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Parmi les témoins de l’évangile que l’Église reconnaîtra prochainement il y aura 498 martyrs de la persécution religieuse qui accompagna la guerre civile espagnole (1936–1938) et qui fit 900.000 victimes, parmi lesquelles: 13 évêques, 4 184 prêtres, 2 365 religieux, 283 religieuses, des milliers de laïcs, jeunes, mariés, hommes et femmes. La plupart des martyrs étaient espagnols. Mais 5 étaient nés en France - des lassalliens -, un dominicain et un carme nés au Mexique et un augustinien né à Cuba.
Par groupes - des plus nombreux aux moins nombreux-, 145 avaient entre 20 et 30 ans au moment de leur martyre ; la plupart suivaient encore des études. 107 martyrs avaient entre 40 et 50 ans ; 97 entre 30 et 40 ans ; 72 entre 50 et 60 ans. Ils seront déclarés ‘bienheureux’, tous réunis en une unique célébration. Il ne faut pas oublier, cependant, que «chaque cas a été étudié séparément, avec beaucoup d’attention, et sur de longues années - a écrit la Conférence épiscopale d’Espagne. Tous ont en commun le fait d’avoir été des «hommes et des femmes de foi et de prière. Grand fut leur courage quand ils ont dû confesser leur propre condition de croyants; toujours prêts à consoler leurs camarades de prison; à refuser toute proposition visant à les faire renoncer à leur propre identité chrétienne. Ils ont fait preuve d’une grande force: quand ils ont été maltraités et torturés, ils ont pardonné à leurs assassins et ont prié pour eux». Aujourd’hui, quatre-vingt ans plus tard, on pourrait bien se demander si ça vaut la peine de faire mémoire d’un conflit entre frères de la même nation et de la même culture. Peut-être les conflits modernes qui se produisent dans notre continent et ailleurs nous ont-ils tellement habitués à ce spectacle qu’on est persuadé qu’il n’y a rien à apprendre et que chaque génération est prête à répéter les mêmes bêtises. Combien de victimes innocentes n’ont pas faites les guerres baptisées ‘de libération’ ou ‘révolutionnaires’ en Ouganda, au Soudan, au Mozambique, en Angola, au Burundi, Rwanda, RD Congo etc?
Malgré les bonnes intentions affichées par les idéologues ou les acteurs de ces conflits, la leçon qu’il nous apprennent n’est qu’une: la violence est partout et toujours la même lorsqu’on l’emploie pour s’emparer du pouvoir. La guerre d’Espagne n’a durée que trente-deux mois, mais à cause de sa brièveté dans le temps et de son intensité elle a été comparé à un ouragan qui s’est abattu sur le pays. Sur la liste des personnes à éliminer figuraient en premier lieu les gens d’Église. Les exactions se multipliaient: incendies de couvents, d’évêchés, d’églises, destruction du patrimoine artistique sacré, bref, de tout ce qui rappelait la religion catholique. Les révolutionnaires procédèrent à des exécutions massives, accompagnées d’une férocité inouïe. Ceux que l’Église béatifie sont vraiment martyrs car ils ont été tués «en haine de la foi». Ce ne sont pas de simples «victimes de guerre», car ils étaient pacifiques, comme le Pape Jean-Paul II avait tenu à le préciser en 2001, lors de la béatification d’un autre groupe de martyrs: «Ces bienheureux n’étaient pas impliqués dans des luttes politiques ou idéologiques, et ne voulaient pas y entrer. Ils ont vécu en aimant et sont morts en pardonnant.» Conscients de mourir pour leur foi, beaucoup criaient comme les «Cristeros» du Mexique (1926-1929): «Vive le Christ-Roi!» Les Évêques espagnols expriment le voeu que cette béatification puisse contribuer «à ce que l’on n’oublie pas le grand signe d’espoir que constitue leur témoignage. Elle représente un moment de grâce pour l’Église espagnole, en marche aux côtés des hommes dans son pays et dans la société, comme un nouveau stimulant pour le renouvellement de la vie chrétienne, surtout à un moment où se répand une mentalité laïciste et que la réconciliation semble menacée. Les martyrs, qui sont morts en pardonnant, constituent pour nous le meilleur encouragement à promouvoir cet esprit de réconciliation». C’est un souhait qu’on pourrait aussi formuler pour toutes les sociétés brisées par la violence et qui aspirent à se reconstruire. On le retrouve, notamment, dans le message ‘Avance en eau profonde’ publié par la Conférence Épiscopale de la RD Congo après les élections en 2006. «A l’aube de la 3è République... il est urgent de réconcilier les Congolais et respecter l’opposition démocratique dans le pays: réconciliation entre le peuple et ses dirigeants, les dirigeants entre eux, le peuple avec lui-même. On attend de nouveaux gouvernants un geste de réconciliation en libérant les prisonniers politiques, en engageant des recherches pour retrouver des personnes portées disparues et de les remettre à leurs familles…». Ae |
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Le geste qu’on attend |
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Éditorial |