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Prix de la Fondation Roi Baudouin en 1992, Prix Simón Bolívar en 1996, Doctorat honoris causa de l’Université Catholique de Louvain en 2003, Prix Nobel de la paix en 2006. Une centaine de distinctions qui récompensent les idées innovatrices de Muhammad Yunus, créateur du système du micro-crédit, pour la promotion des catégories les plus démunies.
Muhammad Yunus est né en 1940 dans le Bengale occidental. Il est le troisième fils d’une famille de neuf enfants. Il a fait ses études économiques aux États-unis, où il a préparé un doctorat (université Vanderbilt, Tennessee), sur le thème «économie et développement». Il devient professeur à l’Université du Colorado où il enseigne l’économie pendant plusieurs années. En 1971, le Bangladesh, son pays natal, se sépare du Pakistan. Yunus décide de rentrer dans son pays. Il est nommé responsable du Département d’économie à l’Université de Chiattagong, deuxième ville du Bengladesh. Dans les années 1974, une grande famine s’abat sur le nouvel État indépendant. On dénombre un million et demi de morts. Cet événement bouleverse complètement la vie de Yunus. Il dit : « Les gens mouraient de faim dans la rue et moi je continuais à enseigner d’élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité. J’ai commencé à comprendre qu’il était très arrogant de prétendre avoir des réponses en restant dans une salle de classe et j’ai commencé à étudier sur le terrain ».
Le micro-crédit La décision de descendre sur le terrain a pour but de faire des investigations sur les causes profondes de la pauvreté. Il se rend dans un village de Jobra, situé à côté de son Université. Il engage des discussions avec les habitants. Il fait un constat amer. «De nombreuses femmes sont prises dans un cercle vicieux dont elles ne peuvent s’échapper». En effet, elles ne peuvent emprunter l’argent auprès des banques locales car elles n’ont pas les garanties que ces banques exigent; elles ne sont pas fiables. Les banques traditionnelles ne prêtent de 1’ argent qu’à ceux qui offrent des garanties réelles ou personnelles et après de longues procédures. Dans ces conditions, ces femmes se tournent vers les usuriers qui leur prêtent des sommes modiques à un coût prohibitif. Ainsi, le coût du capital trop élevé empêche de nombreuses femmes d’obtenir un capital, si modique soitil, afin de s’insérer dans le circuit économique de production et de distribution. Le capital que ces femmes demandaient était en effet inférieur à 1 dollar par personne. En 1976, il décide de prêter 27 dollars à 42 femmes parmi les plus pauvres. Ce micro-prêt d’une valeur modique et sans garantie financière, est un succès. Le système du micro-crédit est ainsi né. Mais Yunus veut aller loin. Il veut trouver pour ces femmes de l’argent sur une base permanente. Il se porte garant auprès des banques. Il met en place quelques moyens simples pour les gérer. Cela marche, ditil, chacun rembourse son emprunt. L’expérience s’étend, de village en village. Il tente en vain de convaincre les banquiers à appliquer ses propres méthodes. Il monte alors sa propre banque, d’un genre nouveau, la Grameen Bank, banque de village ou de campagne. (En bengali ‘grameen’ signifie village ou campagne). Cette banque connaît une forte extension. En 2006, elle est présente dans 43.000 villages du Bangladesh, avec 1861 agences et 17.400 employés. Elle a déjà prêté 5,7 milliards de dollars à 11 millions de clients; 94% de ces clients sont des femmes, elles sont plus sûres et plus responsables que les hommes. Les taux de remboursement sont supérieurs à ceux des banques traditionnelles, ils sont de l’ordre de 97%.
L’organisation du système Cette performance est due à une organisation du crédit solidaire. Le prêt est accordé à un groupe de 5 personnes. Si chacune est responsable de son propre crédit, c’est tout le groupe qui est responsable envers la Grameen Bank. Cela renforce la discipline et la solidarité du groupe. Le prêt est accordé pour un délai d’une année, mais le remboursement est hebdomadaire, ce qui rend facile d’y faire face, compte tenu de la modicité du prêt. La Grameen Bank bouleverse ainsi les pratiques des banques traditionnelles. Cellesci prêtent à très court terme et exigent le remboursement en une fois. Au démarrage du groupe, un seul prêt est accordé. Après six semaines de remboursement sans défaut, deux autres prêts peuvent être accordés. La promesse de crédits successifs, de montants croissants, constitue une incitation à la discipline et à la responsabilité du groupe.
Un Modèle Le modèle de la Grameen Bank est actuellement répandu dans plusieurs pays, à travers le monde. En Afrique, en Asie, dans les ghettos de Chicago, dans les réserves indiennes et dans les régions du cercle polaire, on trouve des formules inspirées de la Grameen Bank et adaptées au contexte local. L’expérience touche environ 60 millions de personnes dont 27 millions parmi les plus pauvres, ceux qui ont moins de un dollar par jour. Grâce au micro-crédit, 3 personnes sur 4 sortent définitivement de la pauvreté. En prenant le pari d’accorder des prêts d’une valeur modique aux pauvres, sans exiger aucune garantie, Yunus a permis à des millions de pauvres de rentrer dans le circuit économique de production et de distribution. La pauvreté peut être éliminée partout, c’est uniquement une question de volonté politique, ditil. «Nous devons changer notre façon de penser, pour découvrir le potentiel extraordinaire caché en chaque être humain. Tous les êtres humains ont les capacités nécessaires pour changer le cours de leur vie.» Et encore: «Le crédit solidaire accordé à ceux qui n’ont jamais emprunté révèle l’immense potentiel inexploité que tout être humain porte en lui». Les dons, l’aumône, n’incitent pas l’individu à révéler à lui et aux autres, ses propres potentialités, sa créativité. Un développement authentique est un développement autonome, qui commence à l’échelon individuel. Ce n’est pas l’argent qui sauve, dit-il, mais la confiance et la solidarité, la fraternité. «Au Bangladesh, où rien ne marche et où il n’y a pas d’électricité, le micro-crédit fonctionne à la perfection», affirme-t-il L’expérience de Yunus est un modèle du genre de service à la société. Brillant professeur d’économie dans son université, il s’est mis, frappé par la misère des pauvres, à leur écoute, pour trouver des solutions afin de les amener à une qualité de vie meilleure. C’est un véritable modèle d’excellence. Son succès en témoigne. On l’appelle banquier des pauvres, lui-même se nomme le ‘préteur d’espoir’.
H. Kabamba Ntenta, Univ. de Kinshasa |
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Le banquier des pauvres |