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Le problème des nomades refait surface de temps en temps. Des pasteurs rwandophones qui traversent la frontière orientale de la RDC avec leurs troupeaux. Des Bororo qui après avoir traversé le Tchad et la République Centrafricaine, cherchant des pâturages toujours dans la RDC ... Un missionnaire d’Afrique, Frantz Pfaff, auteur de l’article ci-dessous, présente la situation des éleveurs karimojong du nord - d’Ouganda. Une terre toujours plus insuffisante pour ses habitants. Et aussi de projets de développement dans le domaine agricole: à condition qu’on y utilise une plus grande variété de semences.
Les habitants du Karamoja, les Karimojong, sont des éleveurs de bétail semi-nomades. Un million d’entre eux vivent dans le nord-est de l’Ouganda et la majorité continue à mener au pâturage les troupeaux de vaches, de moutons et de chèvres. Ces dernières années, ils recoivent de l’aide alimentaire des organismes internationaux. Est-ce une fatalité? Ou ce peuple pourrait-il encore vivre sur ses terres sans aide venant de l’étranger? La majorité des Karimojong désire continuer la vie semi-nomade. Même si le gouvernement a bâti des écoles dans la région, seulement 50% des enfants sont scolarisés. L’État offre pourtant des rations alimentaires aux enfants. Cela les attire à l’école... mais seulement à l’heure des repas, où ils viennent se faire servir en compagnie de leurs mères et des bébés ! L’apprentissage scolaire, en tant que tel, n’est pas très populaire.
Terres incultes Le Karamoja a deux millions d’hectares de pâturage. Des vétérinaires disent que pour se nourrir, une tête de bétail a annuellement besoin de 4 hectares. La région ne pourrait donc supporter que 500.000 bêtes. Certains experts affirment que pour vivre modestement, une personne devrait posséder six têtes de bétail. D’autres disent que quatre bêtes suffisent. On peut donc penser que si chaque Karimojong possédait 5 têtes de bétail, seulement 100.000 personnes pourraient vivre au Karamoja. Mais il sont déjà un million. Le résultat, c’est que la lutte pour les ressources naturelles est continuelle et que, chaque jour, on y est témoin de conflits armés. En plus de l’élevage du bétail, les Karimojong cultivent aussi la terre pendant la saison des pluies. Ils récoltent du sorgho, l’ingrédient de base de la bière locale. Les changements climatiques se font aussi sentir là-bas. Jusqu’ il y a une vingtaine d’années, une récolte sur trois était perdue. Maintenant, tous les deux ans, la sécheresse cause de mauvaises récoltes. Les Karimojong se rappellent de leur histoire, surtout quand il s’agit des années de famine. Comment ont-ils survécu? Quelles leçons en ont-ils tirées? Les auteurs qui ont récolté les souvenirs oraux des Karimojong ont pu établir qu’il y eut une grande famine en 1706. La population et les troupeaux furent décimés. On parle aussi d’une grande famine en 1800 et d’une autre en 1900 dont les vieux ont dit: ‘Les gens se déplaçaient dans toutes les directions, sans tenir compte des alliés ou des ennemis. Des filles étaient vendues ou données. Il y avait des meurtres... Les personnes valides erraient à la recherche des fruits du tamarinier ou des melons sauvages. Ils partaient à la chasse. Pendant ce temps, les vieux restaient au village, survivant en buvant le sang et le lait de leurs maigres vaches. Ils attendaient que la mort les libère.’
Le cycle La famine fait souffrir et les famines reviennent régulièrement. Faut-il en conclure que l’élevage n’est pas adapté aux conditions difficiles de ce pays aride? Est-ce l’élevage qui dégrade les terres? Ou, au contraire, est-il un moyen écologique de les préserver? Il y a deux modèles pour étudier la relation entre l’élevage et la terre. Un modèle doux (‘malthusien’) et un autre qui conduit à la catastrophe. Le modèle catastrophique (‘néo-malthusien’) constate qu’après une famine, la population baisse, le nombre de têtes de bétail aussi, et que la terre se renouvelle et supporte à nouveau les humains et les bêtes. Les populations recommencent à se multiplier et épuisent encore une fois les ressources naturelles. D’où, à nouveau, sécheresse, famine et mortalité. Le cycle infernal serait de 100 ans. En examinant l’aide alimentaire que les Karimojong ont reçu pendant les famines des dernières décennies, le chercheur W. J. Groenendijk a fait un résumé de toutes les famines, petites et grandes. D’abord la famine nommée ‘Lokwakoit’, (os blanchis partout), os des squelettes de vaches. En 1945, ‘Lorengelaga’, où il y avait si peu de gras de mouton que les femmes ne pouvaient huiler leurs bracelets et les faire briller. 1958, Longoripuko, sauce noire, car en cuisant la viande des vaches maigres, elle prenait cette couleur. 1960, ‘Lodiaut’, farine de manioc que des marchands venaient de loin vendre cet aliment qu’on n’appréciait pourtant pas au Karamoja. 1961/1962, ‘Lolibakipi’, l’eau verte: il avait plu tellement que les céréales moisirent dans les greniers. 1978 ‘Ekaropus’, couleur vert-bleu qu’on retrouve sur les jeunes plants de sorgho quand ils sèchent. 1980 ‘Lorengepulu’, terre rouge, car le sol était si sec que les semences ne germèrent pas et on ne vit pas le vert des plants cette année-là. 1984 Lokiar, la tueuse, car les récoltes furent tuées par la sécheresse.
