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Dans la ville touristique d’Impfondo, chef-lieu du district de la Likouala, en République du Congo, s’est tenu du 10 au 15 avril 2007 le ‘Forum des populations Autochtones d’Afrique Centrale’ (FIPAC). But : voir comment favoriser l’implication des populations habitant les forêts dans la gestion et la conservation de l’environnement. Autrement dit: « Les Pygmées et le développement en Afrique centrale ». Les plus grandes institutions mondiales étaient au rendez-vous. Plus les pays directement intéressés: Burundi, Cameroun, les deux Congo, Gabon, Ouganda, RCA et Rwanda.
Pourquoi avoir choisi la ville congolaise d’Impfondo, située en plein cœur de la forêt équatoriale pour parler Pygmées ? Tout simplement parce que c’est là un des habitats naturels de ces populations. Le programme était ambitieux: concrétiser des initiatives pour assurer la reconnaissance et la consécration constitutionnelle des droits des ces premiers habitants de l’Afrique centrale. Des choses maintes fois discutées dans des rencontres similaires organisées dans le passé, rendues plus urgentes par des défis en train d’attirer davantage l’attention du monde entier : gestion des écosystèmes forestiers et une plus grande implication des ‘Peuples autochtones’ dans la conservation de la biodiversité si précieuse pour toute la planète.
La parole aux Pygmées. Personne n’est en condition de les dénombrer, car encore rares sont les pygmées qui détiennent un acte de naissance. et cela ne permet pas le moindre recensement exhaustif. On les estime à plus d’un million, disséminés dans les forêts des huit pays de l’Afrique centrale. Ils sont connus sous différentes appellations à connotation d’infériorité sous-jacente: Aka, Twa (Tshwa), Efe, Bambenga (Babinga), Bakas, Mbuti, Bakola-Bagyeli, Badzan,… et presque partout ‘méprisés’ par leurs voisins. Ils vivent dans des maisons adossées aux villages de ces derniers ou même tout à l’écart, dans des communautés au cœur de la forêt. Leurs problèmes sont très nombreux : discrimination quotidienne, expropriation aux fins d’exploitation forestière, chômage ou travail précaire, servitude, manque de moyens éducationnels et sanitaires, pauvreté extrême, négation des droits fondamentaux,… De nombreux témoignages l’ont confirmé. Village de Minvoul, au nord du Gabon. Là, aucun enfant n’est scolarisé et un seul villageois sur la soixantaine que compte le village parle le français que maîtrise pourtant la plupart des Gabonais. Un jeune homme de 25 ans environ a tranché : «Nos traditions sont à risque, elles sont menacées de disparition. Notre culture vient de la forêt, qu’il s’agisse de la chasse ou de la médecine». «Chez nous, ajoute Hélène Nzé, présidente d’une ONG en charge de la sauvegarde du peuple pygmée, les Bantous nous exploitent, ils disent ‘mon’ pygmée lorsque l’un de nous travaille pour eux, ils nous minimisent parce que nous venons de la forêt et ils nous traitent comme des animaux». Donc, taillables et corvéables à merci. Au point, s’il faut croire à certains rapports parvenus dans les instances internationales des Droits humains, en 1998-2001 pendant la guerre au nord-est de la République Démocratique du Congo, certains belligérants se sont complu à manger de la chair de Pygmées. Ce sont des populations marginalisées, dominées, exploitées. Ils constituent l’un des degrés les plus bas du sous-développement des pays où ils sont présents. Selon l’Unicef, parmi le million de Pygmées d’Afrique centrale, 20 à 30% des enfants meurent avant l’âge de 5 ans. (Voir la Déclaration des peuples autocthones)
Quelques avancées En amont et en aval des indépendances africaines, certains Etats, le Cameroun et la RD Congo en tête, avaient entrepris un processus de développement des populations pygmées, complétés en cela sur le terrain par des Églises et des ONG. Jusqu’à ce jour, l’impact de ces actions sur leurs conditions de vie s’avère encore très modeste. Cependant, quelques avancées, quoique timides encore, sont perçues par-ci par-là. Au Burundi par exemple, la Constitution prévoit en leur faveur une représentation au sein du Parlement et du Sénat et la gratuité de la scolarisation pour leurs enfants du primaire. En RDCongo, ils sont membres de la Commission interministérielle sur le processus de conversion des titres forestiers. Les Pygmées du sud du Cameroun seront impliqués dan la gestion des forêts communautaires suite à l’adoption d’une convention signée avec plusieurs populations locales, dont les autres membres du groupe ethnique des Bantous qui, contrairement aux Pygmées, bénéficient de longue date des ressources forestières de la zone. Certains diocèses ont créé des programmes pastoraux réservés à la scolarisation et à l’insertion sociale des Pygmées. C’est le cas, notamment, du diocèse de Wamba, dans la province orientale, dont le responsable de la pastorale des Pygmées, le missionnaire combonien Franco Laudani, était au nombre des participants à Impfondo, accompagné d’un seul ‘autochtone’ pour représenter une population d’environ 100.000 pygmées recensés dans ce diocèse. Cinq mille élèves -3.000 garçons et 2.000 filles– fréquentent les écoles primaires mixtes (bantous et pygmées) du diocèse et 32 jeunes Pygmées sont au niveau du secondaire. Il y a aussi des centre d’éducation sanitaire etc. Décidément, il y a encore beaucoup à faire!
