats n’était prêt à rembourser aux autres les frais déjà engagés pour la campagne. Et la dame leur a dit: “Alors, vous n’avez que très peu de chance de passer”. Et c’est ce qui est arrivé. Un peu partout.
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Le pays nous appartient |