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Originaire de Isiro (RDC), missionnaire combonien, Olivier Bachulu poursuit ses études de théologie à Naples (Italie). Ici, il partage ses impressions et son expérience.

 

Je vais vous raconter mon expérience pastorale.

Comme chaque année, les scolastiques sont initiés à l’exercice de la pastorale et, comme en chaque bonne famille africaine, il y a toujours une personne qui est le maître de l’initiation. Nos frères majeurs dans l’initiation ce sont les formateurs, qui ont jugé bon de nous envoyer dans la paroisse Sainte Marie à La Santé. Nous sommes quatre: Laurent, italien; Palomar, mexicain; Claude, tchadien; et moi, Olivier, congolais de la RDC.

Que savons-nous du quartier La Santé? Il est un des quartiers populaires du centre de la ville de Naples, le quartier où est né l’acteur du cinéma, Totò ; il est aussi l’un des quartiers plus difficiles du point de vue de la sécurité, car là-bas, la camorra (la mafia) pèse de tout son poids. 

Lorsque nous sommes arrivés dans cette paroisse, nous avons d’abord rencontré le curé, l’abbé Antonio, et puis notre confrère, le p. Alex Zanotelli. Nous avons dressé un petit plan d’action et partagé les tâches: à moi le ‘ministère’ de visiter les malades et les personnes âgées du quartier, en leur apportant l’Eucharistie. C’est une belle expérience que de rencontrer ceux que personne ne va visiter, en leur montrant notre affection. En dialoguant avec eux, je suis en train d’apprendre beaucoup de choses.

Dans ce travail, parfois nous avons connu aussi l’humiliation et le refus. Par exemple, une fois nous avons sonné à la porte d’un appartement. Une voix nous a répondu : «Qui êtes vous?» «Nous sommes des séminaristes, nous venons avec la Communion pour le malade». Alors un individu est sorti et, tout en colère, il nous a dit: «Qu’est-ce que vous voulez semer ici?».

En connaissant l’état de la sécurité à Naples, nous avons eu peur!

Dans un autre palais, nous avons sonné et annoncé: «Nous sommes des missionnaires comboniens, nous sommes ici pour porter la Communion à madame». Et ils nous ont répondu «Allez faire votre mission ailleurs!».

Quoi faire? Nous nous sommes rappelés alors de la parole de notre Fondateur, Comboni: «Les œuvres de Dieu naissent et croissent au pieds de la croix»!

Nous ne limitons pas notre activité pastorale à ces visites.

Sur la place principale du quartier, il y a toujours un grand nombre d’enfants. Nous sommes entrés en contact avec eux, mais je me rappelle que la première fois, ils m’ont regardé d’un air un peu méchant, à cause de ma peau noire et ils m’ont adressé tous les pires mots.

 

C’était vraiment le refus et l’humiliation. Mais j’ai eu la force d’accueillir cela avec calme, même avec joie.

Après les moqueries et le mépris, la question que je me suis posée était : «Est-ce que je dois continuer ou laisser tomber?». Alors m’est venu en aide le mot d’encouragement de notre initiateur, le p. Alex: «Ne quitte pas, toujours de l’avant»!

Avec patience et persévérance, nous sommes parvenus à gagner l’amitié des enfants. Nous les avons invités à jouer au ballon. C’était beau de voir au premier match le p. Alex faire d’abord le gardien et après le défenseur. Ce n’était pas la coupe d’Afrique, mais la sympathie grandit rapidement. Et maintenant, la place est trop petite pour les accueillir tous. Nous nous sommes engagés aussi avec un tournoi de petit billard à la paroisse.

Ce qui m’a beaucoup frappé dans ce milieu, c’est le constat suivant: il y a un grand pessimisme. Un jour, un monsieur m’a appelé et il m’a demandé: «Qu’est-ce que tu fais avec ces enfants»?

Je lui ai répondu: «Je désire seulement rester près d’eux et leur montrer mon affection ». Et lui : «Tu perds ton temps. Ils ne changeront pas. Ils sont les chefs de la camorra (mafia) de demain».

J’ai répondu: «Enfin, nous faisons ce qu’il est possible faire. Le reste, nous le laissons entre les mains de Dieu». Ainsi, notre expérience continue!

Olivier Bachulu

Ne quitte pas!