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L’eau des veuves |
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Parmi les candidats à l’Oscar 2007 il y a eu le film ‘Water’, (l’eau), en coproduction indo-canadienne.
Une histoire très simple. En Inde, lorsqu’un mari mourait, sa veuve avait trois solutions : se suicider en brûlant avec lui sur le bûcher funéraire; épouser le frère cadet du défunt, à condition que le frère en question et la famille acceptent; se retirer dans un ashram, ‘maison des veuves’, menant une vie ascétique, faite de discipline et de solitude parmi d’autres veuves. Les veuves sont considérées dans la superstition populaire comme porteuses de la plus grande malchance, comme si elles étaient responsables de la mort de leur mari et sont à tenir à l’écart de tous les événements qui doivent être propices pour les familles. Avec la mort de son mari, la femme perd son statut social et dépend entièrement de la bienveillance de sa belle-famille: il n’est pas rare que cette dernière, ignorant toutes les années de travail que la belle-fille a effectuées, la considère désormais comme une bouche inutile à nourrir et la mette à la rue. Si la veuve n’est pas accueillie par sa propre famille, il ne lui reste qu’à mendier pour survivre (ou à se prostituer pour les plus jeunes), car les chances de trouver un emploi sont minimes. Trente-cinq millions de veuves en Inde sont pratiquement rejetées par la société et vivent misérablement. Des pratiques dures à disparaître et que la cinéaste Deepa Mehta voudrait mettre en question. Le film se déroule dans l’Inde coloniale de 1938, au moment où Gandhi arrive au pouvoir. Protagoniste est la petite Chuyia, âgée de 7 ans, mariée à un homme malade, beaucoup plus âgé et qui, fatigué de vivre, la laisse rapidement veuve. Parce qu’un vieillard l’a épousée peu avant de mourir, la petite Chuyia devient une intouchable et est renvoyée sans ménagement dans sa famille et ensuite, menée dans une «maison des veuves» à Benares, au bord du Gange. Agées de 18 à 80 ans, ces femmes «paria» à la tête rasée, mendient pour manger et passent leur temps à prier en attendant la mort. L’enfant ne comprend pas ce qui lui arrive, elle ne sait pas que selon la tradition, elle est supposée finir ses jours dans cette communauté de femmes résignées à leur sort. Elle reste persuadée que sa mère viendra bientôt pour la ramener à la maison. L’arrivée de cette enfant curieuse et innocente va affecter la vie des autres résidentes. Très vite, la petite fille, éveillée et pas décidée à accepter la vie qu’on lui impose, se révolte contre Madhumati, une femme dure, méchante, la plus forte des veuves qui s’érige en maîtresse de la communauté. Peu à peu, la présence de Chuyia va ébranler tout ce qu’elles se sont résignées à accepter et les pousser à se révolter contre la tyrannie de ce mode de vie dépassé et controversé.
Surtout à partir du jour où Narayan, un jeune juriste, disciple du Mahatma Gandhi, tombe amoureux d’une veuve du groupe, Kalyani, jeune et charmante, dont Chuyia est devenue l’amie. Il sait qu’une nouvelle loi a été promulguée, permettant désormais aux veuves de se remarier avec un homme de leur choix. Personne ne l’a dit à ces femmes et d’ailleurs la loi en question est encore peu populaire, car les milieux conservateurs s’y opposent. Même la mère de l’avocat est choquée par l’idée de cette future union. La cinéaste Deepa Mehta a refusé de céder aux menaces des fondamentalistes hindous qui avaient réussi à interrompre le tournage de son film, qu’elle dut repousser pendant plusieurs années. Déjà la veille du premier jour de tournage, les autorisations accordées précédemment avaient été remises en cause. Le jour suivant, 2000 manifestants avaient pris d’assaut les structures où devait être tourné le film et avaient détruit la majeure partie du matériel. Ils entendaient ainsi protester en faveur des traditions critiquées par le film. Finalement, le film a été tourné au Sri Lanka. Un film qui fait réfléchir. . |