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«A part le travail de forgeron ou de tisserand, il n’est pas d’activité que je n’aie maîtrisé ou tenté d’accomplir: cultivateur, jardinier, chasseur, cuisinier, maçon, tailleur, vannier, cordonnier, éleveur, infirmier, maître de chants, menuisier, catéchiste,... Je me suis employé à tout, et j’y ai bien réussi à force de travail. Grâce à ce travail, Dieu m’a comblé de biens. Dieu seul est maître de la vie!» (Alfred-Simon Diban Ki-Zerbo)
Totalement dévoué à l’Evangile, totalement donné au service de l’Homme, telle peut être contée la vie d’Alfred-Simon Ki-Zerbo, né vers 1875 en pays samo de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Vie paisible faite de la garde des troupeaux de la famille dans son village de Tasson jusqu’à l’âge de 18 ans environ lorsqu’il est capturé par des esclavagistes et conduit à Tombouctou, la grande ville d’alors. Dure est la captivité! Par trois fois, il échoue- dans ses tentatives d’évasion, mais la quatrième sera la bonne. Il se retrouve ainsi, libre, à Ségou, au Mali actuel, chez les missionnaires Pères Blancs. Il apprend à lire. Il se forme dans la catéchèse. Il exerce divers métiers. Tout premier chrétien de la Haute-Volta, il est baptisé le 6 mai 1901 sous les prénoms d’Alfred-Simon. Dès lors, s’ouvre pour lui la voie de l’évangélisation dans la contrée ouest-africaine où il est cependant buté à des contraintes de la coutume, respectée encore à la lettre par les habitants: polygamie, sacrifices aux ancêtres, fétiches,... la tâche n’est pas facile pour «cet homme de Dieu » ! On le retrouve tour à tour un peu partout dans la contrée: à Ouagadougou;dans toute la terre gourounsi du Gold Coast (Ghana actuel); à Réo en pays san; à Toma, son milieu d’adoption, avec en prime l’apprentissage de chaque langue locale. Ainsi, Alfred-Simon est, aux côtés des premiers Pères Blancs, en même temps le fondateur des missions, le constructeur des églises, des écoles, des dispensaires, des léproseries… C’est à Réo d’ailleurs que mourra sa première épouse, Louise Coulibaly, le laissant veuf avec trois enfants. Un an plus tard, en 1914, il en prendra une autre, Thérèse, avec qui il aura dix enfants dont quatre moururent en bas-âge. Cette même année, c’est la Première Guerre Mondiale, qui éclate accompagnée de la rébellion contre la présence des Blancs, missionnaires compris. Que de morts dans des villages en conflit! Les menaces pèsent également sur Ki-Zerbo et ses collègues laïcs, mais ils n’ont peur de rien, tout confiants en leur Dieu: chapelet, catéchèse, visites aux vieux et soins aux malades, alphabétisation… rien n’aura changé à leur responsabilité spirituelle de la mission. C’est durant cette époque tumultueuse que son fils, Joseph Ki-Zerbo, le grand historien africain qui se fera connaître dans le monde et qui s’est éteint en 2006, s’en ira à Abidjan entamer des hautes études. Le vieux a cent ans d’âge. Alors qu’il s’y attendait le moins, son fils Joseph, venu de Ouagadougou, vint le trouver à Toma: «Père, tu m’as donné le meilleur. Cela te plairait-il d’effectuer un pèlerinage à Rome?» La réponse, on ne peut en douter, qui viendrait d’un si grand bâtisseur de la chrétienté en terre africaine, ne peut être que positive: voir de ses propres yeux la ville où saint Pierre commença à bâtir l’Eglise du Christ! Il n’en revenait pas, le vieux. Et pourtant, Joseph avait tout préparé: voyage, pèlerinage, assistance à la Messe papale, visite du tombeau de saint Pierre. Ce n’était pas du fictif. Il aurait, en plus, voulu serrer la main du Pape. Hélas! Il y avait trop de monde autour de lui et ses jambes ne pouvaient le lui permettre. Partie remise, puisque son fils Joseph, Mgr. Zoungrana, évêque de Ouagadougou et Mgr. Gantin, avaient déjà arrangé et obtenu pour lui une audience privée auprès du Pape. C’est ainsi que le jeudi 6 juin1973, «le pauvre esclave, le petit catéchiste de Haute-Volta, le premier chrétien de ce pays», a été reçu par le Pape, et a eu la grande faveur de s’asseoir, à la demande de ce dernier, sur le Trône du successeur de Saint Pierre! L’entretien a notamment porté sur la santé du vieillard, sur les premiers jalons du christianisme en cette partie de la terre africaine, sur les félicitations du Pape à propos de la mission évangélisatrice accomplie et, finalement sur la bénédiction du Saint-Père. Que pouvait, de plus, souhaiter Ki-Zerbo, surtout qu’il avait, au cours de l’audience privée, comme interprète son propre fils, Joseph Ki-Zerbo? Il était tout simplement comblé, sa réponse à la question lui posée par les cardinaux au sortir de l’audience résumait tout: «J’ai vu Rome. J’ai vu le Pape, moi Diban! S’il y avait des tam-tams, je danserais». De retour dans son pays, le président de la République, Blaise Compaoré, s’est personnellement rendu à l’aéroport le congratuler. Dii Alfred – c’est ainsi que l’appelaient ses familiers - vécut encore cinq ans. Il ne marchait plus. Le samedi 10 mai 1978, le Pape Jean-Paul II foulait le sol bukinabé avec le cardinal Gantin à ses côtés. Après la messe que Ki-Zerbo n’écouta sur son lit qu’à travers la radio, il rendit l’âme. Aussitôt, Mgr. Gantin se rendit à son chevet. Ki-Zerbo fut enterré en présence de Blaise Compaoré et d’une très grande foule de chrétiens et de non-chrétiens du Burkina Faso comme de ceux venus des pays voisins.
Patrick-R. Monzemu Moleli L. Cfr. ALFRED DIBAN, par Joseph Ki-Zerbo. Ressource Editions, 1999. pp.144. |
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S’il y avait des tam-tams |