

|
L’archidiocèse de Kisangani vient de célébrer le premier centenaire de l’arrivée des tout premiers missionnaires et de l’éVangélisation de l’immense région des Falls (ensuite dénommée – des Stanley – Falls, Province orientale, Haut-Congo) 250.000 km, confiée aux missionnaires dehoniens ou Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus, le 25 mars 1897.
Les deux premiers missionnaires, le PP Gabriel Grison et Gabriel Lux, arrivés en escale à Boma, ne furent pas encouragés par les mots d’accueil du Gouverneur : « À vrai dire il est possible que vous ne puissiez aller jusqu’aux Falls… « Il leur assura même un billet gratuit de retour en Europe. Les deux pionniers n’acceptèrent guère.
Malgré tout C’était la nuit de Noël 1897 que P. Grison célébrait la première messe dans la petite église qu’il venait de bâtir. Aux ouvriers qui l’avaient aidé dans la construction, il dit : « Mes amis, nous ferons une belle fête de nuit. C’est la grande nuit du Bon Dieu ». Évidemment, ils ne me comprenaient pas, mais ils répondirent : Père, nous ferons la fête avec toi, c’est nous qui avons bâti ta maison, tu nous donneras un beau cadeau ». Aux Falls, la première annonce de la Bonne nouvelle se fit dans un grand orphelinat de la première mission à St Gabriel, 6 km en aval de Kisangani, et dans les villages environnants. Le climat meurtrier, la forêt dense, impénétrable et incontournable, sauf par la voie du grand Fleuve, les troubles de la campagne anti-arabes et arabisés esclavagistes et de la révolte implacable des Batetela, constitution des risques et périls très graves…
Au commencement se fit dans une grande discrétion et plutôt par une sorte de pré- évangélisation : témoignage de présence et de vie, soin des malades, des lépreux, règlement de palabres de famille ou de clan, apprendre à lire, écrire et calculer, à cultiver le champ et à faire de l’élevage. Ces premiers contacts dépassèrent la méfiance initiale. D’autres missionnaires d’autres congrégations vinrent donner main forte aux dehoniens : Franciscaines Missionnaires de Marie en 1900, Frères Maristes (en 1911), les Sœurs de l’Enfant Jésus de Nivelles (en 1930) qui furent chargées par Mgr Grison de préparer la fondation d’une congrégation religieuse féminine congolaise (Jamaa Takatifu ou Sainte Famille). Plusieurs centaines d’hommes, des femmes, religieux et religieuses de tous ordres et de tous pays, et depuis 1937 de congolais et de congolaises ont consacrés leur vie au service de la région.
« Je crois que oui » Après un si bel essor, il y a toujours de ceux qui se posent la question si les conversions ont été authentiques, si la première évangélisation a été profonde et solide… Mgr Grison aimait répéter à ses missionnaires : « Il faut des siècles pour transformer les peuples ». Et l’un des premiers missionnaires à Basoko (en 1902) écrivait et déclarait : Nous n’avons jamais prétendu changer ces gens du jour au lendemain. Nous qui avons les mains dans la pâte, nous savons mieux que les autres que c’est un travail de longues années, de siècles même. Et si en Europe, le christianisme avec la civilisation est entré depuis de longs siècles, il ne faut pas s’étonner non plus si le baptême n’opère pas une transformation subite chez les noirs ». En plus, un jour Mgr Grison se posait la question : en cas de persécution, nos chrétiens sauront-ils témoigner de leur foi jusqu’au martyre ? Il a répondu : « Malgré leurs faiblesses et nos lacunes, je crois que oui ! ». Pour ce qui est de la conversion et donc de l’éVangélisation plus ou moins profondes et solides, il suffirait d’apporter le témoignage de la Bienheureuse Anuarite.
Pendant ces décennies dernières les critiques négatives générales et généralisées contre les missions et les méthodes de l’évangélisation du passé ont été dures, destructives et même « autolésionistes ». « À l’époque coloniale – a écrit Mgr. Monsengwo – les missionnaires ont eu à ‘collaborer’ avec les autorités civiles, mais ils n’ont pas craint les tensions avec certaines personnages hostiles à l’Église ou peu respectueux des droits des Congolais. Ils ont dénoncé les abus du portage, les déplacements de population, les corvées trop lourdes et non rémunérées, les conditions de travail inhumaines dans des sociétés agricoles, forestières ou minières ».*
Point de référence Ces cent ans de la première évangélisation ont connu des périodes de dures épreuves et même de persécution. Les troubles tragiques, immédiatement avant et après l’indépendance’, l’ainsi dite Rébellion des simbas, avec quelques milliers de massacrés dont 28 Prêtres du Sacré-Cœur et 22 religieuses de 7 congrégations, les tensions graves entre Mobutu et l’Église catholique à cause du Recours à l’authenticité et de l’étatisation des écoles catholiques et, après quelques années de débattement totale, leur remise à l’Église par une Convention imposée et jamais honoré par l’État mobutiste, et, enfin dernièrement (1990-1997), la détresse scandaleuse d’un Pays abandonné à lui-même et à la dérive totale ont été des défis cruciaux pour cette jeune Église. Mais elle a bien montré sa fidélité au Christ et à l’homme. Elle a été toujours l’unique point de référence pour tout congolais pour espérer et pour survivre.
En 1997, pendant les mois de troubles politiques et militaires, entre les Mobutistes et les Kabilistes, la jeune Église de Kisangani a été l’unique organisation autochtone qui a fait quelque chose (beaucoup !) pour les dizaines de milliers de réfugiés ou déplacés. Récemment l’Archidiocèse de Kisangani a célébré son troisième synode avec 235 membres participants : ils ont accompli un travail lucide d’analyse sur les cent ans écoulés et de perspectives opérationnelles pour l’avenir. L’Église qui a été implantée à Kisangani et au Haut-Congo, malgré « ses faiblesses et ses lacunes », a montré toute sa vitalité. Elle est encore jeune, mais elle est majeure, responsable et dynamique.
|
|
Kisangani 100 ans |
|
N° 1: Avril 1998 |