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Le chemin par excellence

Dans sa première lettre aux chrétiens de la ville de Corinthe, Saint Paul chante l’hymne à l’amour, la lumière de nos âmes. Cette lettre reste la plus actuelle de toutes, écrite par Paul.

 

Le Pape Benoît a annoncé une année spéciale (juin 2008 - juin 2009) dédiée à St Paul.

 

La situation à laquelle l’apôtre est affronté n’est pas très différente de celles que nous connaissons aujourd’hui et les indications qu’il offre n’ont rien perdu de leur valeur. Certains parlent des premiers chrétiens comme s’ils avaient été des modèles de toutes les vertus. Cette lettre nous montre que ces croyants avaient comme nous leurs faiblesses:

argent, attraction exercée par certaines doctrines, prostitution, esclavage etc. Corinthe est une cité cosmopolite, un centre où toutes les familles philosophiques sont représentées, où toutes les races et toutes les religions se côtoient. Riches, pauvres, voyageurs, philosophes, lettrés. Sa position géographique en fait le lieu de passage obligé des navires allant de Rome vers l’Asie. Le commerce rapporte et la ville offre des distractions aux marins avides de plaisir après de mois de navigation. Ils s’y précipitent pour «vivre à la corinthienne»!

Centre du culte est le sanctuaire dédié à Aphrodite, (déesse de «l’amour» chez les Grecs), autour duquel prospère aussi la prostitution sacrée.

 

L’apôtre veut remédier aux abus: faire régner la paix et l’unité dans la communauté, répondre aux nombreux problèmes que la vie pose aux chrétiens.

La communauté est formée par des chrétiens venant du paganisme. Des individus qui ont une origine modeste. Elle compte beaucoup d’esclaves et aussi quelques notables de la ville. La richesse scandaleuse d’une minorité s’oppose à la misère de beaucoup. Les contacts avec la culture païenne et la fascination d’une vie facile risquent de troubler ou d’attirer les chrétiens. Bien que la plante chrétienne soit saine et vigoureuse, il y des phénomènes alarmants: un chrétien «qui vit avec la femme de son père» (5, 1-13); des chrétiens qui se font des procès devant les tribunaux païens (6, 1-11); certains pensent que «tout est permis»; cas de débauche (6, 12-20) ou de chrétiens qui participent aux cultes aux idoles en mangeant la viande sacrifiée aux idoles (ch. 8); des désordres dans les célébrations eucharistiques (ch. 11). Et d’autres encore.

Le souci de Paul est de présenter la voie droite et de condamner les différentes formes de désordre sexuel, légitimité et valeur du mariage, éloge de la virginité (ch. 7). Le principe qui fonde ces discernements est le suivant: «Tout est permis, mais tout n’est pas bon pour moi. Tout est permis, mais tout ne fait pas du bien: que chacun pense, non pas à soi,  mais aux autres» (10,23-24). Le chrétien est libéré de toutes les contraintes extérieures, mais cette liberté doit être mise à profit pour rechercher en toutes circonstances ce qui convient le mieux à la vie nouvelle animée par l’Esprit ! La règle de conduite sera de rechercher le bien de tous et de respecter la conscience des autres.

Le but de Paul est toujours le même: maintenir le caractère propre du culte chrétien, qui ne doit pas se conformer aux mœurs religieuses environnantes, mais assurer l’unité de la communauté dans le Christ.. D’où les critères fondamentaux: l’utilité commune (14, 12-30), l’édification de la communauté (14,1-19) et par-dessous tout, l’amour (13, 1-13).

Dernier détail: la communauté de Corinthe avait accueilli un prédicateur chrétien de valeur, Apollos. «Il était originaire d’Alexandrie et très fort sur les Ecritures; c’était un vrai orateur» (Ac 18, 24-28). On le trouvait plus brillant que Paul et des partis se formèrent: celui d’Apollos d’une part, et celui de Paul de l’autre…

 

Paul s’oppose énergiquement à tous ces comportements désordonnés, car il y voit le danger d’une réduction de la foi chrétienne à une sagesse philosophique humaine. Il exhorte les chrétiens à faire confiance à la sagesse libératrice de Jésus ressuscité, manifestée par les dons de l’Esprit Saint (ch 12). L’Esprit unit la communauté comme un corps humain: la tête de ce corps est le Christ lui-même.

Comme tous les membres ensemble constituent un corps par l’entremise d’un principe de solidarité, tous les chrétiens constituent un corps du Christ par la pratique de l’amour.  «Je vais vous montrer le chemin par excellence» (12,31), dit Paul aux Corinthiens, éblouis par tout ce qui est extraordinaire ou merveilleux: rien n’égale l’amour véritable.

P. Mathiew Thekkeyil, SVD