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Recherchée, diffusée et exploitée par différents agents plus ou moins occultes, la peur fait partie de la vie quotidienne. Dans son Rapport 2007, Amnesty International rappelle avec force que la peur est en train de devenir la cause de violences inouïes dans le monde, ‘un moteur de la politique internationale’ ‘un instrument de gouvernement’. Un tableau très sombre! ‘Bien de dirigeants de nos pays et du monde font preuve d’aveuglement, en

prenant des mesures qui sapent les droits humains, augmentent les inégalités,

entretiennent le racisme et la xénophobie, divisent et blessent les communautés: des choses qui, en semant les germes de nouvelles violences et de futurs conflits, alimentent la peur.

 

Il y a des pouvoirs qui jouent sur la peur, assure le Rapport d’Amnesty I. Des gouvernements puissants et des groupes armés qui suscitent délibérément la peur en créant un monde de plus en plus divisé et dangereux.

Où? Dans beaucoup d’endroits. Durant les cinq semaines de la guerre de juillet 2006, les «Libanais ont subi des milliers de  israéliens. Gardant cette réalité en tête, on peut imaginer pourquoi des ballons publicitaires israéliens emportés par le vent ont semé la panique parmi les habitants du sud Liban, qui ont cru à une attaque. On peut sourire, mais on peut aussi se souvenir que les objets traversant le ciel libanais sont rarement porteurs de bonnes nouvelles ».

En Somalie, malgré le cessez-le-feu, les déplacés ont peur de rentrer chez eux. Et pour la même raison de nombreux parlementaires somaliens préfèrent vivre à l’étranger. Les journaux le répètent continuellement: ‘Les Somaliens vivent dans la peur’. Le porte-parole du Département d’État, Sean McCormack, confie que les États-unis ont peur de l’emprise d’un mouvement islamiste sur la Corne de l’Afrique : “Nous ne voulons pas que la Somalie devienne le fief des terroristes. C’est un sujet qui nous inquiète au plus haut point”. Les Éthiopiens craignent que l’Érythrée - avec laquelle ils ont eu une guerre de frontière entre 1988 et 2000 - soutienne militairement les Tribunaux islamiques somaliens. Le Kenya, autre État voisin de la Somalie qui compte aussi une minorité musulmane, a peur que les seigneurs de guerre défaits ne se réfugient tout au long de ses frontières et y provoquent des troubles. Un climat de peur règne au Sri Lanka. Des défenseurs des droits humains et des journalistes sont menacés, agressés, intimidés, harcelés et tués.

 

Un réseau

On ne peut oublier en aucune façon les souffrances et la peur générées par la violence du terrorisme. Prospérant dans une zone d’instabilité qui s’étend des frontières pakistanaises jusqu’à la Corne de l’Afrique, des groupes armés ont pu affûter leurs armes avant de se lancer dans des atteintes massives aux droits humains et de bafouer sur une grande échelle le droit international humanitaire. «Les Irakiens, surtout les femmes, vivent dans la peur. Aucun droit n’est plus respecté, plus personne n’est en sécurité». Le radicalisme violent fait peur à juste titre, surtout quand il s’internationalise comme le fait Al-Qaïda. L’influence de cette organisation va de l’Indonésie au Maroc en passant par le Bangladesh, l’Algérie, etc. «Fosses communes et traumatismes: la peur au quotidien au Darfour» (Cyberpresse Canada, 02 Juin 2007). «Darfour: La Chine prend peur». Alliée très conciliante du gouvernement soudanais, elle craint désormais les retombées de cette crise africaine qui a déjà fait 200 000 morts depuis 2003 et deux millions de déplacés. Premier investisseur au Soudan dont elle achète 60% de la production pétrolière, elle est accusée de fermer les yeux sur les massacres perpétrés au Darfour par des bandes à la solde du pouvoir de Khartoum. Voire de leur fournir des armes. Et de s’opposer aux sanctions que les Nations Unies veulent infliger au Soudan.

Tchad: «Alors que la peur s’abat à nouveau sur l’est tchadien, l’oubli guette les déplacés internes. A Koukou, des milliers de Tchadiens déplacés ont peur de rentrer chez eux, les réfugiés du Darfour se sentent en danger ». (NU) «Occupée par les rebelles fin novembre, puis reprise 24 heures plus tard par l’armée régulière, Abéché, à 700 km à l’est de la capitale tchadienne, tente de retrouver un semblant de normalité. Ceux qui restent vivent cependant toujours la peur au ventre ».

RCA. «La région tout entière est devenue un creuset de violence et de peur – ce qui menace de déstabiliser encore plus cette région, qui est déjà l’une des plus instables et dangereuses du monde»...

