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Né à Kolwezi (Katanga) d’une famille originaire du Kasaï, membre de la congrégation CICM (Scheutistes), prêtre en 1992, missionnaire au Japon, P. Daniel Kuenji est sur

le point de repartir pour le pays du Soleil levant.

 

•  Le Japon: quelle a été ta première impression ?

Quand on arrive là-bas pour la première fois on se sent vraiment dépaysé. C'est tout un autre monde.

La population est très dense - 120 millions d'habitants dans un territoire qui pourrait entrer six fois dans le Congo. Beaucoup de gens partout. On croirait qu’ils ont tous le même visage.

 

 •  C'est comme atterrir sur une autre planète?

Oui, on pourrait dire Sa. Ils sont très polis, mais réservés. On le comprend, les africains y sont très rares; on peut voyager toute une journée sans trouver un africain. Mais une fois qu’on commence à parler,

les choses changent, comme partout d’ailleurs. On voit immédiatement que le temps est précieux.

Les gens courent. C'est assez impressionnant: le matin vous ne voyez personne marcher lentement. Tout est rapide. Et si on n'est pas rapide, on se sentira emporté.

 

• Y a-t-il des règIes pour se faire accepter?

 C'est important pour eux, par exemple, de savoir ton âge. À partir de cela ils sont en condition pour te classer dans leur milieu. Le langage aussi change. Dans un monde très organisé, pour vivre il est indispensable d'appartenir à un groupe. En effet, on peut dire que l’individu  vit pour le groupe.

Autre chose qui frappe c'est la propreté. Tout est propre, partout. On se respecte. Pour entrer dans un bus les gens se mettent tout naturellement en rang. Celui qui arrive le dernier, entre le dernier, automatiquement.

 

• Et la langue?

Un grand casse-tête! Dès le début, on vous dit: "Il te faut deux ans pour l'apprendre suffisamment".

Je crois que pour nous les africains, elle ne pose pas trop de problèmes, car il y a moins d'exceptions que dans d'autres langues. L'écriture, au contraire, est très compliquée: ils emploient des caractères dont le sens change selon la combinaison. Cela demande du temps. Pour lire couramment un journal il faut au moins quatre ans. Pour lire un texte à l’Église, on peut y arriver avant, il suffit de connaître un millier de caractères.

 

 • Point de vue de la "religion "?

Presque partout il y a des lieux religieux. Cela frappe. Des temples shintoïstes et bouddhistes.

En voyant ce monde on sent qu’on est de trop. Au début eux-mêmes te posent la question :

"Qu’est-ce que tu es venu faire ici? Quand est-ce que tu rentres chez toi? Même le nom de "gaijin", étranger, semble souligner qu’on et provisoire chez eux. Eh bien, je crois qu’au niveau de la foi notre présence peut dire quelque chose sur Jésus Christ et son message et montrer qu’ il y a d'autres expériences religieuses. Même au niveau culturel, cela pourrait contribuer à modifier l'idée qu'on est au centre du monde.

 

 •  C'est une société heureuse?

Ils ont tout ce qu’il faut: économie, technique, organisation, leur univers religieux. Cependant, ce sont eux qui le soulignent, le danger de la solitude est grand. Quand une personne n'arrive plus à suivre le rythme, elle tombe, se sent marginalisée. On enregistre des cas de suicide même parmi les plus jeunes.

Parfois on dénonce des cas de discrimination. Pour des travaux sales, durs et dangereux ils font appel aux gens de l’extérieur. Nous apprenons beaucoup d'eux, aussi, surtout quand on voit les efforts qu’ils doivent faire au jour le jour pour rester fidèles à la vie chrétienne dans leur contexte social.

Il faut renouveler continuellement la volonté de rester chrétien, puisque l’environnement ne facilite pas les choses. La religion apparaît comme une affaire personnelle, délicate. Puisque nous sommes habitués à une Église de masse, cela nous apprend à être communauté minoritaire.

 

•  Quel est votre travail?

Nous sommes trois prêtres dans une paroisse. Les contacts avec les gens, la recherche d'entrer en dialogue avec ceux qui appartiennent à une autre religion, le partage de la parole de Dieu avec de petits groupes, tout cela de mande du temps et de l'imagination. Il y a des gens qui font 10 ans de catéchèse avant de se décider.

 

•  La vertu plus nécessaire?

La patience, peut-être. Tu es obligé de faire le premier pas, d'amorcer les démarches. C'est, au fond,

la tâche de tout missionnaire. Mais la plupart des gens ont une image positive de la religion catholique.

Les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse sont nombreuses par rapport au pourcentage des catholiques.

 

N. C.

On apprend beaucoup

N° 1:  Avril 1998