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Qu’est-ce que tu penses de l’an 2.000 ? C’est ce qu’on a demandé à un millier de jeunes [garçons et filles] de la capitale kenyane. Un rendez-vous qui excite l’imagination.
Les politiciens jurent que leur gouvernement permettra à la nation de faire une entrée triomphale dans le siècle prochain. Pendant la récente campagne électorale, un candidat a assuré aux nomades du nord qu’en l’an 2000 «leurs déserts fleurirons». Les vendeurs de voitures promettent que leurs modèles « défieront l’an 2000 ». Le ministre de la santé, quant à lui, prévoit qu’au début du troisième millénaire tous les hôpitaux du pays seront occupés par un million de malades du sida. Alors que pour la même date des sectes annonce le retour du Christ, un coiffeur a lancé « la coiffure 2000 ». Les jeunes qui ont répondu aux onze questions se retrouvent tous les trois mois à Nairobi pour une journée de prière et formation. De leurs réponses, on peut déduire qu’ils sont à la fenêtre et qu’ils regardent d’une façon positive le nouveau siècle (47,4%). Alors que des dizaines de pays africains dans les dernières trente années ont fait l’expérience de la guerre, le Kenya a été un havre de paix. Un fait très apprécié, que 40,7% des jeunes espèrent ne sera pas compromis dans l’avenir. On craint, toutefois, que les injustices et les inégalités ne puissent augmenter (32%) ; chômage, instabilité politique, Sida sont considérés comme les menaces les plus sérieuses (38,5%).
«Qu’ils cherchent à comprendre» Invités à donner leur avis aux parents les jeunes ne se sont pas dérobés. Ils ont un sens aigu du fossé des générations et ils manifestent un grand désir de communication et de confrontation avec le monde adulte. Plusieurs expriment le souhait : « À nos parents, nous demandons qu’ils cherchent à comprendre que les beaux vieux temps ne sont qu’un souvenir et que les rapports avec les teen-agers doivent changer… Cette époque est différente et ils doivent donner plus de liberté à leurs enfants… Puisque le monde est en train de changer rapidement, le rappel aux traditions est inutile… «À mes parents, je voudrais dire – écrit un adolescent: « Ne prenez pas à la légère la différence entre ma génération et la vôtre ». Un autre: « Je vous remercie pour tout ce que vous faites pour moi. Mais ne critiquez pas ce que les jeunes font. Critiquez le temps dans lequel nous sommes nés ». Certains exhortent leurs parents à « se préoccuper de la formation de leurs enfants, y compris leur formation religieuse: « Qu’ils nous aident quand nous nous égarons… Qu’ils vivent selon les commandements de Dieu qu’ils croient en Dieu ». Un jeune de 19 ans remarque: « Les jeunes sont en train de se perdre, fourvoyés par la culture, les problèmes, l’indécision. Ils vous appartiennent, ne confiez pas à d’autres la tâche de les éduquer ». D’autres conseils: « Qu’ils travaillent et programment l’avenir… Qu’ils s’aiment et s’entraident… Qu’ils soient optimistes … qu’ils mettent de côté quelque chose pour les émergences de la famine… Qu’ils soient au courant de la planification des naissance…». Les campagnes d’information sur le Sida, fléau qui moissonne ses victimes surtout parmi les jeunes, ne sont pas inutiles. D’où l’exhortation d’une quinzaine de jeunes aux parents: « Faites attention, évitez le Sida … soyez fidèles l’un à l’autre ». 90% se déclarent croyants. Dans certaines réponses se retrouvent les annonces chères aux prédicateurs pentecôtistes, que la fin du monde est proche. «Avec l’an 2000 il y aura des changements sans précédents… Que les parents soient prêts à l’arrivée du Seigneur … Qu’ils évitent la politique, puisqu’il semble que beaucoup de monde perdra sa vie à cause de la politique ».
Monsieur l’Évêque « Si tu avais l’opportunité de parler à ton évêque, quel conseil lui donnerais-tu? » « Je lui dirais qu’ils prêchent l’évangile et dise aux prêtres de faire de même … qu’il annonce la parole de Dieu, pour nous sauver de sa colère… qu’il prêche afin que les gens s’aiment et comprennent la religion et la culture… Qu’il enseigne la vérité et ce que la Bible dit, sans y ajouter des choses qui pourraient l’arranger ou faire plaisir à quelqu’un…
Qu’il prêche aux adultes qui proposent aux jeunes les contraceptifs et l’avortement… qu’il parle aux ministres qui sont au gouvernement pour qu’ils n’augmentent pas la pauvreté et la frustration des gens… qu’il enseigne la vraie doctrine même pour ce qui concerne la politique… qu’il dise aux responsables religieux de pratiquer ce qu’ils prêchent… qu’il donne l’exemple de ce qu’il faut faire… qu’il n’utilise pas l’Église pour proposer ses vues politiques». Deuxième séries de conseils. « Monsieur l’Évêque, vous êtes chargé de guider les gens vers Dieu… priez pour ce pays où chacun ne semble penser qu’à soi-même… priez afin que Dieu nous donne plus de tolérance… priez pour le prochain millénaire : on-dit que Jésus sera bientôt de retour, puis que le monde va vers sa fin ». Dans une société où les adultes semblent occuper ou dévorer toutes les opportunités (corruption, exploitation des plus faibles, injustices) plusieurs jeunes rappellent les mots dits par Yomo Kenyata aux évêques en 1976: « L’Église est la conscience de la société ».« La tâche de l’évêque, c’est de combattre pour la justice. Qu’il collabore davantage avec le gouvernement pour le bien du pays et le family planning».
On voit l’évêque aussi comme celui qui peut réunir les gens pour une action commune: « Qu’il soit l’ami des gens et qu’il trouve le temps de visiter aussi les zones rurales… Qu’il ne se décourage jamais… Qu’il n’oublie pas qu’il a été jeune lui aussi ! Qu’il change les prêtres chaque mois, pour éviter la monotonie dans les paroisses» ! Paolino Twesigye |
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Ils sont à la fenêtre |
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N° 1: Avril 1998 |