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Pas de liberté sans loi

Au fur et à mesure que la vie sociale et politique s’organise, le peuple doit apprendre à se donner des normes afin de régler la vie des personnes et des groupes. Et à les respecter.

 

On a déjà vu comment Dieu a choisi son peuple et lui a donné un nom, Israël.

Un jour, il a appelé Moïse au sommet du mont Sinaï et  lui a donné les deux tables de la Loi, qui permettront au peuple de réaliser souverainement son destin. C’est le livre du Deutéronome qui  raconte, en particulier, cela, en soulignant le rôle confié à Moise d’expliquer au peuple combien indispensable soit la loi.

Moise présentera au peuple deux voies, celle de l’observance de la loi qui conduit à la liberté, au progrès, au bonheur et celle du refus de la loi qui mènera à la destruction de la société. Le prophète veut conduire le peuple à aimer la loi. Il voudrait lui faire comprendre que les malheurs  d’une nation sont les conséquences du non respect de la loi. Les Israélites en feront, au cours des siècles, la triste expérience. Enfreindre la loi compromet non seulement l’état de bien-être et de liberté de tous et de chacun, mais aussi la possession de la terre que Dieu leur a donnée. Car la loi ne poursuit qu’une finalité: le bonheur et la vie du peuple. Le but de la loi, c’est d’empêcher le peuple de retomber dans l’esclavage. C’est de lui permettre de vivre dans la liberté et la dignité.

Le livre du Deutéronome développe l’enseignement sur la Loi dans la perspective d’un engagement réciproque entre Dieu et son peuple. C’est le sens à donner notamment à ce livre où l’on trouve toute une série de lois qui favorisent des relations plus humaines.

C’est là l’un des buts recherchés, celui de créer parmi les hommes dans tous les aspects de leur vie sociale des attitudes de coopération et de bonté qui répondent à la volonté de Dieu. En retour, le peuple répond à la miséricorde de Dieu en gardant ses Lois et cela lui apportera la bénédiction recherchée. Le refus d’obéir à la Loi entraînera des châtiments terribles. Il en est ainsi de toute la Loi (Torah, en  hébreu) que Dieu donne au peuple d’Israël. Elle régit non seulement son comportement religieux, mais aussi social et politique. C’est une ‘instruction’, un enseignement, un précepte pour l’action. Elle trace un chemin, une voie pour l’accomplissement du salut, un chemin du comportement pour obtenir la liberté devant Dieu et l’épanouissement de la vie dans le bonheur.

Au fur et à mesure que la vie sociale et politique s’organise, le peuple doit apprendre à se donner des normes afin de régler la vie des personnes et des groupes.

L’argent commencera à circuler: est-ce qu’on peut tout faire et tout se permettre parce qu’on a de l’argent, jusqu’à vendre et acheter les personnes? Comment encourager les activités économiques dont on a besoin pour vivre et empêcher, en même temps, que les plus puissants ou les plus astucieux s’accaparent des biens appartenant de droit à toute la communauté? La corruption, l’escroquerie, les veuves ne bénéficiant d’aucun droit de succession, les orphelins abandonnés, le refus d’accueil des étrangers étaient des réalités menaçant la vie sociale d’Israël ainsi que celle de nos sociétés.

Les 220 pays de la planète ont leurs lois, fruit de mûres réflexions et de longs débats, qui constituent le gage des droits et devoirs pour  chaque citoyen. Il en a été de même des lois d’Israël, qui se sont  enrichies des enseignements des hommes et de Dieu.

A  l’époque des Perses, entre le 5ème  et le 3ème  siècle avant Jésus Christ, le roi Cyrus avait reconnu la Torah comme loi civile du  peuple juif et son droit de pratiquer la religion de ses ancêtres sans tracasseries  de la part de l’État.

Un État ne peut donc exister sans la Loi, qui prescrit les lignes de conduite du citoyen, permet d’ennoblir sa vie sans empiéter celle de l’autre et appelle les intransigeants à la retenue vis-à-vis des faibles. La loi, c’est la règle, ou l’ensemble des règles obligatoires établies par une autorité souveraine, dit le Petit Robert. Mais c’est aussi la règle exprimant la volonté de Dieu, ajoute la même source.

