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Le Mariage

 

Lorsqu’on parle du mariage en Afrique, de sa solidité, des différentes démarches prévues par la tradition, de ses problèmes actuels, on ne peut que partager ce qu’écrivait en 1999 Mgr Nkiere Kena Philippe aux fidèles du diocèse de Bondo: «Notre Afrique marginalisée et déchirée possède une richesse inestimable pour l’avenir de toute l’humanité : notre capacité relationnelle. On aime vivre ensemble, chanter et danser ensemble, pleurer ensemble, lutter ensemble. Chez nous, la relation avec autrui est assurément le lieu où se donne, se partage et se prolonge la vie; la vie n’est complète que lorsqu’elle est vécue ensemble…  

‘On ne se lave pas le visage avec un seul doigt, mais avec les cinq doigts de la main’, dit un proverbe africain. C’est pourquoi, plus que jamais nous chrétiens et chrétiennes d’Afrique, nous sommes confrontés à un défi et à une mission exceptionnels face à l’avenir de notre continent et du monde. À la fois frères et fratricides, nous avons devant nous un choix terrible à faire: imiter le ‘système du serpent’ où gagne le plus fort et le plus rusé, ou bien suivre le ‘système de la colombe’, où l’alliance avec le petit devient la victoire de la puissance de l’amour!»

 

Oui, le mariage se présente comme le terrain idéal pour que le système du serpent cède la place à celui de la colombe. Depuis le commencement et  partout.

Le mariage africain se fonde sur le consentement des fiancés, corroboré et garanti par leurs familles.

La dimension communautaire est une des plus importantes caractéristiques de notre mariage. Si des conflits surgissent dans le foyer, ce ne sont pas seulement les époux qui peuvent les résoudre, c’est toute la grande famille qui s’y implique.

En plus, c’est une alliance procédant par étapes. Notamment: lorsque les familles ratifient les fiançailles par l’acceptation de dons ou de gestes symboliques. Et lorsqu’on remet la dot et que celle-ci est acceptée.

C’est le vrai mariage où toute la «dot» est payée  à la famille de la femme. Dans son contexte, chaque étape a toute sa noblesse et entre le premier choix et le contrat définitif, peuvent se passer plusieurs années.

La fécondité est aussi l’une des raisons principales d’être du mariage. Il est indispensable qu’un enfant naisse de cette union et qu’il se porte bien. Si, après quelques années, l’union s’avère inféconde, le mariage entre en crise profonde.

Les coutumes de beaucoup de sociétés traditionnelles confirment le principe de l’indissolubilité, même si les problèmes ne manquent pas: «au début du mariage, c’est du sucre; au milieu, c’est amer et, à la fin, c’est aigre», dit un proverbe repris, dans les années ‘50, par un illustre musicien congolais, Antoine Wendo, exhortant les époux à tenir en compte des futurs obstacles.

 

Hier et aujourd’hui

Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour voir les grands changements en acte. Plus au moins importants et bouleversants. Dans une brochure publiée par BERTA (Bureau d’Etude de la Religion Traditionnelle Africaine, Centre Emmaüs, Afanya, Togo) on peut lire à propos du Mariage de l’ancien temps.

Il y avait exigence de plusieurs démarches entre les deux familles avant que les époux ne cohabitent.

Il fallait aussi que la dot soit entièrement payée pour conduire la jeune femme dans la maison de son mari.

Les démarches étaient effectuées par les parents du garçon.

Lors de la demande en mariage, n’est porte-parole, d’un  côté  comme   de l’autre, qui le veut.

C’est à des connaisseurs de la coutume qu’on fait appel, des gens appliqués aux discours chargés de sagesse où culminent proverbes, allégories, condensés de pensées, recherches d’effets convaincants, dans le genre de ce langage: ‘Je te remercie, Majesté, de l’honneur que tu me fais en me rendant maître de la parole au sein de cette auguste assemblée. Mes frères, des lunes se sont multipliées depuis notre dernière entrevue.

Mes frères, ma jeune plantation souffre d’un manque total de boutures. J’envie la richesse de vos cultures et souhaiterais retirer de vos champs un rejeton.’

Mariage de nos jours. BERTA souligne qu’actuellement il n’y a pas de démarches proprement dites avant le mariage. Tout devient facultatif, sans un règlement strict. Parfois la fille est enceinte et c’est alors que les parents de la fille prennent l’initiative de résoudre la situation auprès de la famille du garçon.

