Le témoin

Entretien avec le P. Roger Wawa, Supérieur Provincial des Missionnaires de St Paul.

 

- Saint Paul est toujours d’actualité pour notre Eglise. En quoi précisément?

La vie et l’œuvre de Paul de Tarse demeurent d’actualité d’autant que le Corpus paulinien nous livre des leçons susceptibles d’éclairer et d’orienter la vie de l’Eglise ainsi que son agir missionnaire partout et toujours.

Je commencerai par signaler l’essentiel, c’est-à-dire le Christ, tel que compris et vécu par Saint Paul. La christologie paulinienne centrée sur la croix (cf. 1Co 2,2) est pleine d’actualité. Dans une Afrique où de nombreux chrétiens, affaiblis par la misère, accourent vers les sectes à la recherche d’un bonheur “miraculeux” excluant, ipso facto, l’effort et le sacrifice nécessaires préalables au vrai bonheur, la spiritualité de la croix qui se dégage du Corpus paulinien mérite d’être valorisée et vulgarisée. La croix du Christ est pour Paul symbole du salut (cf. 1Co 1,17-18) et de la réconciliation (cf. Eph 2,16; Col 1,20), référence dans la souffrance (cf. Ga 6,17) et source d’énergie pour une existence combative face aux différentes épreuves de la vie (cf. Ga 6,12). S’appuyant sur la croix du Christ, Paul fera de sa vie un véritable combat dont il fait mention au terme de son existence terrestre : «J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé ma foi» (2Tm 4,7; cf. Ph 1,30). L’Afrique a besoin d’une vraie spiritualité de la croix qui verserait dans nos veines une bonne dose de combativité dans notre lutte contre la mort, les antivaleurs, la misère, l’égoïsme, la trahison, la violence, etc. Sur ce point, Paul peut nous servir de référence grâce à sa spiritualité de la croix pour une existence combative.

 

- Est - ce qu’il y a d’autres aspects importants à souligner?

Outre la christologie, Paul peut nous éclairer, à plusieurs égards, du point de vue pastoral. Je me limiterai à l’apostolat de l’écriture, l’une des particularités de la vision paulinienne de la pastorale. Paul aura marqué le christianisme par ses nombreuses épîtres qui occupent une bonne partie du Nouveau Testament. Il s’est battu pour que la Parole de Dieu, au lieu de subir le sort du verbe destiné s’envoler et à disparaître (verba volant), demeure immortelle sur un support donné. Avec Saint Paul, l’écriture consacre l’immortalité du Verbe. D’où de multiples épîtres pauliniennes destinées aux différentes Eglises. Ce faisant, il nous a ouvert le chemin de l’évangélisation à distance, sans contact physique, comme on peut le remarquer dans la lettre aux Romains, écrite avant que l’Apôtre n’ait rencontré personnellement les chrétiens de Rome (cf. Rm 1,10). L’écriture représente, aux yeux de Paul, un élément incontournable dans l’œuvre évangélisatrice.

 

- Et s’il devait annoncer l’évangile aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nul ne peut s’en douter: l’apostolat à la radio, à la télévision, à l’Internet, etc. présuppose toujours l’écriture, mieux encore, un texte à rédiger.

De nos jours, emboîtant le pas à Saint Paul, de milliers de prédicateurs, situés loin de leurs destinataires, se servent de l’écriture, de la voie des ondes ou de l’Internet pour évangéliser. Saint Paul, avec sa passion d’évangéliser à distance en se servant de l’écriture, devient ainsi le précurseur de l’apostolat des communications sociales dont l’importance n’est plus à démontrer.

 

- Qu’est ce qu’on  pourrait dire par rapport aux cultures?

La relation entre Saint Paul et les cultures constitue aussi une leçon importante pour les chrétiens de nos jours. D’une part, Saint Paul est convaincu que la nouveauté de l’Evangile, inédite et salutaire, doit pénétrer dans les cultures pour les transformer à l’instar du levain dans la pâte. Ainsi, à l’Aréopage d’Athènes, saisira-t-il l’occasion pour signifier aux athéniens la supériorité du Dieu de Jésus-Christ par rapport aux divinités grecques prisonnières des édifices faits de main d’homme (cf. Ac 17,24). D’autre part, l’Apôtre ne s’empêche pas d’assumer ce qu’il y a de positif dans les différentes cultures au point de dire : «Je me suis fait juif avec les juifs, sujet de la Loi avec les sujets de la Loi, faible avec les faibles...» (1Co 9,20-22). Sur ce point, Paul est une figure lumineuse pour l’Eglise famille de Dieu qui est en Afrique, dans sa mission relative à l’inculturation ou à l’interculturalité.

 

- Et par rapport à d’autres problèmes et valeurs?

Enfin, la vision paulinienne du travail est aussi un point important à souligner. Saint Paul aura été un intellectuel qui a su concilier le travail intellectuel et le travail manuel.

Comme tous les étudiants des écoles rabbiniques de son temps, Paul a appris, outre les enseignements approfondis sur la Torah, un métier qui lui permettrait de se prendre en charge, à savoir, le métier de fabricant de tentes (cf. Ac 18,3). Plus tard, devenu Apôtre, il conciliera l’apostolat et le même métier de fabricant de tentes pour n’être à la charge de personne (cf. 1Th 2,9).

 Il y a là une grande leçon à tirer pour une Eglise confrontée au défi de la prise en charge.

Mais au-delà de la sphère typique ecclésiale, l’attitude de Paul, l’intellectuel qui ne renonce pas au travail manuel, interpelle une société où la formation scolaire et universitaire s’organise souvent au grand dam des sections à vocation manuelle. Pour clore, face à l’injustice sociale, face à la pauvreté de la majorité sous le regard indifférent de la minorité extravagamment riche, Paul de Tarse nous parle d’une voix fraîche et d’un ton sévère, nous exhortant à intérioriser les vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité (cf. 1Co 13,13).

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