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Mgr Laurent Monsengwo Pasinya est le nouveau pasteur de Kinshasa. Il était archevêque de Kisangani, dans l’est du Congo, depuis 1988. Docteur ès Sciences Bibliques, Rome, 1970, évêque en 1980, parallèlement à ses charges pastorales, il a occupé le poste de secrétaire général au sein de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) de 1976 à 1980, avant d’en devenir le président de 1984 à 1992. Président du Symposium des conférences d’Afrique et Madagascar (Sceam) de1997 à 2003. De nouveau président de la Cenco de juillet 2004 jusqu’à ce jour. Il assure aussi actuellement la co-présidence de Pax Christi international. Docteur honoris causa, Louvain, 1993.
«Homme de foi et d’action, n’a cessé d’œuvrer pour le consensus et la démocratie au Congo – résumait Béatrice Bouvet, rédactrice en chef de Géopolitique Africaine, lors d’un entretien, en 2001, avec Mgr Monsengwo. Du temps de la dictature mobutiste, il est l’un des rares à pouvoir élever la voix pour dénoncer les violations du droit de la personne. Il fut désigné pour présider les travaux de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) qui visait à partir de 1991, à instaurer un nouvel ordre politique, économique et social». C’est à partir de ce moment-là que Mgr. Monsengwo a intensifié son action pour faire passer le message soulignant la necessité d’une prise de conscience, de la réconciliation, du dialogue. du refus de la violence, C’est d’ailleur sa «vision d’Église, qui par sa mission, rassemble des personnes de toutes origines, tribus, races et conditions sociales. Il est donc normal qu’elle réponde à tout appel qui lui est adressé en ce sens.” La Croix, 10.12.2007.
Comment se fait-il? Dans ce monde plein d’intrigues que fut la Conférence Nationale Souveraine qu’il dirigea, il se fit l’apôtre de la vérité dite en face, refusant d’accréditer les accusations gratuites, même si, de temps à autre, son intégrité lui a coûté quelque grogne de la part des pourfendeurs des causes justes. Seul objectif qu’il poursuivait: secouer les consciences afin de ramener aussi bien les participants à la CNS que la population congolaise toute entière à répondre favorablement. 7 août 1991, «jour de l’installation officielle du bureau de la CNS (24.04.1992), Mgr. Monsengwo posa cette triple interrogation: Dieu nous interpelle en ces termes: Peuple zaïrois! Je vous ai donné un pays merveilleux. Je l’ai doté des richesses inouïes et enviées… Qu’avez-vous fait pour que ce pays merveilleux devienne ce qu’il est aujourd’hui?
La nation africaine nous interpelle à son tour: Comment as-tu fait pour que ta population se retrouve aujourd’hui plus pauvre que la plus pauvre d’Afrique? Et le monde nous interpelle à son tour en ces termes: Comment se fait-il que l’aide internationale n’ait profité en grande partie qu’à quelques groupes au lieu de la grande masse de la population?» (Isidore Ndaywel è Nziem, Histoire générale du Congo, p. 759…) Dans son discours de clôture de la CNS (6.12.1992), il rappelait: “Quelque beaux et fignolés que puissent être les textes d’une loi ou d’un contrat, si ceux qui sont appelés à l’appliquer ne sont pas de bonne foi ou sont incompétents, l’objectif poursuivi par cette loi ne sera jamais atteint. Les responsables de la mauvaise gestion de l’Etat? Ils n’arrivent pas encore à se convaincre qu’ils doivent demander pardon au peuple meurtri et… réparer. Nous n’avons rien vu venir” (I. Ndaywel… p. 773).