Un regard de près sur les dix commandements - la partie centrale de la Loi donnée par Dieu -   nous montre les deux faces de la Loi, complémentaires l’une de l’autre. Les trois premiers commandements exigent le respect absolu de la souveraineté de Dieu et les suivants tournent autour du respect envers le  prochain (Ex. 20, 2-17). Comment peut-on aimer Dieu qu’on ne voit pas et ne pas aimer le prochain qu’on voit tous les jours ?

On peut voir cette exigence, par exemple, dans le commandement «Tu ne tueras pas». Avec les commandements qui suivent, il inculque le respect de la vie, de la famille, de la propriété, de la vérité au service de la justice.

L’homicide est l’acte, le crime le plus grave que l’homme puisse commettre contre un de ses semblables. Il va directement contre la vie, contre la nature. Dans la perspective biblique, chaque être humain est l’image de Dieu. La vie appartient à Dieu.

Toutefois, l’interdiction de l’homicide dans l’Ancien Testament ne vise que le meurtre commis par une personne privée. Elle ne concerne ni la vendetta régulière, ni la peine de mort, encore moins la guerre. Dans la conscience morale de l’humanité aujourd’hui, les exigences du respect de la vie vont beaucoup plus loin. Sont toujours plus nombreux les États ayant effacé de leur code la peine de mort. Le recours à la guerre n’est plus la première ou l’unique solution à prendre lorsqu’il y a des problèmes: les Chartes des Nations Unies, UA, Droits de l’homme etc. affirment qu’il est  désormais indispensable de se référer à des règles communes issues de la négociation, en renonçant  définitivement à l’idée de rechercher la justice par le recours à la guerre.

«Il y a là un progrès moral, qui nous fait mesurer la responsabilité de chaque génération à actualiser et à approfondir les grandes orientations de la Révélation» (André Kabasele Mukenge. Des lois pour être libre, p. 59).

Un autre exemple. Il est défendu d’utiliser le faux témoignage en justice (7è commandement).

Il impose qu’on soit des témoins véridiques, qu’on place la vérité au service de la justice.

Car le contraire mine profondément les rapports entre les individus et donc la société.

Jésus, dans sa prédication, apportera une nouvelle dimension à la Loi.

Il s’oppose avec force à son interprétation traditionnelle.

L’Ancien Testament était une étape ‘provisoire’, mais très nécessaire dans l’histoire du salut. Jésus nous met ainsi en garde contre la tentation de facilité: «Ne croyez pas que je suis venu défaire la Loi et les prophètes. Je ne suis pas venu pour défaire, mais pour amener  à l’état parfait» (Mt 5, 17). Jésus interprète la pratique de la Loi à la lumière de la prédication sur le royaume de Dieu. Le royaume de Dieu signifie le gouvernement de Dieu où les hommes et les femmes sont invités à pratiquer cette  règle d’or qui s’articule autour de l’amour, de la justice et de la liberté.

Pour Jésus, pratiquer la Loi, c’est s’engager également dans des œuvres concrètes qui concourent au bien-être de la  personne humaine.

On doit se sentir interpellé par la Loi de Dieu, la loi d’amour et du respect de la vie. Comment répondre face au terrorisme, aux guerres, à la corruption, à l’injustice... qui nous étreignent de plus en plus? Le livre du Deutéronome, dans son chapitre 30, invite sans détours à choisir la vie, à choisir les chemins de la loi, et à aimer le Seigneur. De même, un peuple qui n’obéit pas aux lois qu’il s’est données et qu’il a acceptées, risque de retourner à l’esclavage ou de disparaître.

En présentant sa Loi, Dieu a dialogué avec les hommes. A son tour, l’homme apprendra-t-il à garder cette Loi divine en dialoguant avec ses semblables?

P. Mathew Thekkeyil, SVD