 

Marketing de la peur

Santé. «La peur, très répandue dans l’est de la RDC, du VIH/sida, contribue aussi à isoler les victimes de viol et leurs enfants, ainsi que toute personne soupçonnée d’être porteuse de la maladie. Les femmes et les jeunes filles sont violées sur les routes, dans les champs ou chez elles. Des enfants se trouvant sur le chemin de l’école ainsi que des familles allant à l’église ont été victimes d’agressions. Dans de nombreuses régions, les femmes et les jeunes filles ne peuvent marcher seules ou même en groupe de peur d’être attaquées. Souvent, elles ont renoncé à se rendre au marché ou à aller chercher de l’eau. Le viol a été utilisé comme une arme de guerre : but, humilier au maximum les victimes ou s’assurer un contrôle par la peur ou l’intimidation. Les problèmes de santé mentale des victimes sont en outre aggravés par la peur d’être répudiées par leur mari ou rejetées par leur famille ou leur entourage » (Amnesty I. 10/04).

Marché. Pour vendre plus, certains grands groupes de commercialisation de produits pharmaceutiques exploitent la technique basée sur la peur. On arrive à faire croire aux gens qu’elles peuvent être atteints d’une maladie et qu’ils doivent donc acheter le remède annoncé. On parle de marketing de la peur. 

Le terrorisme fait peur. Le Rapport présente toute une liste de « prétextes » donnés pour justifier la  guerre contre le terrorisme et celle en Irak. Pour la première fois dans leur histoire, les États-unis ont été agressés ‘chez eux’. Du jamais vu, à l’origine de la peur du terrorisme invoquée par le gouvernement américain pour justifier la guerre actuelle.

Les pauvres font peur. Dans de nombreux pays, un programme politique basé sur la peur renforce les discriminations, élargit le fossé entre les possédants et les démunis.

 

 

Rien qu’en Afrique, des centaines de milliers de personnes ont été expulsées de chez elles sans aucun respect de la procédure – souvent au nom du progrès et du développement économique – et sans qu’aucune indemnisation ou aucun autre logement ne leur soient proposés. Des expulsions forcées en Angola, Guinée équatoriale, Zimbabwe, Soudan, Ghana, Kenya…

Les migrants, les étrangers font peur. Des millions de personnes fuient la misère, le manque de perspective, la torture et la répression, en courant de grands risques. Ces risques augmentent d’autant plus que des dirigeants politiques des pays industrialisés  jouent sur la peur d’une immigration incontrôlée pour justifier de nouvelles restrictions du droit d’asile. Dans leur tentative désespérée de rejoindre l’Europe, près de 6000 Africains et Africaines ont péri en mer en 2006.  Peur des différences religieuses. Le fossé entre musulmans et non-musulmans s’est accentué. Dans toutes les régions du monde, les manifestations d’islamophobie, d’antisémitisme et d’intolérance ainsi que les attaques contre les minorités chrétiennes dans les pays musulmans ont augmenté.

 

Des comptes

Peur de la liberté d’expression. De nombreuses voix qui veulent se faire entendre sur les droits humains sont contraintes de se taire. La liberté d’expression a été étouffée. Le renforcement des peurs sur le thème de la sécurité nationale réduit la tolérance, partout : Iran, Zimbabwe, Turquie, Philippines, Chine, Russie, Syrie, Viêt-Nam etc.

«Pourquoi certains gouvernement jouent-ils sur la peur?» Le Rapport d’Amnesty I. explique: parce qu’elle renforce leur pouvoirs, crée des fausses certitudes et permet de se soustraire à l’obligation de rendre des comptes. On voudrait terminer ce panorama plutôt sombre avec une note positive, venant du message adressé en juillet dernier par les Évêques de la RD Congo au Gouvernement de la 3e République, avec l’invitation suivante: «Nous invitons nos dirigeants au courage politique et à ne pas avoir peur devant les dossiers dits sensibles (contrats léonins, bradage du patrimoine national, détournements des biens publics, assassinats, atteinte à l’intégrité territoriale et à la souveraineté nationale)».

Des mots encourageants: la peur engendre la méfiance, elle anéantit notre appartenance commune à un pays, à l’humanité. Lorsque pour garantir notre sécurité, nous considérons les autres comme une menace et lorsque nous ne sommes pas prêts à respecter leurs droits, nous perdons tous. L’histoire a montré, c’est la conclusion du Rapport d’A. I., que l’espérance et l’optimisme - contrairement à la peur, sont des facteurs de progrès.

Patrick-R. Monzemu Moleli L.

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