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Tu es fou!

C’est sans doute le plus suggestif des 'spirituals' américains: My God, what a morning!

Mon Dieu, quel matin!

 

Une toute pente phrase, répétées dizaines de fois, exprimant l'étonnement, la joie, la gratitude pour la nouvelle de la Résurrection du Christ, le matin de Pâques. Aucune histoire n'a bouleversé l'histoire humaine Gomme cette annonce faite à des femmes en deuil et à des hommes déçus et apeurés.

Les Africains réduits en esclavage de l’autre côté de l'Atlantique avaient compris que c'est précisément un tombeau vide le centre d'un message inouï. Traditions, sagesse, spiritualité, théologie, valeurs morales font partie du patrimoine de chaque peuple. Mais Pâques, c'est un homme qui ressuscite: rien de plus rare et de plus incroyable. Rien de plus dangereux. Romains, juifs, grecs, l'intelligentsia et le pouvoir politique de ce temps-là se mobiliseront pour neutraliser 1'effet déstabilisateur de la nouvelle. Les philosophes d'Athènes prennent Paul qui annonce Jésus et la résurrection, pour un charlatan: "Que veut donc dire cet oiseau bavard?" (Ac 17,18). "Au mot de 'résurrection des morts', les uns se moquaient, d'autres déclarèrent: "Nous t'entendrons là-dessus une autre fois" (Ac 17,32). Festus, procurateur de Judée, magistrat intègre, successeur de Pilate et politicien rusé, à Paul qui insiste sur le mort ressuscité, dit: "Tu es fou, Paul! Avec tout ton savoir,

tu tournes à la folie!" (Ac 26,24).

 

Aujourd'hui aussi, d'instinct, notre monde entrevoit qu'il y a quelque chose de redoutable dans cette affaire. Puisque si le Christ est vraiment ressuscité, la vie ne peut plus avoir le même sens qu'avant. Les responsables du temple de Jérusalem l'avaient d'ailleurs compris très bien et firent de leur mieux pour jeter aux oubliettes l'affaire. "Après avoir tenu conseil, ils donnèrent aux soldats - premiers témoins du tombeau vide - une bonne somme d'argent, avec cette consigne: "Vous direz ceci:

'Ses disciples sont venus de nuit et font dérobé pendant que nous dormions'. Ils prirent l'argent et se conformèrent à la leçon qu'on leur avait apprise". (Mt 28, 12-15).

Est-ce que par hasard, nous ne serions pas gênés par ce mystère? La tradition africaine inculque et célèbre la vie. Est-ce vrai? Sommes-nous sincèrement concernés par la vie? D'après notre foi, Pâques est l'accomplissement d'une promesse: "Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" (Jn 10,10). Mais la résignation devant les millions de morts que le continent a connus et connaît, ne pourrait-elle être un signe de notre indifférence vis-à-vis du prodige qui, il y a 2000 ans, secoua le monde? "Nous semblons mettre en avant la mort au lieu de lutter pour la vie. La vie, nous l'avons réduite à néant; on dirait qu'il y en a qui ont pris goût à l’effusion du sang". (Alexis Habayambere, Evêque de Nyundo, Rwanda sept. 1997). Rappelant l'histoire récente du Congo, le quotidien kinois LE PHARE a écrit que les soldats de l’ancienne armée "avaient la gâchette facile. Souvent pour des futilités, ils mettaient fin à une vie" (31.12.1997). N'importe quel outil machettes, houes, haches, lances, bâtons, pierres, kalachnikovs -s'est révélé utile pour détruire la vie au Mozambique, au Soudan, au Rwanda, au Liberia, en Sierra Leone, en Angola, en Algérie, chez nous... au service d'une "folie destructrice", selon l'expression de Mgr E. Kombo, évêque de Owando (Congo-Brazzaville). Évangéliser c'est d'abord annoncer la résurrection, c'est-à-dire la victoire sur la mort; mort dont le cours des siècles et la vie quotidienne nous montrent la force et la menace.

 

Mon Dieu, quel matin!

N° 1:  Avril 1998