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Êtes-vous fondamentaliste? (2)

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Des pages extraordinaires

Un autre malentendu serait de croire que la Bible a un ‘but scientifique’, en racontant, par exemple,

la création. On essaie alors de faire coïncider les données de la science, la fantastique histoire du

Big Bang d’il y a environ 15 milliards d’années avec le récit biblique des six jours. Or ce premier récit

de la création est comme une grande hymne liturgique avec des refrains: il n’a pas la prétention

de donner un compte-rendu scientifique. Il comporte sept jours, comme la semaine, et l’on peut découvrir que le premier jour chante la lumière et que le quatrième nous donne le nom des astres qui illuminent,

que le deuxième jour sépare les eaux du ciel et celles de la terre tandis que le cinquième va les remplir

de vie : oiseaux et poissons. Le troisième jour sépare la terre de la mer et le sixième raconte la création

des animaux et des êtres humains qui peupleront cette terre.

Nous avons là un grand poème, un texte indiquant que le Créateur ordonne le monde et notre existence.

Le soleil et la lune ne sont pas là seulement pour éclairer: ils nous permettent de déterminer le temps

et le calendrier. Pas de vie humaine, pas de vie de famille sans fêtes, sans une discipline et régularité

dans le lever et le coucher, le travail et les heures de repos. C’est une page extraordinairement belle,

révélatrice de la présence et de l’oeuvre du Créateur.

Le concile Vatican II a clairement reconnu l’existence des ‘genres littéraires’. «Puisque Dieu,

dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes, à la manière des hommes, il faut que l’interprète

de la Sainte Écriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche

avec attention ce que les écrivains sacrés ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer

par leurs paroles» (Dei Verbum, 12). Si on lit la Bible d’une manière trop littérale, on risque de ne pas comprendre ou de mal comprendre ce qu’elle veut nous dire. Dans certains groupes, on enseigne que

Dieu a vraiment créé la terre en six jours et qu’au septième, il s’est finalement reposé. Puisque c’est écrit dans la Bible. «Dans la condition où nous sommes placés ici-bas - écrit Saint Augustin - il nous est impossible de vérifier par l’expérience, la durée du jour primitif ou des jours qui en furent la reproduction: nous ne pouvons que faire des hypothèses... La même Écriture qui raconte que Dieu acheva toutes

ses oeuvres en six jours, dit ailleurs, sans se contredire, que ‘Celui qui vit éternellement a créé tout ensemble’» (Si 18,1).

A propos de la prospérité que Israël a connue après de longues années de souffrance, le prof.

André Kabasele Mukenge rappelle que «Celui qui est à la base de ce renversement de situation,

c’est bien Iahweh, il a agi ‘à main forte et à bras étendu’, expression stéréotypée pour dire la puissance

de l’action et des merveilles de Dieu en faveur de son peuple depuis la sortie de l’Égypte»

(Des lois pour être libre, Apprendre à lire le livre du Deutéronome). Dieu n’a ni mains ni bras.

L’évangile de Matthieu (18,6), encore un texte, reproduit la mise en garde de Jésus: «Si quelqu’un devait faire chuter un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache au cou une meule de moulin et qu’on le fasse couler au plus profond de la mer». Est-ce que ce texte encourage le non respect du 5è commandement?

Grâce à Internet, il est très facile de tomber sur des sites annonçant la fin du monde. Il y en a un qui assure que le retour du Pape Jean- Paul II serait imminent, ainsi que la fin du monde. Des prévisions tirées d’après des calculs sur les sept collines de Rome!

 

Les risques

Cette caractéristique n’est pas propre au protestantisme ou à l’intégrisme catholique et à son attachement têtu à une certaine tradition. Toutes les religions connaissent la tentation du fondamentalisme.

Elle est présente dans certaines expressions extrémistes du judaïsme, de l’islam, de l’hindouisme etc.

En Palestine, des colons juifs reprennent à leur compte une lecture fondamentaliste de la Torah pour

justifier leur occupation des terres palestiniennes, considérant qu’ils en sont propriétaires de droit divin.

