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Les éditions EMI (Italie) viennent de rééditer l’oeuvre principale de l’Abbé Kayoya.

Un livre ‘pour réveiller la fierté de mes frères’, écrivait-il dans la préface.

 

L’abbé Michel Kayoya était né le 8 décembre 1934 à Kibumbu, province de Mwaro, Burundi.

Ordonné prêtre de l’archidiocèse de Gitega en juillet 1963, après des études de philosophie

au Grand séminaire de Mugera et de théologie à Everlee (Belgique), il occupa bien des fonctions

dans l’Église de son pays : consulteur diocésain, membre de la Commission épiscopale pour

les Séminaires, vicaire à la paroisse de Rusengo, aumônier de l’école de formation des enseignants, responsable des Mouvements d’Action catholique et des coopératives, recteur du Séminaire de Mugera, économe diocésain… Doté d’une grande intelligence et d’une sagesse capable d’affronter les sujets les plus brûlants sans complexes ni préjugés, toujours avec amour et fermeté, il cherchait des solutions chrétiennes à tout problème, même politique. Sa forme d’expression préférée était la poésie.

En vers libres. Où il s’en prenait à une «foi» qui s’épanouit sans fraternité ni solidarité, une foi qui

ne change rien aux préjugés tribaux, une religiosité

qui n’arrive pas à abattre les murs des divisions et des peurs réciproques, de méfiance et de haine,

entre Hutu et Tutsi. Ses mots étaient tranchants face aux abus du vécu quotidien des Burundais.

Il n’était ni l’homme à mystifier la réalité, ni le prêtre à jouer le rôle ambigu de clerc accommodant.

Hélas! Cette vision des choses n’était pas appréciée par bien des gens, jaloux de la réussite de ses entreprises. Cette discordance l’a fait beaucoup souffrir. Dans chaque page de ses deux livres récemment réédités (‘Entre deux Mondes’ et ‘D’une génération à l’autre’), on retrouve, écrit dans la préface Mgr. Joachim Ntahondereye, Évêque de Muyinga, «la force et l’intransigeance avec lesquelles

il dénonce la situation socio-économique et politique de son pays. Au lieu de se contenter des leçons

de morale, il choisit de lutter directement sur le terrain, prêt au sacrifice même de la vie… 

Il fut assassiné le 15 mai 1972,

au milieu de l’hécatombe qui ravagea le pays à l’époque. Les massacres sélectifs organisés par

le gouvernement d’alors contre l’élite hutu et que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de génocide, emportèrent lui aussi». Parmi les victimes – 100.000 environ – 2 100 enseignants et catéchistes,

60 étudiants universitaires, 650 étudiants du secondaire, ainsi que 16 prêtres, l’abbé Michel Kayoya

était du nombre. Il fut arrêté la nuit de 13 mai, à Gitega. Conduit en prison, il est resté serein, encourageant les autres prisonniers à prier et à chanter. Témoignage d’un étudiant protestant

qui échappa à la mort: «Lorsque l’abbé Kayoya arriva à la prison, il parvint à nous faire chanter.

‘Nous allons à la maison du Père’, nous disait-il. Avant d’être exécuté,  il donna son étole à un soldat,

en lui disant: ‘Va remettre ceci à l’évêque, parce que c’est sacré’. Il chanta le Magnificat et dit

des paroles de pardon à l’endroit de ceux qui allaient le tuer. Les soldats qui le fusillèrent pleuraient».

Il fut conduit au pont de la rivière Ruvubu, tout en bas de la colline de Mugera. Là, les bulldozers avaient creusé huit tranchées pour 7.000 personnes.

Alphonse Molu

Sur le terrain