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La peur s’infiltre aussi dans les rapports entre citoyens et forces de l’ordre. Pourquoi?

Le Lieutenant Blaise Bola, policier depuis 14 ans à Kinshasa, en donne l’explication.

 

 

Police: enfin, c’est un métier comme tant d’autres! Êtes-vous d’accord ?

Oui, mais pas n’importe lequel. Le policier est en effet appelé à protéger les personnes et les biens de la communauté. Il est inséré dans la vie quotidienne des gens, sa présence et son intervention devraient répondre aux attentes des citoyens et renforcer leur confiance dans les institutions. La clé de voûte de la réussite de la mission du policier réside dans sa capacité de servir de façon désintéressée et avec impartialité, même au risque de sa vie.

 

On confond souvent le rôle de la police avec celui de l’armée. Quelle différence faites-vous entre ces deux corps?

Le texte de notre Constitution est clair: «La Police nationale est chargée de la sécurité publique, de la sécurité des personnes et de leurs biens… Elle est apolitique. Elle est au service de la nation (art. 182). L’art. 185 dit aussi que le policier doit avoir «une moralité éprouvée».

L’art. 187 dit que «Les Forces armées ont pour mission de défendre l’intégrité du territoire national et les frontières. Elles sont au service de la nation toute entière. Elles sont apolitiques». Le militaire aussi doit avoir «une moralité éprouvée»

 

Que de reproches ne fait-on pas à notre police! En savez-vous quelque chose?

Je le sais bien, on accuse certains policiers d’être violents ou corrompus. Il y a des explications (je ne dis pas ‘justifications’!). En effet des difficultés de tous ordres jonchent la vie du policier, dès son recrutement. Il doit faire montre de bonnes qualités physiques, intellectuelles (savoir au moins lire et écrire) et morales (probité, bonne éducation de base). Des principes très sages qui, hélas, sont souvent négligés. Il faut reconnaître que dans notre Pays le niveau de la formation avait baissé de plusieurs crans. Mais petit à petit, grâce notamment au programme gouvernemental de reprendre langue avec les grandes écoles du pays et du monde, et aussi à l’intervention de l’Union Européenne et de la Monuc, l’espoir commence à renaître.

 

Vous parlez de formation. Est-ce qu’il y a d’autres difficultés?

Le policier, étant pris en charge par l’État, a le droit d’être à l’abri des besoins les plus élémentaires, tels que le logement, le transport, l’alimentation… Il y a des lustres, le policier résidait dans le «camp des policiers» où l’on retrouvait tous les policiers d’un certain nombre de bataillons, percevant régulièrement le ‘poso’, leur ration en nature et en espèces. Tout cela appartient à l’histoire. Conséquence:   sa dignité en a pâti, d’où sa facilité à céder au bakchich lui tendu. Le nouveau gouvernement assure qu’il fera de son mieux  pour mettre les agents de l’État en condition de rendre le service que la société a le droit d’attendre d’eux.

 

Quelles sont les limites? Par exemple: l’usage des armes, n’est-il pas soumis à un règlement stricte? L’emportement des forces de l’ordre se justifie-t-il?

La police, d’ordinaire, ne peut porter que la matraque et les menottes. L’emploi du pistolet ou du fusil est une chose exceptionnelle. Les textes de formation présentent toute une liste des qualités propres à un policier: sang froid, calme, impartialité, maîtrise et contrôle de soi, retenue, patience. Enfin, un saint ! Il n’a pas le droit de se livrer à des traitements inhumains ou dégradants.

Il doit user de la force dans le strict respect de la loi et de façon proportionnée au danger et à la résistance déployée. Dès que la force n’est plus nécessaire, il doit cesser de l’employer.

On voit parfois des manifestants violemment pris à part par des policiers. Parmi les explications qu’on peut donner, je crois importante celle-ci: la réaction violente de la part des forces de l’ordre, peut dénoter aussi l’état d’esprit de certains agents. Et puis, la situation matérielle et morale dans laquelle ils se trouvent et surtout les moyens insuffisants qui leur sont dévolus pour faire face à la criminalité, à des foules déchaînées... les rendent nerveux. Ils arrivent à avoir peur.

 

On dit que le citoyen doit faire confiance à la police. On a l’impression, au contraire, qu’on a peur de la police. Qu’en pensez vous?

C’est vrai, surtout lorsque, par exemple, un policier vous dit: «On vous conduit au poste», «On va au bureau», et vous êtes sûrs que vous n’avez pas commis d’infraction. Chaque policier, à quelque niveau qu’il soit, doit avoir un comportement irréprochable, même lorsqu’il se rend compte qu’il a devant lui des individus qui refusent de reconnaître leur tort. Pour son honneur et sa dignité, il doit être le premier à ne pas se rendre coupable de concussion, de vol, de viol, d’escroquerie, de corruption, etc.

C’est comme ça que la confiance des gens peut grandir.

 

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Ici, police!