Un fondamentalisme qu’on résume généralement par des slogans du type «Dieu est à nos côtés»

et qu’on peut trouver dans toutes les langues. Entretenant la confusion des genres entre les textes

sacrés et la réalité historique ou politique contemporaine, il arrive à légitimer la guerre ou l’expansionnisme territorial.

 

Mais de nos jours, lorsqu’on parle de fondamentalisme, on pense tout de suite à l’islam dans sa forme

la plus radicale, qui légitime la violence au nom de Dieu. Les fondamentalistes islamiques affirment qu’ils

ont le devoir de lutter pour la défense ou pour l’établissement de l’islam. Le ‘djihad’ coranique,

un combat moral contre les vices et les passions, un effort suprême sur le chemin de Dieu, est appelé

à se transformer en lutte armée, en guerre sainte contre les infidèles. La majorité des musulmans ne constitue pas un danger pour leurs voisins juifs ou chrétiens, puisqu’ils accordent généralement une juste valeur à leurs textes sacrés. Mais quand le croyant s’arrête à une lecture littérale et absolue d’un Coran supposé infaillible dans la lettre, alors très logiquement les versets violents et cruels du texte coranique

sont pris au premier degré et la mort à l’explosif peut devenir un geste salutaire, exigé par Dieu.

Le christianisme connaît aussi des courants néo-fondamentalistes qui parfois représentent une réaction

face à une adaptation trop complaisante à la modernité. Les événements de septembre 2001 ont redonné toute son actualité à la question du fondamentalisme religieux. Bien qu’une certaine opinion américaine accuse le fondamentalisme du président de contribuer à faire dégénérer un conflit économique et politique en problématique religieuse (guerre contre l’axe du mal) et à renforcer inévitablement les réactions intégristes adverses, il faut dire que le protestantisme nord-américain ne se résume pas au fondamentalisme.

 

 

Le Conseil des Églises américaines n’a pas manqué de prendre  position contre l’intervention en Irak. L’ancien  président de la Fédération protestante de France, Jean-Arnold de Clermont, a remarqué:

«Avec les Églises américaines, nous devons nous mobiliser théologiquement et spirituellement contre une telle idéologie, un certain fondamentalisme dans lequel nous ne pouvons nous reconnaître et qui, à mes yeux, doit être combattu comme une idolâtrie sans aucun rapport avec le Dieu de la Bible».

Même voix de raison émanant de plusieurs sites chrétiens non-catholiques. On peut la résumer de la façon suivante: aux millions de personnes déçues et qui languissent après la réussite terrestre sans jamais l’atteindre, une lecture partisane de la Parole de Dieu offre un raccourci rapide et facile pour obtenir

ce que le coeur désire, la santé, la paix, le bonheur, la prospérité, un bon travail, le succès dans les sports, dans les  affaires, dans le domaine des divertissements, et tout cela sur la terre et finalement dans le ciel. Certainement qu’aucune compagnie d’assurance ne peut leur en offrir la moitié, dans cet arrangement

quasi-automatique des choses. Dieu exécutera, sans aucun doute, les demandes de ceux qui prononceront quelques centaines de fois son nom.)

 

L’intolérance, les injustices, les violences ont de multiples sources qui dépassent les religions. Il est important de saisir ce que cache souvent le revêtement religieux des violences  exploitations économiques, misère, chômage, humiliations historiques, identité bafouée, non pour disculper les religions mais pour retrouver leur véritable message. Tous les croyants, quand ils se réfèrent à leurs écritures, ont un effort à faire pour les replacer dans leur contexte historique et pour ne pas leur faire dire n’importe quoi aujourd’hui. La Bible est un ouvrage religieux, mais elle est aussi le récit de l’histoire d’un peuple, et peut devenir point de repère pour tous les peuples qui l’acceptent.

L’approche fondamentaliste est dangereuse, car elle est séduisante pour les personnes qui cherchent des réponses bibliques à leurs problèmes de vie. Elle peut les duper en leur offrant des interprétations pieuses ou radicales, mais illusoires. Voilà le sens du message des 630 Évêques catholiques d’Afrique.

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