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Les violences qui ont secoué le Kenya sont souvent définies en rapport avec le différend électoral, ouvert à la fin de décembre 2007. En réalité, on ne devrait pas confondre la protestation politique avec les meurtres qui se produisent surtout dans la Rift Valley. Et on ne devrait pas oublier les centaines de personnes tuées et les 250.000 déplacés internes.
D’autre part, il est vrai qu’un rapport entre crise politique et violences existe. Pendant la campagne électorale, l’opposition politique a souvent dit que, une fois au pouvoir, elle aurait ouvert la porte à la politique du majimbo. Un terme swahili qu’on peut traduire comme régionalisation. L’Église catholique et plusieurs Eglises chrétiennes se sont tout de suite manifestées contre. Pourquoi? Au temps de la colonie, les Anglais avaient divisé le pays selon des lignes tribales, qui en réalité ne coïncidaient pas toujours avec les territoires contrôlés par les différentes ethnies. On était arrivé ainsi à une rigide division territoriale, qui ensuite fut adoptée par la naissante République du Kenya. On ne doit pas oublier que lorsque les Anglais prirent possession du Kenya, ils y virent une société africaine sédentarisée depuis des siècles, alors qu’il y avait des populations en mouvement et, dans quelques cas, des territoires communs qui étaient exploités d’une manière ou d’une autre par deux ou plusieurs groupes ethniques. Sans oublier que la population du Kenya d’il y a deux cents ans était très petite par rapport à l’actuelle. Les frontières d’hier seraient improposables aujourd’hui. Avec l’indépendance, l’administration centralisée anglaise a continué et s’est même accentuée pendant les années de la semi - dictature du président Daniel Toroitich Arap Moi. Les partisans du majimbo veulent rendre aux régions le droit d’administrer leur ressources. Le gouvernement n’a pas accepté cette thèse. Les Églises se sont rangées contre l’idée parce qu’elle peut cacher la graine terrible du tribalisme. Déjà dans le passé, l’ex-président Moi avait exploité cet argument pour renforcer sa position auprès les ethnies de la Rift Valley. Lorsqu’il voulait effrayer les résidents qui n’étaient pas originaires de la zone, il agitait la menace du majimbo. Le message était clair: qui n’est pas originaire d’un lieu n’a pas le droit d’y vivre et d’y avoir des propriétés. Ceci va contre la disposition constitutionnelle, qui voit le Kenya comme un pays unitaire et qui donne aux Kenyans le droit de vivre partout à l’intérieur des frontières de la nation. Des principes difficiles à faire passer; beaucoup de gens encore aujourd’hui considèrent comme lieu d’origine le territoire ancestral qui avait été fixé par l’administration coloniale. Après l’embrouillamini des élections présidentielles du 27/12/2007, en diverses zones de la Rift Valley, des individus des ethnies locales ont vu la possibilité de chasser les «étrangers» et de s’emparer de leurs terres et d’autres biens. Il est clair que l’ethnie la plus frappée est la kikuyu. Ils sont le groupe ethnique le plus grand, leur territoire ancestral est insuffisant pour les accueillir tous.
Il fallait s’y attendre C’est pour cela que beaucoup de Kikuyu ont acquis des terrains dans la Rift Valley et ils les ont transformés en fermes modèle. Mais il ne s’agit pas seulement de Kikuyu. Les Luya ont été pris de mire dans la zone d’Eldoret, les Kamba près de Nakuru, les Kisii à Kipkelion. Il fallait s’attendre que les Kikuyu ne resteraient les mains en main et en effet il y a eu des violences à Nakuru et à Naivasha, villes à majorité kikuyu. On ne doit pas oublier que les faits pires sont arrivés justement là où depuis des années on vit dans l’insécurité. Les accrochages de Londiani, Molo, Cherengani ont aujourd’hui un visage encore plus sombre car dans ces zones, des violences semblables ont eu lieu presque continuellement au cours des derniers cinq ans. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle tension, mais de l’explosion d’une violence qui a des racines anciennes.
Récemment, le groupe de défense des droits humains, Human Rights Watch, a publié un rapport dans lequel il affirme que les politiciens du Mouvement Démocratique Orange, le parti d’opposition, ont fomenté la haine ethnique dans beaucoup de zones, ont récolté des fonds pour l’achat d’armes et ont demandé aux résidents de chasser les membres d’autres ethnies de leurs terres. Des nouvelles investigations feront plus de lumière sur ces accusations. Il est clair cependant que le majimbo a été invoqué par l’opposition et que celle-ci a une dette de conscience sur les violences des derniers jours. À Nairobi, les manifestations politiques sont rentrées, pour donner espace à des diverses initiatives de médiation. Les bidonvilles qui, sur moins de 10% du territoire urbain accueillent la majorité de la population, sont tenues sous contrôle. Au cours de sa visite l’ex - secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a travaillé sérieusement afin que gouvernement et opposition s’assoient autour d’une table. Les Evêques ont encouragé Kofi Annan à continuer sur la route entreprise et ont invité le président Mwai Kibaki et le leader de l’opposition Raila Odinga à faire espace au dialogue. Le dialogue entre les parties en cause a toujours été la solution adoptée des Kenyans pour résoudre des questions entre deux adversaires. Toutefois, les violences et les accusations que les deux parties se sont lancées publiquement risquent de freiner le procès et d’enlever aux querelleurs la lucidité nécessaire. Pour une vraie solution politique, il est clair que les grands thèmes sur lesquels on devra travailler sont ceux que le précédent gouvernement de Kibaki n’a pas résolu: distribution équitable des terres et accès aux ressources du pays ouvert à tous, croissance du sens civique de la population et son droit à participer au débat politique. P. José Caramazza / O.R. |
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Les racines de la violence |