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Frère Charles Mosca nous a quittés le 15 mars dernier, à l’âge de 78 ans, dans un hôpital de Milan, en Italie. «Exécuté» et jeté la nuit du 1er décembre 1964 dans la rivière Bomokandi (un affluent de l’Uélé, Province orientale, RD Congo) avec deux autres missionnaires comboniens et trois dominicains, il eut la chance de survivre. Une expérience extraordinaire et émouvante, qu’il a racontée maintes fois, avec la conclusion : «Je me demande pourquoi Dieu a été si bon avec moi »!
«Fin novembre 1964. A la mission de Rungu nous étions surveillés par des jeunes simba. Le 1er décembre, ils nous dirent : «N’ayez pas peur. Votre cas sera examiné à Paulis». Au cours de la nuit, arriva une jeep. C’était le colonel Olema, un chef simba, accompagné de quatre ou cinq jeunes. Il demanda s’il y avait des Belges et des Américains parmi nous: ‘les Italiens, nous les tuerons demain’. Quelques instants plus tard, il cria: ‘Sachiez que votre dernière heure est arrivée’. Les simba des Rungu, qui nous avaient gardés jusque là, avaient disparu. On nous enleva les chaussures et on nous fit monter dans une camionnette. Arrivés au pont qui traverse le Bomokandi, le véhicule s’arrêta et nous descendîmes. La voiture poursuivit sa route jusqu’à l’autre extrémité du pont, se retourna et braqua les phares sur nous. Le silence était total, personne ne parlait. Bien que mon cœur battait la chamade, je n’avais pas peur. Je demandais tout simplement à Dieu de consoler mon père et ma mère. On me donna l’ordre de m’asseoir tout près du pont. Un simba chargea le fusil, j’entendis un bruit sec. Comme je lui tournais la tête, il me dit: ‘Regarde-moi bien’. Je tournai la tète et je vis un éclair jaune et puis je sentis un grand coup contre l’épaule gauche. Mon bras se plia en arrière. Je commençai à rouler le long de la berge, pour m’arrêter quelques mètres plus loin. Un instant après, on tira sur les trois dominicains, les P. Franz Van den Wyngaert , le P. Norbert Cools et le Fr. Marcel De Doncker. Ils étaient à ma droite. L’un d’eux roula sur moi. Ma douleur se faisait de plus en plus atroce, mais je compris vite que je ne devais ni bouger ni crier. Ce fut ensuite le tour du P. Laurent Piazza, qui était placé à ma gauche. Il reçut une balle sur la tête et tomba sur le dos. Le dernier à être fusillé fut le P. Évariste Migotti. Je me souviens l’avoir entendu demander aux simba: ‘Wapi ?’ (‘Où’ voulez-vous que je me place)? ‘Tout près du pont’, fut la réponse. Il s’approcha de nos cinq corps et un coup effroyable le fit tomber raide. Deux simba furent chargés de nous jeter dans le fleuve. On me saisit par un bras et on me traîna sur une bonne distance jusqu’à la balustrade du pont. Mon épaule cassée me faisait horriblement mal. Tout d’un coup, je sentis le vide et heurtai une chose dure et froide: j’étais donc tombé dans l’eau, d’une hauteur de dix mètres environ. L’eau n’était pas profonde, mais le courant était très fort. Je m’accrochai à un pilier du pont et attendis le départ des simba. La soutane me liait les jambes. Je m’en suis débarrassé. Petit à petit, je sortis de l’eau et commençai à marcher. Vers où? Je l’ignorais. J’avais de la peine à avancer: Je vacillais sur mes jambes, je tombais, je reprenais mon chemin… Un cycle infernal! Et ce supplice dura trois ou quatre jours, ma mémoire ne savait plus les compter. Un soir, soudain, je me trouvai en face d’une patrouille de simba. L’un d’entre eux m’a reconnu et peut-être a-t-il cru que j’étais un ‘revenant’. Stupéfait, il ordonna aussitôt à ses hommes de me conduire chez les religieuses qui n’avaient pas encore été tuées, pour me faire soigner. On me donna à manger et j’ai été surnommé par ces simba ‘Évêque de l’armée populaire’! Quelques jours plus tard, je fus conduit à Mungbere, à 140 kilomètres de Paulis (Isiro), pour rejoindre 70 autres missionnaires qui attendaient leur tour d’être fusillés. Décidemment, j’étais encore loin de la fin de mes peines. Un matin, alors que nous attendions notre exécution prévue pour ce jour-là, à 8 heures, il y eut un grand bruit. C’était inouï et effrayant. Les balles sifflaient de tout côté. A cette musique s’ajoutait la détonation intermittente des coups de canons. Sur la grande route apparurent des camions pleins de militaires. C’étaient des mercenaires sud-africains recrutés par le gouvernement central venus nous libérer. C’était le 30 décembre 1964… »
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Regarde-moi bien! |