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Le potentiel agricole de la RD Congo est indéniable, énorme, et fortement diversifié. 

C’est un «scandale» agricole, dit-on. Selon certaines agences scientifiques et techniques de l’Organisation des Nations Unies (Fao, Unitar, Unfpa …), le pays pourrait produire de la nourriture pour alimenter des centaines de millions d’individus.

Avec ses 80 millions d’hectares de terres arables, ses vastes étendues de végétation, ses intarissables cours d’eau,  le pays dispose de tous les atouts pour devenir une puissance économique.

 

En réalité, cette vision de la RD Congo ‘nourricière’ de l’humanité reste encore une illusion, une utopie. Car, le spectre de la faim s’incruste chaque jour au point même de devenir structurel. De nos jours, le pays est dans l’incapacité de nourrir même sa propre population estimée autour de 58 millions d’habitants. La proportion des sous-nourris y a augmenté d’une façon spectaculaire cette dernière décennie dans un rythme voisin de 29%, rapporte la FAO.

La contribution de ce secteur à l’économie nationale ne cesse de s’amincir,  passant de 40 à 45% dans les années 60 à moins de 16% du Produit Intérieur Brut (PIB) à nos jours. Les zones rurales, pourtant pourvoyeuses de la quasi-totalité des céréales (maïs, riz) et des tubercules (manioc), sont paradoxalement les plus touchées par cette situation d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Le drame, c’est bien le passage brutal du statut d’un pays largement exportateur à un pays importateur de produits agricoles, dont principalement le maïs, le riz, le blé, le sucre, le poisson et la viande. Bientôt, si l’on n’y prend pas garde, ce sera le tour du manioc, produit  très riche en énergie et stratégique pour la nation, consommé sous diverses formes par l’ensemble de la population.

A titre illustratif, ces quinze dernières années, les principaux produits d’exportation ont régressé de 64%: le café de 78.000 à 40.000 tonnes; le cacao de 5.000 à 3.000 tonnes; l’huile de palme de 34.000 à 2.000 tonnes; les tourteaux de palmiste de 39.000 à 2.500 tonnes. Pourtant, le pays exportait régulièrement une production de 185.000 tonnes d’huile de palme dans les années 60 et tant d’autres produits agricoles. Cette baisse n’est pas seulement d’ordre quantitatif, mais  est aussi tributaire des cours de change du fait de la dépendance totale de tous ces produits vers le marché extérieur fixant unilatéralement les prix d’achat. Corrélativement, entre 1961 et 1980, le montant consacré aux importations des produits alimentaires a été sextuplé: de 27,4 à 165,5 millions de dollars. Et la chute aux enfers perdure toujours. Tenant compte des contraintes des finances publiques et du très faible pouvoir d’achat d’environ 80% de la population, un montant proche de 250 millions de dollars est consacré aux importations. L’effondrement du secteur agricole fait partie du marasme économique auquel doivent faire face nos populations. La tentative de la mécanisation de l’agriculture  des années 70 par l’importation de plus de 4.000 tracteurs, n’a pas abouti aux résultats escomptés:  les travaux étaient chaque fois interrompus  par manque des pièces de rechange et même de carburant. Les résultats après 5 ans d’utilisation de ces engins, se sont avérés catastrophiques: les gens sont rentrés à la houe et certains moteurs des tracteurs ont été utilisés dans les baleinières (bateau) qui sillonnent nos cours d’eau.

Le bilan rétrospectif de ces trois dernières décennies montre à suffisance qu’un nombre important des projets et programmes ont été identifiés, formulés et exécutés.

Hélas! toutes ces actions pourtant appréciables ayant donné de bons résultats ailleurs, n’ont pas atteint  leurs objectifs. Car, il n’y a eu ni croissance de la production, ni amélioration des revenus et des conditions de vie de la population: de 80 millions d’hectares de terres arables, 10% seulement sont exploités: 3% avec les cultures et  7% avec le pâturage. Pour ce qui concerne le potentiel d’irrigation (4 millions d’hectares), seulement 13.500 hectares ont été ‘arrosés’!

Le financement public destiné à ce secteur où vit plus de 70% de la population, n’a jamais été une priorité réelle. Très modique, il n’excède même pas 2% du budget national. Par contre, les dépenses et les émoluments politiques ont évolué de 14,6% entre 1960 et 1998. À nos jours, ces dépenses seraient de 48% de l’ensemble du budget national, financé à plus de la moitié par des prêts extérieurs.

En 1959, plus de 1,4 milliard de francs belges étaient consacré à l’Institut de recherche agronomique du Congo (Ineac). Deux décennies plus tard, en 1979, alors que l’aménagement rural aurait dû répondre d’une manière efficace aux besoins en extensions qui étaient doublées entre temps, ce montant était paradoxalement divisé par quatorze (98,9 millions de FB).

 

Bilan mitigé

L’agriculture congolaise est tributaire des petites exploitations agricoles ‘familiales’, évaluées autour de 8,2 millions d’unités. Des terres labourées manuellement, avec des pratiques archaïques et en moyenne inférieures à 1 hectare l’an (50 à 85 ares) par exploitation. Le système est nomade, imposant l’abandon de la superficie mise en valeur après deux ou rarement trois saisons d’utilisations successives d’une parcelle, à la recherche de nouvelles terres plus fertiles. Cette agriculture est plus orientée vers la subsistance plutôt que vers la commercialisation. Par ailleurs, la consommation domestique est suppléée d’une manière importante par les produits de la cueillette (insectes, larves, végétaux et fruits sauvages) et de la chasse. Le rapport  de l’enquête du Ministère de l’agriculture et de la FAO fustige l’utilisation des engrais à haut rendement. Les semences améliorées (toutes espèces confondues) sont utilisées uniquement par 11% d’unités. De même 4% seulement d’entre elles fertilisent leur lopin de terre: 0,4% avec l’engrais chimique, 3,2% avec l’engrais organique et 0,4% par la combinaison de deux.

Le niveau de vie de la majorité de la population est en baisse et entraîne des graves problèmes de santé. Dans certaines régions, l’espérance de vie, en deux décennies, est tombée de 54 à 41 ans. Les disponibilités alimentaires poursuivent leur chute vertigineuse. Entre 1992 et 2002, elles ont baissé de 36%. L’apport en énergie alimentaire par habitant est ainsi passé en moyenne de 2.312 calories à approximativement 1.450 calories à nos jours, contre les 3.000 par personne et par jour recommandées par le Centre National de Planification de Nutrition Humaine (CEPLANUT).

La morbidité et la mortalité de la population deviennent un problème humanitaire, principalement la mortalité dans l’enfance qui reste préoccupante: 243 enfants de moins de cinq ans sur mille en milieu rural contre 148 enfants sur mille en milieu urbain, meurent avant de fêter leur cinquième anniversaire de naissance.

 

Refondation de l’économie rurale

L’incapacité de la RDCongo de capitaliser ses ressources naturelles, humaines et son remarquable écosystème, porte préjudice à  la population et à l’intégration de son économie sur l’échiquier mondial.

Ce raté de leadership mondial est une conséquence manifeste de l’absence de volonté politique de ses dirigeants et  de l’incapacité de leurs stratégies pour une transformation effective du monde rural. La prospérité publique, dit l’ingénieur Pierre Guerry, est semblable à un arbre : l’agriculture en est la racine, l’industrie et le commerce sont les branches et les feuilles. Si la racine vient à souffrir, les feuilles tombent, les branches dépérissent et l’arbre meurt.

Christian Kabengele

Moins d’un hectare