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Entretien avec l’abbé Antoine Matenkadi

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Entretien avec l’abbé A. Matenkadi, vicaire judiciaire de l’Archidiocèse et professeur aux Facultés Catholiques de Kinshasa (RDC).

 

Est-ce qu’on pourrait avoir une idée sur le nombre de mariages religieux à Kinshasa ?

En ce qui concerne l’Archidiocèse de Kinshasa, on  a  enregistré, ces dix dernières années, une moyenne annuelle de 1.500 mariages religieux. Un premier élément  qui saute aux yeux dans ces unions: alors qu’au niveau de la loi de  l’Église l’âge minimum requis est fixé à 16 ans pour l’homme et à 14 ans pour la femme, la tendance à se marier autour de la trentaine est une chose toujours plus courante.

 

Pourquoi ce retard ?

Il est dû à plusieurs facteurs. Essentiellement à  la situation socio-économique en général et  des jeunes en particulier. Le chômage ne permet pas de programmer les choses comme on voudrait. Pour ceux qui sont encore aux études, les années académiques sont souvent plutôt élastiques et les frais des études à payer ne permettent pas qu’on programme d’autres choses importantes. A cela il faut ajouter   les exigences coutumières et même mondaines, qui demandent une bonne préparation.

 

Et cela pèse sur la famille ?

Même si le fiancé apporte une contribution substantielle, la famille aussi contribue au mariage. Il arrive aussi que le fiancé pense se marier, mais la famille le fait attendre, afin de constituer sa part à elle aussi, pour  ne pas laisser toute la charge sur le dos du fiancé.

 

Mais est-ce qu’il pourrait y avoir d’autres raisons?

Oui, on a peur d’aborder directement le mariage à cause d’une de ses propriétés essentielles qu’est l’indissolubilité. On a peur de prendre des engagements d’une telle ampleur, connaissant la faiblesse de la nature humaine. On voit cela chez les jeunes couples comme chez ceux qui ont plusieurs années d’union.

 

On a l’impression que parmi les gens qui se marient à l’église, nombreux sont les couples d’un certain âge.

Les cas les plus fréquents à ce propos sont ceux portant sur la régularisation des unions. Ce sont des couples qui cohabitent depuis dix, vingt, voire trente ans. On voit avancer vers l’autel des gens qui sont déjà des pères et mères, accompagnés de leurs enfants. Ou, parfois, des grands-parents.

 

Ce désir de régulariser sa propre situation indique tout simplement le désir de tranquilliser la conscience?

Je crois qu’on est poussé par le désir de fréquenter de nouveau les sacrements, principalement l’eucharistie et la réconciliation. Le mariage est vu habituellement  comme la porte des autres sacrements. Un peu comme le baptême!

 

Est-ce que dans le choix du futur conjoint,  la famille accorde-t-elle aux jeunes plus de liberté qu’auparavant ?

Oui, on doit reconnaître qu’aujourd’hui les familles interviennent moins que par le passé, surtout  dans les milieux urbains. Les jeunes placent leur liberté à l’avant-plan. On le perçoit dans la culture, dans les chansons, dans la tendance à ne plus trop compter sur l’avis de la famille. L’évolution est notable. Dans les villages, je crois que c’est encore l’emprise coutumière qui prend le dessus.

 

On entend parler beaucoup de la dot. Est-ce qu’on doit la considérer comme une contrainte économique et donc à l’origine du retard  ou plutôt comme  une garantie pour la solidité du mariage ?

Ce qui arrive aujourd’hui montre que la dot est un frein, un poids, à cause surtout des sommes exorbitantes exigées. On l’a dénaturée. On décourage les candidats au mariage. Comment imaginer que la dot, à elle seule, arrive à englober 60 ou 70% des dépenses totales  du mariage? Aux 500 ou 1.000 dollars pour la dot s’ajoutent les formalités coutumières et même administratives, des manifestations festives de plus ou moins 1.000 dollars, etc. Des sommes faramineuses!

 

Est-il possible de se soustraire au poids de la dot ?

Dans certaines familles, on trouve certains arrangements. Dans le cas de grossesse avant le mariage, par exemple, on invente certains allégements pour ne pas salir l’honneur de la famille. Bien souvent, c’est la famille élargie qui pose des problèmes, tandis que les parents, eux-mêmes,  essaient de s’arranger au mieux. Souvent, quand il y a grossesse, les formalités coutumières, principalement la dot,  sont  mises  en sourdine, en attendant l’accouchement. Par respect des uns et des autres, la famille du garçon accueille la fille jusqu’à l’accouchement.

 

Est-ce qu’il y a des demandes d’annulation de mariage?

Près de 200 causes nous ont été soumises  de 1990 à 2007, c.à.d. pendant l’épiscopat du feu card.  Frédéric Etsou à Kinshasa. On a trouvé une solution pour une dizaine de cas seulement. Quant aux autres cas, datant parfois d’une trentaine d’années, l’éloignement, les distances, les difficultés en matière de communication n’ont par permis de trouver la solution. Une grande difficulté qu’a rencontrée le Tribunal ecclésiastique aura aussi été l’insuffisance du personnel commis à cette tâche.

 

On a l’impression que les unions libres se multiplient, surtout ces derniers temps.

Je crois que c’est d’abord lié à la question  de la dot. Beaucoup de familles ferment les yeux parce qu’après tout, c’est d’abord un allègement pour la famille, même si on n’a pas ce qu’on voulait pour respecter la coutume. Et en même temps, une contribution parce qu’on peut toujours compter sur des beaux-fils, des beaux-frères. Des avantages qu’on risque de  perdre si l’on reste trop catégorique.

 

Et que dire du veuvage, surtout quand on voit que de nombreuses veuves font encore l’objet d’exactions après  la mort de leurs maris ?

Décidément, ce phénomène est en train de prendre de l’ampleur, lié, lui aussi à l’instar du mariage, à la conjoncture socio-économique dans laquelle on vit. Que constatons-nous à la mort du  mari et père? Des traitements dégradants allant jusqu’à arracher tous les biens à la veuve et même aux enfants. C’est une question préoccupante. L’Église en est consciente, même si à ce jour, elle n’a pas encore trouvé de modus vivendi. Il en va de même d’un autre sujet, un problème qu’on pourrait définir psycho-spirituel toujours en rapport avec le veuvage: que faire de l’alliance? Le veuf, ou surtout la veuve, peut-elle la garder ou la remettre à un prêtre pour qu’il la détruise? Il ne faut pas oublier que l’alliance est un signe de fidélité pour toujours.

Ae

 

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