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Droit et paix

Entretien avec l’abbé Marcel Ndjondjo Ndjula k’Asha, professeur de droit aux Facultés Catholique de Kinshasa. Il vient de publier ‘Le droit au service de la paix. Contribution à la construction d’un monde juste’. 

 

C’est quoi la paix?

Le monde nous a habitués à appeler paix ce qui, en définitive, n’est qu’une espèce de guerre froide entre

des nations, des peuples, des citoyens et des individus. Il est donc courant que cette soi-disant paix soit définie généralement par l’absence de guerre. Ainsi de nos jours, dire d’un pays qu’il est en paix signifie

qu’il n’est pas en guerre. Ou, mieux, qu’il n’est pas en guerre ouverte.

 

Une définition que vous considérez insuffisante?

Oui, la paix véritable dépasse de loin la simple absence de guerre. Définissons la paix selon le concept

de l’Église: il n’y aura jamais de paix sur la terre tant que l’homme tue un autre homme ou profite de lui

pour sa survie. Il n’y aura jamais de paix sur la terre tant que les riches exploiteront les pauvres,

et pour tout dire, il n’y aura jamais de paix tant qu’un seul homme, si petit soit-il, n’est pas respecté

dans sa dignité. Autrement dit, la paix commence quand l’homme cesse d’être un loup pour un autre

homme, a dit Paul VI (p. 19). Nous le savons, le loup mange, détruit, dévore. Être loup pour un autre,

c’est le dévorer, l’anéantir physiquement, politiquement, économiquement.

 

Quels sont les grands ennemis de la paix ?

Ils sont nombreux. Le premier est sans doute l’égoïsme en chacun de nous; en deuxième lieu,

je peux dire que la paix est brisée quand l’homme doute de son aptitude à maîtriser son environnement,

ses propres constructions sociales et technologiques; enfin la paix est mise à dure épreuve à travers

toutes les manifestations économiques, politiques, culturelles, idéologiques qui réduisent l’homme à un

sujet anonyme de l’histoire. A l’échelle internationale, s’impose souvent l’existence de la loi du plus fort.

Cela rappelle la justice comme condition indispensable pour aboutir à la paix. Ainsi que le disait l’ancien président tanzanien Julius Nyerere, la justice reste l’instrument privilégié pour construire et maintenir la paix entre les nations. Souvent, ce n’est pas la force du droit à avoir le dernier mot, mais le droit de la force. 

 

 Quels rapports faites-vous entre ‘armes’ et ‘paix’ ?

Il est évident que là où on ne respecte pas le droit, c’est à l’équilibre des forces qu’on donne la tâche d’assurer la paix. Avec quel résultat ? – Le voilà ! Si un pays est équipé d’armes atomiques, d’autres pays

se sentent autorisés et même obligés de se fournir d’une égale ou plus grande puissance de destruction.

La course aux armements, la fabrication des armes toujours plus sophistiquées répond à cette mentalité. C’est la paix des armes. Une paix extérieure, dictée par une certaine peur de l’autre. L’histoire nous apprend que beaucoup de dictateurs sont arrivés à instaurer ce genre de paix.

 

Peut-on croire que ‘mondialisation’ veut aussi dire ‘paix’ ?

Oui, mais pas n’importe laquelle. Si mondialisation signifie se donner des règles qui ne protègent que

les biens et les intérêts des grands groupes économiques mondiaux au détriment de populations pauvres,

la paix continuera à faire défaut. Mais si, au contraire, la mondialisation s’érige en un ensemble des règles, fondées sur l’inviolabilité et la sacralité de la personne humaine, là, elle constituerait alors une plateforme unique, à l’échelle mondiale, sur laquelle reposeraient les discussions concernant l’avenir de l’humanité.

Vue sur ce plan, la mondialisation serait vue au positif dans le processus de la recherche de la paix à travers la planète.

 

A vous entendre, c’est comme si le monde de demain tend vers un angle quelque peu alarmant ?

Que non ! Toute la nature se doit d’obéir à la loi de Dieu. C’est cela réaliser la paix. C’est assumer la vérité

qui est en l’homme. C’est autour de cette paix définie comme ‘œuvre de justice’ que doit être construit

l’édifice juridique devant régir le monde. Dans la préface de cet opuscule, Mgr L. Monsengwo Pasinya

affirme que la paix est œuvre de justice, laquelle ne s’obtient que par la reconnaissance du droit et des droits,

dont les premiers sont ceux que tout homme apporte en naissant. Le droit n’est rien s’il ne promeut pas

la justice et la paix, une justice qui consiste à reconnaître avant tout les droits de Dieu avant ceux de l’homme.

Ainsi donc, la marche de l’histoire confiée aux hommes sera une civilisation de paix si les lois et les décisions politiques, en ce compris celles de la mondialisation, respectent la vérité sur l’homme et sur sa nature.

Toute attaque à la vérité constitue une attaque à la paix.

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