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Né en 1926, Lufuluabo, un muluba du Kasayi oriental, était originaire du village des Bena Kapuya, à Lukona (aujourd'hui Katabua). Il appartenait au sous-clan des Bena Mutombo.
Après son école primaire à la Mission Catholique de Kasansa, en 1939, il fit ses humanités au Petit Séminaire de Kabue dans le Kasayi occidental jusqu'en 1945. Et il étudia la philosophie et la théologie au Grand Séminaire interdiocésain Christ-roi de la même localité, jusqu'en 1953. Attiré par I'idéal franciscain il fut admis parmi les missionnaires franciscains de Kolwezi, au Katanga. En 1956, il entra au noviciat de Tielt, en Flandre occidentale. Premier congolais à être admis dans le Premier Ordre de Saint François d'Assise, Alexandre Lufuluabo, choisit un nouveau prénom, doublement significatif, à savoir François-Marie. II a eu, avant comme après son admission dans I'ordre, une ardente dévotion pour la Vierge Marie, à l'égard de laquelle il entretenait une forte et vraie confiance filiale. Quelques poèmes rédigés en langue luba en son honneur en témoignent, pour ne pas parler de sa dévotion quotidienne, de la récitation du rosaire.
Bien vite les gens s’aperçurent Il mit à profit les six ans de son séjour européen, de 1956 à 1962, pour approfondir ses connaissances aussi bien en théologie qu'en philosophie. Ainsi, au moment de regagner le Congo, en décembre 1962, il était muni du double titre de docteur en Philosophie et en Théologie. Professeur de philosophie au Grand Séminaire de Mbujimayi, à l’époque installé à Cilomba, il fonda, en 1963, une maison de formation franciscaine pour les jeunes gens désireux de se consacrer à Dieu dans I'Ordre franciscain. Le Pasteur de l'Église de Mbujimayi, son Excellence Mgr Nkongolo, aujourd'hui émérite, l'appuya dans ses démarches. P. Lufuluabo instaura la célébration des Heures canoniques en Ciluba, et s'appliqua à la composition des mélodies adaptées au génie de cette langue. En 1970 il fonda l'institut "Bupuekeie", qu'il dirigea lui même pendant quelques années. Bien vite les gens s'aperçurent que le Père Lufuluabo se distinguait par sa simplicité, son ascèse et sa pauvreté. Il faisait, par exemple, un usage aussi réduit que possible des moyens modernes de déplacement, et ce, souvent même pour des distances considérées comme longues. C'était pour partager le sort des gens ordinaires. Ses vêtements civils étaient ceux du commun des mortels, il avait pratiquement horreur d'endosser une chemise neuve ou un pantalon neuf, et avait une nette préférence pour l'usagé, qu'il tenait, bien sûr, propre, mais qu'il utilisait jusqu'à usure totale. Ceux qui s'arrangeaient pour lui soutirer quelque pantalon ou quelque chemise trop usés finissaient par se sentir obligés de les lui remettre. Une des rares fois, pour lui, à avoir fait usage du lit, et bien malgré lui, c'est pendant la maladie, pratiquement l'unique de sa vie, qui le conduira à la rencontre avec le Maître de la Vie, son Dieu qu'il a tant adoré, aimé, et cherché, chaque jour, avec une ardeur qui ne connaissait pas de répit. Il est impossible de reprendre ici quelques-unes des prières originales, à la manière d'un Augustin d'Hippone, ou d'un François d'Assise, auxquelles François Lufuluabo se livrait dans son intimité avec le Seigneur, et qui sont révélatrices de l'intensité, combien grande, de sa passion pour Dieu.
À la recherche de l’Absolu Marie Lufuluabo, était l'Absolu. Il n'était pas du tout difficile de se rendre rapidement compte qu'il avait un sens très aigu du devoir de sainteté, qui se manifestait entre autres par sa remarquable assiduité à fréquenter le sacrement de la réconciliation. On peut affirmer, dans le même ordre d'idées qu'un des soucis majeurs de François-Marie était de se conduire, dans les événements, selon la volonté de Dieu, afin de permettre à Dieu de demeurer son Dieu à travers tout. Il ne faisait pas d'économie des moyens pour cette recherche de la volonté divine.
Sa famille d'origine n'avait plus de valeur que dans la mesure où Dieu y occupait la première place. Chaque membre de la famille savait que ce qui, désormais, importait pour le Frère François-Marie, ce n'étaient plus les liens de parenté, mais de se découvrir l'un l'autre à écouter la parole de Dieu, à prier Dieu et à accomplir sa volonté. Comme dans l'Évangile. Ses relations et fréquentations n'avaient que cela comme horizon.
Franciscain et africain "Plus j'approfondis la mentalité, la conception et l'idéal des peuples d'Afrique noire, plus je me sens devenir franciscain et chrétien. Franciscain parce que Saint François me paraît de plus en plus, par son amour de la nature, sa conception concrète et dynamique des Choses, sa pauvreté et son tempérament poético mystique, avoir été plus africain qu'européen", écrivait-il. En nous quittant ce 8 janvier 1998, terrassé par un cancer qui venait à peine d'être découvert, p. Lufuluabo, non seulement semble partir précocement eu égard à l'oeuvre intellectuelle et scientifico-culturelle en voie de réalisation, mais il laisse également orphelins, quasi au berceau, les Frères Franci-Trinitaires, Institut de vie consacrée aux idéaux de pénitence et de contemplation.
Joseph A. MBUYI Lumembu, ofm
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Pour partager le sort des gens ordinaires |
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N° 1: Avril 1998 |