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Carmen Sanchez, laïque missionnaire combonienne d’origine espagnole, travaille auprès des Pygmées Aka à Mongoumba (RCA) depuis six ans. Elle raconte son expérience.
Concrètement, quel travail fais-tu parmi les Pygmées? Je suis engagée dans le domaine de santé. En effet, nous avons un dispensaire par lequel nous assurons un suivi de santé de pygmées. Nous les accueillons et leur apportons les soins médicaux nécessaires. Comme ils sont à la merci de la forêt, ils sont très souvent exposés à des infections de toutes sortes. Lorsqu’ils n’ont pas réussi de soigner, ils recourent ici et nous les accueillons.
Quelles sont les urgences les plus fréquentes? Outre les blessures, nous rencontrons souvent les maladies de la peau et les différents formes de paludisme. Depuis notre rencontre, les femmes pygmées viennent accoucher ici ou à l’hôpital public. Cela les garde des multiples infections.
Que dire de leur relation avec les autres groupes? Il faut dire que la relation entre les deux groupes était celle de maître à son serviteur, et parfois à son esclave. Longtemps les pygmées Aka sont restés soumis à vil prix aux autres populations. Celles-ci les surnomment Azo ti ngonda (les hommes de la forêt). Cette pratique de servitude a maintenu les pygmées sous tutelle, les obligeant, parfois fouet à la main, aux travaux forcés des champs et plantations. En contrepartie, les pygmées ne recevaient pas grand-chose. Cette situation d’injustice a perduré. Aujourd’hui, avec le travail d’évangélisation et l’action des organismes humanitaires, on note progressivement une émancipation de cette minorité. Ce qui a rendu possible cette amélioration est leur ouverture à l’instruction scolaire. De nos jours, ils envoient leurs enfants à l’école ici et il y a une de nous qui travaille pour l’éducation scolaire des enfants pygmées. On espère qu’avec le temps, une bonne cohabitation s’installe entre bantu et Pygmées.
Qu’as-tu appris de ta rencontre avec eux ? Beaucoup de valeurs. Ils sont généralement non violents, simples et solidaires. Ils aiment la vérité. Jamais un pygmée ne m’a menti Ils sont pragmatiques, rapides et actifs. Ce qui me frappe davantage, c’est l’amour que porte une femme pygmée pour son enfant.
En connais-tu une qui t’a marquée ? Oui, maman Sandrine. Elle avait un enfant très malade. Elle l’a soignée sans succès avec la médecine traditionnelle en forêt, puis à l’hôpital public. Pour son enfant, elle a dû traverser le fleuve Oubangui et rejoindre Libenge (RD Congo) où elle l’a amenée à l’hôpital. Là sa fille est morte. Mais elle a gardé une sérénité hors du commun, aussi durant les funérailles de son enfant. Je manque des mots justes pour dire l’affection que cette femme pygmée portait pour son enfant. Elle m’a évangélisée. Pas un seul instant, elle n’a reculé devant la gravité de la maladie de son enfant. Et quand l’inévitable est arrivé, elle est restée intègre et sereine.
Rencontres-tu aussi des difficultés ? Oui, naturellement. Je vois, par exemple, combien difficile est le passage de la médecine traditionnelle à la pharmacie moderne. Souvent, ils amènent le malade ici lorsque la médecine traditionnelle a échoué et la personne se trouve entre la vie et la mort.
La joie ne manque pas, donc... Ma plus grande joie c’est d’avoir rencontré un peuple qui m’a aimée et m’a aidée à relativiser ma culture, mes problèmes. Je peux dire aussi qu’il m’a aidé à rencontrer Dieu dans ce coin de l’Afrique, parmi les pygmées Aka, que je considère toujours plus comme mes frères et mes sœurs.
P. Léonard Njadi
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‘On nous minimise’ |