La priorité En effet, la gestion de l’Etat était si défectueuse que dans leur message du 6.09.1993, les évêques du pays prévoyaient: «Si nous n’y prenons pas garde, l’Etat zaïrois va mourir assassiné par ses dirigeants». Cinq mois plus tôt, le Comité Permanent s’était déjà exprimé en ces termes. «Dans l’impasse créée par la situation actuelle, nous insistons sur la nécessité du dialogue entre les hommes politiques. Même en pleine guerre, les hommes sentent le besoin de négocier. Mais ce dialogue doit avoir comme finalité le bien du peuple. Ce dialogue suppose écoute et respect de l’autre, rejet du mensonge, fidélité aux engagements et à la parole donnée». A la question qu’on lui posa il y a 15 ans environ «Pouvez nous dire quels sont les principaux freins à la démocratisation?», il répondit: «Les freins à la démocratisation du Zaïre me semblent être avant tout de culture politique due à 27 ans de dictature dans ce pays. On n’exagérerait nullement en disant que notre pays a réussi à former un tas de petits dictateurs qui, chacun dans le lieu où il se trouve, cultive l’intolérance, le refus du dialogue et entretient l’habitude de prendre ses propres idées pour l’Evangile.» (Godé Iwele, Mgr Monsengwo acteur et témoin de l’histoire). Inlassablement, en son nom propre ou en qualité de président de la Conférence Episcopale de la RDC, Mgr Monsengwo réitère le principe de l’importance du dialogue. “La priorité, c’est le dialogue intercongolais”; “Le dialogue intercongolais est le préalable à tout effort de paix”; “Le Congo a besoin de paix et de démocratie. L’une comme l’autre passent par le dialogue intercongolais”; “Un dialogue positif de concertation nationale entre les forces socio-politiques significatives du pays”. “Pour l’Angola, comme pour la RDC, le Rwanda, le Burundi, la solution est le dialogue autour d’une table en vue de la réconciliation nationale” (2001)
‘Nous appelions’ Une vision qui garde toute son actualité. A la veille des élections, le Comité permanent de la Conférence Espiscopale invitait tous les acteurs politiques à “un dialogue positif et consensuel, qui vise à calmer les esprits et à pacifier les coeurs, afin que nos élections se déroulent dans un climat général de paix et de concorde nationale, de pardon et de réconciliation. Il faudra éviter des discussions et débats interminables, qui briseraient la dynamique déjà imprimée au processus électoral et nous conduiraient de “transitions en transitions, de rébellions en rébellions, de conférences en dialogues” (24.06.2006). Guerre dans l’Est de la RDC. «Comme on le sait, cette catastrophe à l’Est est le résultat d’une situation politique complexe dans la région, avec des conséquences socio-économiques exigeant une solidarité accrue. C’est dans ce sens que la CENCO apprécie la convocation de la Conférence sur la paix et la sécurité au Kivu. Elle l’apprécie d’autant plus qu’à l’heure actuelle, la situation à l’Est risque d’être une situation mal maîtrisée, qui échappe à tout le monde. Mais la CENCO sait que le succès d’une telle Conférence dépend de l’esprit de dialogue dans la transparence et la vérité... Un problème politique se résout par un dialogue sincère et respectueux du droit national et international, notamment les droits des Etats, des groupes humains, des individus (22.12.2007). . “On ne peut vivre en vérité sous le regard de Dieu et imposer à tout un peuple douze années de guerre inutile, qui ont eu comme conséquence la mort de millions de personnes ainsi qu’une paupérisation structurelle de l’Etat et de la population. Un sérieux examen de conscience collectif s’impose de toute urgence, dans un souci de dialogue et de vérité, de justice et de paix, de respect de la vie humaine et de développement intégral de tous les peuples de la sous-région» (Homélie de Noël 2007)
Durant la messe solennelle de prise de possession, qui s’est déroulée samedi 2 février 2008 dans la cathédrale Notre-Dame du Congo, Mgr Monsengwo s’est aussi adressé aux combattants qui bouleversent encore l’est du pays: “Arrêtez la guerre, libérez enfin la paix. Engagez-vous toujours dans le processus de réconciliation dans la vérité»! Gaétan N. Yawo |
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