Une aube nouvelle

L’élection de Barak Obama, président des Etats Unis, a suscité des réactions enthousiastes dans de nombreux pays d’Afrique. Notamment au Kenya.

 

Surtout au Kenya, où dans la nuit du 4 au 5 novembre 2008 presque personne n’a dormi. Dans l’air, la sensation de quelque chose d’extraordinaire. Au cours des dernières semaines, grâce aux télévisions, radios et journaux, la candidature de B. Obama avait dominé l’opinion publique bien plus que les problèmes internes du Kenya. La fièvre Obama avait commencé il y a trois ans quand il est venu au Kenya pour rendre visite à sa grand-mère et à d’autres membres de sa famille dans le village de Kogelo, dans la province de Kisumu, sur le lac Victoria.

Son magnétisme avait attiré la sympathie de beaucoup. Sans oublier sa femme Michelle et deux filles, qui possèdent une remarquable capacité  communicative. «Si tu as la réponse rapide, si tu te lances dans la danse, si tu n’as pas une attitude timide ou incertaine, les gens t’accueillent et tu deviens l’un d’eux». C’est adage africain s’est bien appliqué à la famille Obama. Le magnétisme d’Obama en Amérique et le reste du monde lui vient sans doute de ses très récentes origines africaines. Sa façon de saluer aussi: God bless you (que Dieu vous bénisse) est la plus populaire au Kenya. En lui, les Africains voient l’heure de la fermeture définitive de l’esclavage et du colonialisme, lorsque les Africains n’étaient que l’objet des intérêts de l’hémisphère nord, maintenant, enfin, ils sont en train de devenir sujets, acteurs. Ils commencent à avoir du  poids là où on décide et on construit le cours de l’histoire.

 

Climat messianique.

Le langage des médias est résolument biblique et messianique; langage qui exerce un grand charme et évoque espoir et élan. En commençant par le nom Barak – Benoît, conteneur et  véhicule de bénédiction pour tous. Au-delà l’expérience alliée aux talents naturels et scientifiques.

Dans la Bible, béni est le Messie, l’oint, celui qui est illuminé, dynamisé par l’Esprit Saint pour réaliser de grandes choses, au-delà des énergies et des dons naturels. Cela sans déifier personne ; mais l’humanité a parfois besoin de coups d’ailes, après des périodes de fatigue.

Une nouvelle aube, assurent les éditoriaux de nos journaux. Réponse à la prière, aux rêves, aux espoirs de tous, mais surtout des pauvres. Le rêve de Martin Luther King, assassiné il y a 40 ans, le 4 avril 1968. La prophétie de Robert Kennedy sur le corps de King: un Noir deviendra président des États-Unis dans les prochaines années. Et puis la grande tradition des Spirituals,  remplis de foi biblique pour une résistence non-violente aux injustices des Blancs: «Finalement libres - Finalement libres - Grâce à Dieu nous sommes finalement libres.»

 

Changement.

On n’est qu’aux débuts. Changement est un des mots magiques d’Obama. Comme mentionné, un pays marqué par plus d’un siècle de ségrégation, et avec des mouvements violemment racistes comme le Ku Klux Kan, maintenant choisit un président afro-américain. Et tout n’est pas encore résolu, les statistiques assurent  que trouver un emploi pour un Afro-Américain est beaucoup plus difficile que pour un blanc. Pourtant, Obama a été élu. Changement qui s’est déjà produit chez de nombreux Américains,  changement qu’il faudra programmer et planifier dans de nombreux domaines de la vie américaine et internationale. Changement dans les relations internationales avec l’Afrique et le monde arabe, dépassant toute arrogance. Changement dans le domaine de la haute finance ébranlée par la chute  d’empires financiers aux pieds d’argile. Changement pour une plus grande attention aux problèmes climatiques. Changement dans les relations entre foi et politique en  libérant la  religion de tout fondamentalisme, mais aussi de la prétention d’exiler  Dieu  dans la sacristie.

 

«We can» (Nous pouvons) a répété Barak Obama, galvanisant en particulier les jeunes et recréant aussi une confiance en la politique et dans les processus démocratiques qui s’étaient  affaiblis lors des précédentes élections.

Cette fois, le pourcentage était très élevé. Pour nous, en Afrique, c’était très beau de voir les files d’attente des électeurs aussi  aux Etats-Unis.

Une forte dose d’idéalisme et d’enthousiasme pour des valeurs dépassant l’intérêt économique et qu’on ne peut pas acheter. En Afrique, nous avons un  grand nombre de ces valeurs, mais parfois nous donnons l’impression que le seul moteur de l’histoire est l’argent, l’intérêt. Et nous devenons vulnérables à la corruption, nous remplaçons le sens du bien commun par des intérêts privés ou de clans.

François Pierli, Nairobi

 

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