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En République Centrafricaine, 43% de la population ont moins de 15 ans (45% pour la seule ville de Bangui). L'effectif des enfants en situation difficile en général et celai des enfants de la rue en particulier s'accroissent très rapidement. De nos jours, les estimations donnent le chiffre de 55.000 enfants vivant dans des conditions vulnérables et que 2.000 et 3.000 d'entre eux sont ceux qu’on trouve dans les rues de la capitale. Le 1er, 3è, 4è et 5è arrondissements sont les zones les plus touchées. L'une des caractéristiques fondamentales de ces enfants est leur mobilité spatiale.

 

Les enfants de la rue à Bangui sont âgés de 4 à 15 ans. Ils trouvent refuge dans la rue qui s'offre à eux comme ultime recours. Pour subvenir à leurs besoins quotidiens, ils entrent dans la marginalité et la délinquance. Ils s'adonnent à des activités telles que le gardiennage des voitures, la vente de denrées alimentaires, le cirage de chaussures, mendicité, prostitution. Les enfants de la rue passent la nuit à la belle étoile, dans les marchés, dans les bâtisses abandonnées du centre ville, du km5. Ils évoluent ainsi vers la délinquance. Il en résulte qu'ils volent, se prostituent, se droguent.

Les problèmes des enfants de la rue .trouvent leur origine dans la conjugaison de plusieurs phénomènes:

• La détérioration de la situation sociale. Le budget social en RCA est passé de 7,1 milliards de F CFA en 1986 à 4,2 milliards en 1996. En conséquence, on note la difficulté ou l’absence d'accès aux services sociaux. 48% d'enfants ont accès à l’école et 54% sont victimes de déperdition scolaire. Plus de 120 écoles ont fermé. Des milliers d'enfants se retrouvent dans la rue.

• La succession des crises politiques et socio-économiques, les nombreuses mutineries ont pour principale conséquence le bas niveau de revenu des différentes couches sociales vulnérables. Les ménages comptent en moyenne entre 5 et 15 personnes. En outre, les hommes multiplient les partenaires faisant ainsi plusieurs enfants hors mariage et abandonnent très souvent leur foyer conjugal. Les enfants issus de ces foyers instables (de plus en plus nombreux) manquent d'éducation de base et sont précocement déscolarisés, mal nourris et éjectés dans la rue.

• La désintégration des sociétés rurales centrafricaines détruit le tissu social. Le milieu traditionnel devient un pôle répulsif Les enfants perdent leurs attaches sociales et deviennent les premiers exclus du partage des biens de la communauté.

Tout cela fait que trop tôt, un grand nombre d'enfants sont exposés aux problèmes de survie et d'intégration sociale. Pourtant à Bangui de nombreuses institutions (18 environ) mènent des actions en faveur des enfants de la rue.

 

À signaler en particulier le centre "Sara mbi ga zo" (Fais que je .sois homme), géré par les frères

de st. Gabriel à Bangui. Toutefois jusqu'à ce jour, les dispositifs d'insertion et réinsertion sociales sont presque inopérants en raison du manque de moyens financiers et surtout de coordination.

L'effort de prévention doit porter d'abord sur l’efficacité de la politique économique définie et adoptée

par le gouvernement centrafricain et ensuite sur les mesures en vue de placer les enfants de la rue

 dans une sphère de sécurité juridique, économique et sociale.

 

François Banyombo

Prof. De sociologie, Université de Bangui.

 

Fais que je sois homme

N° 1:  Avril 1998