On peut affirmer qu’il n’y a pas tellement de respect pour l’institution du mariage ni au niveau des cérémonies ni au niveau de l’âge. L’avortement est fréquent, ce qui manifeste un décalage par rapport à la sacralité de la vie. La dot n’est pas toujours exigée, elle est parfois négligée. On constate des divorces parmi les jeunes couples, ce qui était rare dans l’ancien temps».

 

Tendances

Toute approche honnête d’une institution si fondamentale pour la société humaine, ne peut pas oublier

les intérêts, les tentations, les modes, les préjugés qui la menacent. On s’inspire des modèles venant d’ailleurs et bien que l’idéal de fidélité conjugale n’ait jamais été facile (la Bible aussi en est témoin), la culture permissive et hédoniste dans laquelle nous vivons, surtout dans les villes, la rend aujourd’hui infiniment

plus difficile. La crise alarmante que traverse l’institution du mariage est sous les yeux de tous.

S’affirme surtout la tendance à retarder l’engagement définitif. Le mariage souffre des conséquences de la mentalité du «jetable». Si un appareil ou un outil est endommagé ou légèrement éraflé, on ne pense pas à le réparer (ceux qui faisaient ces métiers n’existent plus désormais), on le remplace, tout simplement. Appliquée au mariage, cette mentalité fait des ravages. Les conjoints utilisent des expressions comme: ‘J’en ai assez de cette vie’, ‘je m’en vais’, ‘si c’est comme ça, chacun pour soi’. «Dans les villes, en particulier, on assiste au phénomène du ‘mariage à l’essai’ et ‘viens, on va se mettre ensemble, après on verra’ », remarque le théologien tanzanien Laurenti Magesa. Si on croit à ce que répètent certaines chansons ou montrent beaucoup de films, notamment ceux qu’on se passe en cachette, la femme n’a été créée que pour le plaisir de l’homme. Érotisme, jalousie, vengeance, dérèglements, infidélités sont les ingrédients d’une quantité énorme d’histoires.

«Nos valeurs et nos protections traditionnelles sont en train d’être minées et même dépassées par la culture mondiale du plaisir qui séduit nos jeunes à l’aide de revues, musiques, émissions de télévision et de productions vidéo qui frisent la pornographie,  écrivaient en 2002 les Évêques zambiens à propos du Sida. Comment avons-nous bien pu stigmatiser les innocents: le bébés nés séropositifs, les conjoints et conjointes qui contaminaient leurs partenaires infidèles, les victimes du viol, les adolescents mal préparés et mal informés pour affronter leur maturité en herbe et les relations hétérosexuelles?»

La façon de gérer le problème de la dot, en particulier, est à l’origine de beaucoup de difficultés. Dans la plupart des pays, la loi refuse que la validité du mariage soit liée au paiement ou à une promesse de dot ou de cadeaux. Mais les coutumes sont là. Une étude menée dans plusieurs districts de l’Ouganda, par exemple,

a montré que «62% des personnes interrogées considéraient le paiement de la dot comme une cause majeure de violence conjugale, dans la mesure où ce prix encourage les hommes à battre leurs épouses qui ‘ne se montrent pas à la hauteur’ des sommes versées». (Human Rights Watch)

 

On évolue

Notre continent évolue, l’Afrique du Sud est devenu, en novembre 2006, le premier pays africain à légaliser le mariage homosexuel. A l’issue d’un débat très mouvementé, la loi sur l’union de deux personnes du même sexe, par mariage ou partenariat civil, a été ratifiée par 230 députés, quarante et un votant contre, et trois s’abstenant. Justification: «C’est une initiative inscrite dans la continuité de la constitution, qui doit interdire «toute discrimination sur des critères d’orientation sexuelle». Déjà en 1984, le card. J. Malula  dénonçait les «mœurs qui attentent aux valeurs profondes de l’homme et à celles de la famille, des comportements contre nature, inconnus jusqu’à présent dans notre tradition africaine ancestrale, comme l’homosexualité et d’autres déviations sexuelles».

Correspond à la mode la forme de cohabitation plus ou moins provisoire qu’on choisit aujourd’hui. Elle peut être une continuation des fiançailles ou même sans. Un mariage où les époux peuvent cohabiter longtemps,

et avoir des enfants. C’est une union où il y a déjà une certaine volonté d’indissolubilité et l’infidélité est une honte. Mais c’est un mariage qui n’est pas, suivant la vision traditionnelle, un vrai mariage: une femme mariée ainsi n’est pas considérée comme concubine, mais on ne lui porte pas l’estime d’une femme pour laquelle la «dot» a été payée. D’ailleurs, cette forme de vie ensemble, même si elle dure depuis des années, n’oblige pas les familles à contribuer financièrement, par exemple, au deuil qui frappe l’autre partie.