Surpopulation La famine de 1993-94, quand M. Groenendijk dirigea la distribution de nourriture, n’a pas encore reçu de nom. Depuis 1994, les Karimojong subissent chaque année un déficit céréalier comblé par les tonnes de maïs du Programme alimentaire mondial (le PAM). Le magazine Der Spiegel, no 2006/3, a réalisé un reportage sur l’aide alimentaire aux gens du Turkana, une région voisine au nord du Kenya, avec le même climat que le Karamoja. «Le nord du Kenya est surpeuplé, déclare le biologiste suisse Hans Herre qui, pendant plusieurs années, a dirigé l’ICIPE, l’Institut de recherche du Kenya. La surpopulation est le résultat des campagnes d’aide alimentaire. La terre au Turkana ne pourrait par elle-même faire vivre tant d’humains.» La vie traditionnelle n’y est donc plus possible. Les gens essayent de survivre. Pour sortir de la misère, ils s’essayent à de nouvelles activités. Ceux qui ont des terres mais ont perdu leurs vaches se mettent à l’agriculture tout en élevant quelques chèvres et moutons. D’autres ont commencé l’élevage du poulet. Ceux qui n’ont plus de terre sont prêts à tous les travaux et plusieurs doivent se résigner à aller mendier dans les villes ou dans les paroisses. Quelques-uns enfin utilisent leurs armes à feu et vivent du banditisme. Il y aurait environ 100.000 armes à feu, illégales, au Karamoja. Les hommes armés (parfois aussi des femmes) sont un danger pour la population. Ils croient que le vol leur ouvrira toutes grandes les portes de la richesse et du bien-être. Quand ils ont besoin d’argent, ils tendent des embûches sur les routes et rançonnent les voyageurs.
Comment réagir? Avec l’agriculture, les paysans de l’ouest du Karamoja peuvent parfois gagner leur vie. Il y tombe environ 1.000 mm de pluie chaque année. On l’appelle pour cela la Wet Belt (la ceinture mouillée). Ailleurs, les paysans sont moins fortunés et les cultures ne leur permettent pas de vivre. Les femmes et les filles de la campagne qui entoure Moroto, par exemple, vont en ville et s’offrent pour faire la lessive des citadins, nettoyer les maisons des fonctionnaires, etc. D’autres vont ramasser du bois et viennent le vendre en ville. Certains viennent au marché pour vendre poulets, tomates, miel. Il y a des hommes qui cassent des pierres et les vendent aux maçons. D’autres travaillent dans des carrières de pierre à chaux pour l’usine de ciment de Tororo. On compte 5% d’alphabétisés qui peuvent trouver un travail dans l’administration, la police et l’armée. On voit des mendiants partout. Le nombre des enfants de rue à Moroto est en augmentation. Quelques enfants ont déjà migré vers d’autres villes de l’Ouganda. Il y a des adultes qui quêtent en écrivant à leurs députés. Ils demandent l’argent pour payer les frais d’hôpital, la scolarité, et même pour pouvoir s’acheter du tabac ou de la bière locale. Les parlementaires n’arrivent pas à s’expliquer quand ils reviennent devant leurs électeurs... Est-il possible de vivre au Karamoja? Chaque pays du monde a des possibilités pour nourrir un nombre limité d’habitants. Je crois que le Karamoja peut nourrir environ un million de Karimojong. A condition qu’ils passent à une autre manière de faire de l’élevage. Un million de têtes de bétail pourraient nourrir 500.000 personnes. Je dis cela parce que j’ai travaillé pendant huit ans au projet Happy Cows (‘Vaches heureuses’). Les éleveurs ont fait l’expérience qu’en s’occupant de la santé de leurs bêtes, il peuvent en tirer un bénéfice plus grand. Quant à l’agriculture, je crois qu’on devrait essayer les suggestions de deux agronomes d’expérience, John Wilson et Jim Rowland, qui on travaillé dans un projet subventionné par l’Union Européenne. Le Karamoja pourrait nourrir 500.000 habitants et plus. John et Jim parlent d’une meilleure adaptation aux zones climatiques difficiles en utilisant une plus grande variété de semences. Franz Pfaff M.Afr. africamission-mafr.org/karamogja.htm |
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Les Karimojong |