La polygamie est admise dans la plupart des pays à majorité musulmane. Ailleurs, c’est le code civil qui ne l’admet pas et elle est condamnée aujourd’hui surtout par les défenseurs de la parité des sexes. Malgré cela, elle est loin de disparaître. Elle peut être vécue ouvertement et officiellement, ou d’une  manière clandestine. En épousant plusieurs femmes, l’homme peut montrer sa puissance, sa richesse, son autorité. Il aura beaucoup d’enfants, qui constituent le vrai prestige de la famille. La polygamie prend de nouvelles formes,

car il y a aussi des femmes ‘modernes’ qui ne la conçoivent pas comme une atteinte à leur indépendance ou comme un facteur de dégradation de leur statut, mais plutôt comme le plus sûr moyen de répartir l’autorité des hommes et ainsi d’affaiblir leur pouvoir.

Le veuvage, c’est la période, courte ou longue, qui suit le décès du conjoint et qui marque la douleur de la séparation. Dans certaines coutumes, il est empreint de beaucoup de cérémonies, dont notamment le port des habits de deuil, le cloisonnement face au monde extérieur, des interdits de tout genre dans le manger, le parler, le coucher, le marcher… Par ces cérémonies, on croit éviter que le disparu entre en contact avec le conjoint pour la poursuite du mariage dans l’au-delà. Ou encore, l’on craint qu’une série de malheurs ne s’abattent sur le conjoint survivant ou sur les enfants.

Le mariage selon la loi du “lévirat” est encore fréquent: la veuve épouse le frère de son mari défunt. Si aujourd’hui encore, ces comportements sont respectés surtout dans les milieux ruraux, par contre les rigueurs économiques et la ‘modernité’ des centres urbains ne le permettent plus.

Pour un couple qui désire un enfant, apprendre qu’il ne pourra en concevoir un est une terrible souffrance. L’infécondité crée une situation particulièrement douloureuse pour la femme. Dieu seul connaît les démarches qu’un couple, surtout la femme entame pour sortir de cette épreuve (produits pharmaceutiques plus ou moins fiables, guérisseurs, prophètes). L’envie de changer de conjoint pour en trouver un autre qui puisse assurer un enfant peut devenir réelle.  Faut-il, oui ou non, répudier sa femme pour cas de stérilité? Même s’il n’est pas prouvé que cette infécondité provient de l’épouse? Les avis sont partagés. Dans bien des foyers, on coupe la poire en deux: l’adoption d’un ou de quelques enfants appartenant  à la famille de l’un ou de l’autre conjoint. Ou même des deux. L’adoption peut devenir une expérience tout à fait neuve et exaltante et écarter le divorce ou la solution polygamique. Mais, le résultat est-il toujours positif? Pas nécessairement! Si les membres des familles n’interfèrent pas, ce sera souvent le cas pour l’une des deux parties: un conjoint refuse l’enfant venant de la famille de l’autre. Ou il l’accepte, mais à contrecœur et  la moindre gaffe de l’enfant finit par ouvrir des palabres à issues inconnues.

 

La ‘vraie révolution’

Nombreux sont aujourd’hui, dans bien des pays, les gens qui ont recours au divorce selon les lois civiles.

Une recherche récente a montré qu’à Dakar, par exemple, au moins un tiers des mariages finit en divorce.

En Mauritanie, 37,2%. Cela est si vrai que les critiques au mariage chrétien et au sérieux des engagements prévus tombent aussi sur le mariage traditionnel ou sur le civil. À tel point qu’on pourrait considérer comme fictives les sages réflexions formulées à propos de tout mariage, coutumier, civil ou religieux. «Personne ne prend deux fois de la sauce au poivre», dit un proverbe douala (Cameroun): on ne se remarie pas facilement.

Pour les chrétiens, c’est le consentement qui constitue le mariage et qui exprime une acceptation libre et mûre, refusant les compromis, les astuces, les menaces : ‘On se marie, après on verra’; ‘Si je dis ‘non’ mon père se fâche’, ‘A vrai dire, j’aime un(e) autre, mais je dois faire comme ça’; ‘On ne se connaît pas tellement, mais nos familles ont déjà présenté les cadeaux’; ‘J’attends un enfant. Mes parents ne le savent pas encore’.

Les résistances actuelles à une union définitive sont celles que l’Église a rencontrées tout au long de son histoire. En Europe comme en Afrique ou ailleurs, s’il y a un combat dans lequel l’Église s’est particulièrement engagée c’est celui de l’indissolubilité. L’Église n’a pas inventé le mariage, elle se propose continuellement d’en renouveler le sens. On peut même dire que la tradition chrétienne, en centrant le mariage sur le couple et l’amour, a été porteuse d’une vraie révolution.

Les Évêques du Tchad rappelaient en 2002: «Dieu a crée l’homme et la femme à son image, par amour.

La différence sexuelle apparaît dans la Bible comme le sommet de la création voulue par Dieu. Bien assumée, cette sexualité peut nous rendre très heureux. Nous savons que les autres, spécialement ceux de l’autre sexe, nous sont indispensables et nous font progresser dans nos façons de penser, de réfléchir et d’agir.

La sexualité participe à notre accomplissement d’homme et de femme. L’Église a un regard positif sur la sexualité qui est une tache à accomplir, une responsabilité à assumer. Pour ces raisons, l’Église dit non au vagabondage sexuel. Comment envisager un avenir responsable pour ces jeunes filles et ces jeunes garçons si notre société n’éduque pas dans le sens de ce qui fait grandir l’homme?»

 

Famille de Dieu

Le texte préparant le prochain 2è synode d’Afrique reprend l’image adoptée par le premier, Église qui se veut Famille de Dieu en Afrique. C’est le portrait de la famille idéale, où «personne ne peut prendre plaisir à détruire, à tuer sa sœur ou son frère, à dépouiller sa propre famille, à la priver des forces vitales nécessaires. Dès lors, l’on peut dire, se situant dans la perspective de ce mystère de l’Église-Famille de Dieu, que si l’Afrique est frappée par la pauvreté, la corruption, l’injustice et la violence, l’Église doit être une communauté qui guérit, réconcilie, pardonne et encourage, bref, une Église évangélisatrice et engagée dans la promotion humaine, comme nous le rappelle si bien le Pape Benoît XVI: «L’Église est famille de Dieu dans le monde.

En cette famille, personne ne doit souffrir par manque du nécessaire».

Voilà le portrait de la famille idéale, où l’amour garde toujours sa priorité et sait trouver les remèdes lorsque l’incompréhension, la douleur, la déception, la trahison frappe à la porte. Le mois d’avril dernier, aux États-unis l’opinion publique a été secouée par une histoire d’amour-haine difficile à imaginer: un couple en instance de divorce s’est entre-tué. Elle, 59 ans, lui 61. «Il a tiré sur elle une fois, mais a raté – a expliqué la police.

Il a tiré encore, la touchant cette fois au torse. Elle a eu la force de se rendre à la buanderie, où elle saisit une arme et tira, blessant l’homme à l’abdomen. Les époux séparés sont morts tous les deux à l’hôpital».

Devant ce qui menace, ce qui éloigne, ce qui blesse, ce qui affadit ou refroidit, le pardon rapproche, panse les plaies, réchauffe. L’amour sait inventer  le pardon, la réconciliation. Pas nécessairement la réconciliation spectaculaire après des ruptures spectaculaires, mais le fait de  reprendre à cheminer ensemble.

Si des gens se marient, c’est, bien sûr, qu’ils croient que, pour eux, tout ira bien. Mais - ces pages l’ont souligné - la crainte d’échouer est toujours plus présente. Vis-à-vis des échecs et des donner, les mots du feu cardinal de Kinshasa Joseph A. Malula (+ 1989) à propos de la formation chrétienne des foyers, sont plus actuels que jamais: «Il y a peu d’espoir de redresser un vieil arbre tordu. Nous pourrions difficilement améliorer notre chrétienté en prenant pour base de notre action les vieux ménages qui, après un long concubinage ou une longue vie de débauche, régularisent leur situation matrimoniale. C’est pour ce motif que nous devons nous tourner vers les familles naissantes et consacrer les meilleurs de nos efforts à la formation religieuse des fiancés et des jeunes mariés». Il écrivait ces lignes en 1955! C’est aux jeunes que s’adresse aussi le théologien Laurenti Magesa: «Si la catéchèse chrétienne du mariage doit aider les adultes à ne pas interférer trop dans la décision des jeunes en cette matière, elle doit également aider les jeunes à ne pas abuser de leur liberté et indépendance, en faisant du mariage une question purement ‘privée’. L’être humain ne doit pas oublier qu’il est un être social, même dans le mariage ou peut-être encore plus dans le mariage en raison des liens des personnes qui y sont impliquées».

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